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Texte
A mon ami Mariani
HERCULE, fils d’Alcmène et de Jupiter, Hercule, fondateur
de villes, dompteur de monstres, héroïque Béotien, à qui Thèbes, sa patrie,
dressa des statues moins nombreuses que les hauts faits du grand justicier,
Hercule m’a toujours étonné.
Il en a étonné bien
d’autres ! O poètes, qui l’avez chanté, savez-vous le secret de sa force
indomptable ? Savants qui, penchés sur les textes, vous demandiez le
secret de sa vertu, et qui, après avoir nié son existence, avez découvert qu’il
y eut jusqu’à sept héros du nom d’Hercule dans l’antiquité, vous êtes-vous posé
cette question attirante et inquiétante : « Par quel don des cieux, par
quel prodige, quel miracle ΡΑΚΛΕΟΣ a-t-il pu accomplir les travaux dont on
nous a donné la liste ?
Le monstrueux lion de Némée
terrassé et tirant la langue, le sanglier d’Erymanthe emporté comme un petit
lapin, l’hydre abattue, la biche aux pieds d’airain prise à la course et sans
bicyclette, les harpies en brochette, les Amazones prisonnières, le dragon des
Hespérides rendant l’âme sur le sable et laissant à la main du vainqueur les
pommes d’or merveilleuses, quelle incroyable épopée ! Et comment ces
victoires sont-elles possibles, même à un fils du divin Jupiter ? Car il
ne s’en tenait pas là, l’étonnant Hercule, et, tour à tour mari de Mégare,
fille du roi Créon, d’Astydamié, de Déjanire, d’Hébé, n’eut-il pas pour
maîtresses Omphale et Iole, et Epicaste et Astyoché, et Augé et Parthénope,
sans compter (proh pudor !) les cinquante filles de Thestius qu’il
séduisit du crépuscule à l’aurore, le plus surprenant et le plus délicieux de
ses travaux !
Et je cherchais, je le répète, le
secret d’une robustesse aussi sévère à nos anémies, lorsque je songeai au
professeur qu’avait eu en son enfance le fils si bien musclé de Jupiter. Non
pas Linus qui lui enseigna la musique, si bien ou si mal, que le jeune Hercule
l’assomma d’un coup de sa lyre ; non pas Rhadamante qui lui apprit comment
on tend l’arc en Crète ; non pas Castor qui lui donna des leçons de ceste.
Mais Chiron, le bon centaure, Chiron, le maître d’Achille, d’Ulysse, de Nestor,
d’Hippolyte et de Méléagre, Chiron qui connaissait l’art d’interroger les
astres et de guérir les hommes, Chiron habile à cueillir les simples et à
examiner les étoiles, Chiron qui lui dit un jour : « Fils, quand tu auras
la fièvre, procure-toi la petite fleur bleue qu’en souvenir de moi les hommes
de l’avenir nommeront encore dans deux ou trois mille ans Centaurée, la
fleur du Centaure, et fais-la bouillir dans du vin blanc dulcifié de
miel ; mais surtout, ô toi qu’enfanta Jupiter, si tu sens dans tes luttes
contre les monstres ou tes assauts avec les mortelles, quelque lassitude qui te
rappelle que notre chair est désespérément faible, sache qu’il est dans un pays
encore ignoré un arbrisseau dont les feuilles donnent la force et rendent la
vie et, voyageur qui t’en vas à travers les mondes, demande à Jupiter où se
trouve la terre du Pérou et devance l’avenir en y cueillant la Coca. Tu
pourras ensuite, à ton gré, exterminer les Amazones par la Mort ou par l’Amour.
»
Et la fable prouve que, bien
avant Colomb, et sur le conseil de Chiron, Hercule avait découvert l’Amérique.
A mon ami Angelo Mariani
Jules CLARETIE.
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