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Noël, les Rois, la Toussaint et Pâques sont
des époques où il est impossible au lecteur d'échapper à la tyrannie du « conte
» qui offre aux littérateurs un facile et abondant sujet à copie. Cette année
nous avons profité de l'usage général pour dire à propos de Pâques quelques
mots d'une famille de fondeurs de cloches, qui furent de bons normands et de
bons artistes.
LISIEUX, ville épiscopale, était si bien
dotée jadis de clochers et de sonneries qu'elle est appelée par les vieux
chroniqueurs la
Ville Sonnante.
Cette harmonie campanaire qui faisait l'admiration des voyageurs n'était pas
seulement obtenue par la grande diversité des timbres, les cloches lexoviennes
étaient choisies et accordées comme les chanterelles d'une immense lyre de
bronze,et elles émettaient leurs larges vibrations sonores sous un rythme
déterminé par des carillonneurs artistes et passionnés.
Aujourd'hui encore, la
Cathédrale avec ses cloches neuves, dispose d'une sonnerie
particulièrement émouvante lorsqu'elle égrène le glas des trépassés.
Avant la Révolution,
à quelques mètres du parvis de Saint-Pierre s'élevait, où se trouve aujourd'hui
la place Thiers, l'église Saint-Germain qui possédait dans son clocher un des
plus beaux carillons de Normandie.
Ce carillon fut réalisé par l'abbé Morin, curé de la paroisse, d'après le
projet ébauché par Messire Aubert, prestre chapelain de Saint-Germain et grand
amateur d'art campanaire, comme il était de tradition dans sa famille.
Les Aubert, en effet, étaient d'une vieille souche lexovienne de fondeurs de
cloches et de canons. Leur renommée aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles était
très grande et atteignait celle
des plus célèbres fondeurs de Lorraine.
Leur réputation était égale en tout cas à celle
des Buret de Rouen ou des Cavilliers de Carpuis, qui ont laissé de véritables
chefs-d'oeuvre de science et d'art.
Le premier des Aubert apparaît dans les registres de l'Hôtel-de-Ville de
Lisieux en 1562 comme fondeur de canons et ......artilleur.
Voici où et comment :
« Du mardy XXVIjeme le jour d'Octobre l'an mil cinq cens soixante
deux. A esté délibéré etc... Aussy que à Pierre Aubert fondeur sera
baillé descharge d'un moys et demy de ses gaiges, qu'il a servi au faict de
ladicte artillerie à prendre sur Olivier Berthault naguères recepveur des
deniers communs de lad. ville de Lisieux, qu'il a esté dit estre au prix de XIj
l. X s. par moys ».
Et plus loin :
« Du XXIIJeme jor de Feurier mil VCC LXVIIJ aud. Lisieux... Délibère que
Pierre Aubert, fondeur et canonnyer fera l'estat et charge de canonnyer pour la porte d'Orbec au lieu
de François Lebourgeois. »
Nous ne savons pas bien si Pierre Aubert fondait aussi des cloches et s'il n'en
eût pas préféré les célestes vibrations aux rauques abois de ses fauconneaux.
Nous n'avons rien qui nous permette de dire le contraire, mais pas
davantage de preuves qui puissent confirmer une assertion.
Il nous faut arriver en 1579 pour trouver la première cloche portant le nom de
Jehan Aubert, le fils du canonnier.
C'est celle de Rugles, sur
laquelle on lit cette inscription gothique.
† LAN M DCC LXXJX, JE FUS REFAITE DE NEUF LORS
TRÉSORIERS
MS RENÉ GIRARD LUCE GUILLe FORCINAL. JE POISE
DEUX
MILLE Dcc PEU PLUS OU MOINS AINCY LENTENS
JEHAN AVBERT MA FAICTE
A dater de ce moment, par
exemple, il ne va pour ainsi dire plus y avoir en Normandie, un clocher
orgueilleux de sa sonnerie où ne se trouve la signature du fondeur lexovien ou
celle de ses descendants.
