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Marc Tulle Cicéron
Discours Pour A. Licinius Archias

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16 Tel on vit, du temps de nos pères, l'immortel Scipion16 ; tels furent les Lélius, les Furius, ces rares exemples de modération et de sagesse ; tel fut le vieux Caton, ce personnage si ferme et le plus savant de son siècle. Sans doute, s'ils n'avaient trouvé, pour la connaissance et la pratique de la vertu, aucun secours dans les lettres, jamais ils ne se fussent appliqués à leur culture. Quand on fermerait les yeux sur l'évidence de leur utilité, quand on ne chercherait dans la culture des lettres qu'un simple délassement, où trouver, je vous prie, une distraction plus noble et plus honnête ? Les autres plaisirs ne sont ni de tous les temps, ni de tous les âges, ni de tous les lieux ; mais les lettres servent d'aliment à l'adolescence et d'amusement à la vieillesse ; les lettres embellissent nos jours prospères, et nous offrent dans le malheur un refuge, une consolation : charme du cabinet, elles ne gênent point au dehors ; elles veillent avec nous, elles nous accompagnent dans nos voyages, elles nous suivent encore aux champs17.




16 L'immortel Scipion. Scipion le second Africain, fils de Paul-Émile, détruisit Carthage et Numance. -- Les Lélius. C. Lélius, surnommé Sapiens, fut l'ami du jeune Scipion, comme son aïeul avait été celui du premier Africain. Il avait l'esprit très orné. -- Les Furius. L. Furius Philus fut consul avec Sext. Attilius, l'an de Rome 618. Il est appelé, dans quelques endroits de Cicéron, Publius au lieu de Lucius. Dans son livre II du traité de l'Orateur ( ch. XXXVII ), Cicéron réunit encore ces trois mêmes noms dans un éloge analogue. « Certes, dit-il, jamais Rome n'a produit de citoyens plus illustres, plus recommandables par l'autorité de leur vertu et par l'élégance de leurs manières que Scipion l'Africain, C. Lélius et L. Furius, qui eurent toujours auprès d'eux, sans en faire mystère, les hommes les plus éclairés d'entre les Grecs. »



17 Elles nous suivent encore aux champs. « Aucun autre passage de Cicéron, dit M. Delcroix dans ses notes, n'a peut-être été traduit ou cité un aussi grand nombre de fois. Faut-il s'en étonner ? Les vérités qu'il contient ont été senties par tout le monde, et ceux-là qui avaient à les reproduire en étaient les mieux pénétrés. Rendre hommage aux lettres et louer l'étude, c'était pour eux, à vrai dire, acquitter la dette de la reconnaissance. »

Plus d'un poète a, parmi nous, heureusement imité ce passage célèbre ; par exemple Delille, dans l'Homme des champs :

Beaux-arts ! eh ! dans quel lieu n'avez-vous droit de plaire ?
Est-il à votre joie une joie étrangère ?
Non ; le sage vous doit ses moments les plus doux :
Il s'endort dans vos bras, il s'éveille avec vous.
Que dis-je ? autour de lui tandis que tout sommeille,
La lampe inspiratrice éclaire encor sa veille.
Vous consolez ses maux, vous parez son bonheur ;
Vous êtes ses trésors, vous êtes son honneur,
L'amour de ses beaux ans, l'espoir de son vieil âge,
Ses compagnons des champs, ses amis de voyage ;
Et de paix, de vertus, d'études entouré,
L'exil même avec vous est un abri sacré.
Tel l'orateur romain, dans les bois de Tuscule,
Oubliait Rome ingrate, etc.


Dans des pièces qu'a distinguées, il y a quelques années, l'Académie française, qui avait proposé pour sujet d'un prix de poésie le bonheur que procure l'étude, le lauréat, M. Saintine, et M. P. Le Brun, un de ses émules, ont exprimé avec assez de bonheur les mêmes idées, dont le fonds appartient également à l'orateur romain.

Ornement du bonheur, soutien de l'infortune,
De l'enfant, du vieillard nourriture commune,
Pour nous l'étude, aussi prodiguant ses bienfaits,
Grande par son pouvoir, plus grande en ses effets,
Rend à son nourrisson la nature asservie ;
Au delà du trépas sait prolonger sa vie,
Ennoblit ses travaux, embellit ses loisirs ;
Pauvre, fait sa richesse, et riche, ses plaisirs.

M. SAINTINE.


L'étude, utile à tous, est à tous agréable.
Elle allège les grands du poids de la grandeur ;
Sauve aux riches l'ennui de leur triste bonheur ;
Fait du peuple ou des rois oublier le caprice ;
Tranquillise le coeur qu'irrita l'injustice ;
Console doucement l'homme persécuté
Des affronts, de l'exil et de la pauvreté.
Hôte aimable des champs, compagne de voyage,
Du cabinet des rois, de la maison du sage,
Jusque dans les camps même elle conduit ses pas...

M. P. LE BRUN.








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