Tous comme lui se prénommeront Jean malgré la vulgarité de ce nom ; car il y
avait à Lisieux dans le seizième et le dix-septième siècles un nombre
incroyable de Jean Aubert : aucun nom n'était plus commun : sur les registres
paroissiaux on trouve jusqu'à deux décès à un jour d'intervalle de personnes
s'appelant ainsi.
Les fondeurs lexoviens se
chargèrent d'illustrer cet humble patronyme.
*
* *
Nous allons passer en revue, tout-à-l'heure, les oeuvres de
nos compatriotes, au moins celles que nous connaissons, mais il n'est pas hors
de propos auparavant de parler un peu des fondeurs de cloches en général et de
leur difficile et savant métier. Une cloche n'est par l'oeuvre du hasard, mais
le résultat de combinaisons savantes de tracé, de diamètre et de poids qui
doivent concourir dans des conditions strictement déterminées à l'obtention
d'une masse sonore donnant le ton désiré.
Des secrets de métier pour la composition de l'alliage, la confection des
moules et la conduite du coulage, achevaient au XVIme siècle de faire de la
fonte des cloches, une science jalousement gardée et dont les mystérieux
arcanes se transmettaient ordinairement de père en fils.
Ce fut le cas pour les Aubert.
On professait alors pour les fondeurs de maîtrise un tel respect qu'on alla
jusqu'à leur accorder le droit de porter l'épée comme aux nobles.1
Ces habiles artisans étaient essentiellement nomades : aujourd'hui on peut
mettre n'importe quelle cloche au chemin de fer qui la mène sans danger ni
tracas de la fonderie vers son beffroi : jadis, il fallait procéder sur place.
Les fondeurs se mettaient donc en route le jour des Cendres pour ne revenir
qu'à la Toussaint,
emportant dans leurs bagages les ustensiles indispensables ; ustensiles peu
nombreux d'ailleurs, consistant en un compas, une réglette appelée brochette, bâton
de Jacob ou échelle campanaire, dont les divisions
correspondaient aux diamètres et aux épaisseurs proportionnelles.
Cet attirail se complétait de quelques matrices pour l'ornementation et
l'impression des inscriptions. Ces derniers accessoires se transmettant de main
en main sur plusieurs générations expliquent la singularité des lettres
gothiques ou de la
Renaissance qu'ont voit utilisées pour une inscription tracée
à une époque où ces caractères n'étaient plus en usage.
Les fondeurs s'en allaient d'abbaye en abbaye, de cathédrale en cathédrale, à
la recherche des cloches brisées à refondre, des clochers nouveaux à pourvoir,
et lorsqu'ils avaient trouvé de la besogne, qu'ils s'étaient installés dans un
monastère, ou dans les bâtiments d'un chapitre, ils n'y menaient point triste
vie.
Pendant que leurs moules séchaient, ils se livraient aux plaisirs de la
chasse, de la pêche et de la chère, qu'on s'ingéniait à leur procurer bonne.
Obéissant à des motifs pieux ou superstitieux, les fondeurs choisissaient de
préférence pour établir leurs moules, les lieux bénis ou consacrés, cimetières,
chapelles ou églises.
Mgr Pie dans un travail sur les cloches de Chartres a constaté la chose qui est
du reste absolument prouvée en ce qui concerne notre région.
Jehan Aubert en 1618 refondit
la grosse cloche de Saint-Germain d'Argentan au bas de la nef ; on a trouvé des
débris de moules de cloches sous le portail de Saint-Pierre de Caen et sur un
pilier du clocher de Norrey on lit :
CI-DEVANT FUT FONDU LA PETITE CLOQUE
La préparation des moules était une opération délicate par les précautions
qu'elle exigeait ; mais la délicatesse se bornait là, car les ingrédients dont
on se servait n'étaient rien moins que ragoûtants. Ironie des choses, la beauté
pure du bronze et la poésie ailée, prenant corps au milieu des immondices !
On préparait au lieu convenable, une fosse au fond de laquelle un bloc de
maçonnerie représentant la forme intérieure de la cloche était construit : par
dessus, on moulait une fausse cloche en terre glaise, ayant
exactement la forme et les épaisseurs de la cloche future. Cette maquette
saupoudrée de poussière et de suie recevait l'application du moulage extérieur.
Un grand nombre de matières avaient été expérimentées pour composer cette terre
plastique ; il n'y en avait pas de meilleure qu'un mélange de terre fine, de
bouse de vache et de crotte de cheval. Le mastic ainsi obtenu ne crevassait
jamais.
On laissait le tout bien sécher ; après dessication complète, la chape
extérieure était levée avec soin, la fausse cloche brisée et le contre-moule
remis en place après avoir été frotté de cendres délavées dans du lait et de
l'urine.
Les moules des anses et de l'anneau du battant ajustés, il n'y avait plus qu'à
procéder au coulage.
Là commençait la grosse difficulté et le fondeur en emportant du brasier le
creuset plein de métal liquide avait à supputer et à craindre les bulles,
soufflures, dartres et mauvaises liaisons sans compter parfois l'éclatement des
moules pourtant enterrés.
Le bronze des cloches se compose généralement d'un alliage déterminé
empiriquement de 78 parties de cuivre et de 22 d'étain. Mais ces proportions
variaient suivant les fondeurs qui ajoutaient à ces métaux, certains éléments
dont ils gardaient jalousement la formule.
Parfois aussi, les nobles parrains venaient jeter dans le creuset quelque
vaisselle précieuse ou une poignée de pièces d'argent.
L'opération terminée, il restait encore au fondeur un sujet d'appréhension.
La tonalité escomptée était-elle obtenue ? La cloche allait-elle donner
l'accord désiré ?
C'est qu'il y a à tout cela
des règles inflexibles.
L'épaisseur de la cloche qui est à peu près égale dans la partie
supérieure - le cerveau - augmente à mesure que la paroi s'évase,
si bien que la plus grande épaisseur est au bord inférieur.
De plus, le nombre de vibrations d'une cloche est en raison inverse de son
diamètre ou de la racine cubique de son poids. Les plus grands diamètres correspondent aux sons
les plus graves.
Il arrivait souvent que le tracé mal établi ou les proportions mal calculées
réservaient aux fondeurs de désagréables surprises ; il fallait tout
recommencer.
*
* *
C'est ce qu'il advint en 1712 à Jehan Aubert et aux prêtres de
Saint-Jacques de Lisieux.
Cette église possédait 11 cloches. Neuf furent fondues en 1689 et 1690. La
sonnerie totale pesait 17.660 livres.
La deuxième cloche qui a été conservée et qui est à présent la plus grosse,
pèse 3500 livres, son diamètre est de 4 pieds 3 pouces. Son inscription est
ainsi formulée :
IAY ÉTÉ REFONDUE,
COMME
CELLE QUI ME SVIT PAR LES SOINS DES SIEVRS CVRÉ
ET
DÉPUTÉS DE CETTE ÉGLISE ET BÉNITE SOVS L'INVOCATION
DE LA BIENHEVREVSE VIERGE MARIE EN L'AN 1712.
SALVE REGINA
JEAN AVBERT
DE LISIEUX
MA FAICTE.
M. d'lngremont raconte ainsi la mésaventure du fondeur.
« Au mois de Janvier 1712, MM. les curés et
prêtres de Saint-Jacques portant envie à ceux de Saint-Germain firent refondre
les deux grosses cloches de leur église quoiqu'elles fussent assez bien
d'accord, mais ne réussirent pas bien dans leur dessein, car la fonte fut
manquée une première fois et la deuxième, les dites cloches se trouvèrent
beaucoup moins d'accord qu'elles n'étaient auparavant ».
Ce fut alors qu'on offrit à M. Morin, curé de Saint-Germain, de changer la
grosse cloche de son carillon pour la troisième de Saint-Jacques qui était une
peu plus grosse. Mais M. Morin répondit : « Gardez vos bourdons, nous gardons
nos violons ».
Le Carillon de Saint-Germain se composait de dix cloches donnant les
notes: fa, sol, la, si, ut, ré, mi-bémol, mi, fa, sol.
Le sonneur titulaire avait été formé à l'abbaye du Val-Richer qui était une
véritable école de carillonneurs. On raconte qu'à Saint-Germain, comme à Saint-Pierre-sur-Dives, pendant
les sonneries, un bedeau se tenait sur la place devant la tour et battait la
mesure.
En Juillet 1711, les quatre plus grosses cloches de St-Germain avaient été
fondues au Mesnil-Asselin par Jehan Aubert.
La tonique avait 3 pieds 9 pouces de diamètre et pesait 2.500 livres.
Elle fut nommée par le sieur d'Ouillie et la dame de Franqueville.
C'est elle qui sonnait les réunions municipales ; elle remplaçait dans cette fonction,
l'ancienne cloche de l'Hôtel-de-Ville qui fut abandonnée à St-Germain pour
concourir au nouveau carillon.
Pour réunir la matière de ces
premières cloches, l'abbé Morin sacrifia sans regret les plus beaux ornements
de son église. Il fit jeter au creuset le lutrin en cuivre avec son aigle, six
anges de cuivre qui accompagnaient le Maître-autel, la vieille cloche de
l'Hôtel-de-Ville et les tuyaux en étain de son orgue.
La deuxième cloche de St-Germain fut nommée par le sieur de la Planche, receveur des
tailles et la dame femme de M. Laillier, élu en élection ; la troisième par M.
Ricquier, procureur en l'élection et Mme Surlemont, femme du procureur du roi
et receveur de l'Evêché ; la quatrième, par le sieur Boscher, huissier au
bureau des Finances et la dame Beslière, épouse du procureur du roi au grenier
à sel.
Les 5, 6, 7, 8 et 9mes furent fondues en 1738, la dixième en 1789. La cinquième
et la sixième se trouvaient en 1865 dans la paroisse d'Auvillars
A la Révolution,
le maire M. Conard livra bien celles de sa commune conformément au décret de la Convention, mais il
rechargea subrepticement sur sa voiture deux des cloches de
Saint-Germain, les couvrit de paille et rentra chez lui sans qu'on se fût
aperçu de son pieux larçin.
La cinquième portait l'inscription suivante :
† L'AN 1738,
IAY
ÉTÉ NOMMÉE MAGDELAINE-FRANÇOISE PAR FRANÇOIS
MIGNOT,
CONSEILLER DU ROY, PRÉSIDENT EN
L'ÉLECTION DE
CETTE
VILLE ET PAR NOBLE DAME MARIE-MAGDELAINE DU
MOVCEL,
EPOUSE DE MESSIRE ALEXANDRE LE MAIGNEN,
CHEVALIER,
SEIGNEVR DE HOVLBEC ET DE CASTILLON.
Diamètre : 2 pieds 2 pouces. Poids : 700 livres.
Sur la sixième on lisait :
† L'AN 1738,
IAY
ÉTÉ NOMMÉE LOUISE-NICOLASE PAR NICOLAS RIQVIER
DE LA ROSIÈRE,
CONSEILLER DU ROY EN L'ÉLECTION ET
PAR
DAMOISELLE
LOVISE-GENEVIÈVRE D'OSMONT, FILLE DE
MESSIRE
LOVIS D'OSMONT, ECVYER DU MESNIL-POISSON.
La septième offrait cette inscription :
† L'AN 1738
IAY ÉTÉ NOMMÉE MARGVERITE-GVILLEMETTE
PAR GVILLAUME
LE FORT
MARGVERITE LEROY,
EPOUSE DE GVILLAUME
PICQVENOT, ÉCHEVIN DE CETTE VILLE.
Cette cloche était en 1865 dans la paroisse d'Ammeville, canton de
Saint-Pierre-sur-Dives.
L'une des cloches du campanile en bois qui s'élevait au-dessus de l'église des
Mathurins sert de timbre à l'horloge de l'hôtel de ville de Lisieux. Elle fut fondue
par Jean II Aubert en 1733.
La petite cloche de l'Hospice porte autour d'un médaillon
† IAY ÉTÉ † DONNÉE CEANS
PAR
M. DV MESNIL FLAMBAR CHANOINE
1712
JEAN AVBERT MA FAITE
*
* *
Les Aubert ne travaillaient pas seulement pour leur ville
natale.
En 1624, Jehan Aubert retournait à Argentan fondre deux petites cloches ;
l'année suivante il y refondait la grosse cloche de l'église St-Germain.
Il y avait aussi dans sa famille de zélés propagandistes qui s'ingéniaient
à lui procurer du travail.
Voici l'obligation que prenait devant le tabellion de la Neuve-Lyre « discrette
personne Messire Aubert,prestre chapellain de la paroisse St-Germain de Lisieux
» le 21 décembre 1631.
« Vers le trésor et fabrique de Sainct Gilles de la Neuve Lyre, stipulée
par Noble Seigneur Messire Jean Le Pellerin, chevalier Sr de Gauville et
vug des trésoriers de lad parroisse et du consentement de Messire Jean Le
Loutre ptre, curé de lad parroisse et de bien et deuement faire et fondre deux
cloches assçavoir la grosse et une autre petite etc.... en lui baillant le
métail avec stipulation expresse que, au cas qu'il ne les fasse sonnantes et
accordantes avec les deux autres, il se submet de les refaire et refondre à ses
frais. »
« Prix, 45 livres, payables 1 mois après la livraison. »
Trois timbres de l'horloge de la Vieille-Lyre portent aussi la signature de notre
compatriote.
En 1686, Jehan Aubert est
appelé à Rouen pour y fondre des cloches pour la Cathédrale et pour
Saint-Ouen.
La tour Nord Saint-Romain de Notre-Dame possédait une octave d'une
grande puissance ainsi que l'indique la tonique qui a seule échappée à la Révolution.
Elle a un diamètre de 6 pieds 4 pouces
6 lignes et pèse 12.000 livres.
C'est le plus gros bronze fondu par les Aubert. Autour du cerveau on lisait :
1. - GUILL. CARD.
DESTOUTEVILLE. - 2. ROMANUS. -
3. MARIA
MINOR. - 4. COMPLÉTORIUM EX QUATOR UNA DIVISO
QUONDAM NUNC CONJUNCTO META. LO. ANNO 1686.
Puis au dessous ces paroles du prophète Isaïe :
Et enfin sous la belle croix Renaissance dont la matrice faisait partie du
matériel de notre fondeur :
JEAN AUBERT DE LIZIEUX MA FAICTE 1686
On voit par l'inscription que cette cloche avait été faite avec le métal de 4
autres ; c’est pourquoi on l’appelait la Quatrune ou la Réunie.
Elle a été refondue en 1849 par M. Bollée, du Mans.
Dans la tour de Saint-Ouen de
Rouen, une cloche de Jehan Aubert voisine avec le bourdon enlevé à l'abbaye de
Jumièges. C'est la cloche fondamentale : elle pèse 8.000 livres, son
diamètre est de 5 pieds 6 pouces.
L'inscription est enguirlandée
de gracieuses arabesques et de tête d'anges.
IAY ESTÉ BÉNITE PAR DON JEAN
LE TELLIER, GRAND PRIEUR
DE
L'ABB. YE ET NOMMÉE ST-OVEN PAR HAVT ET PVISSANT
SEIGVR
MESSIRE CHARLES-FRANÇOIS DE MONTHOLON, CHVR
PREMIER
PRÉSIDENT DV PARLEMENT DE NORMANDIE ET PAR
HAVTE
ET PVISSANTE DAME ELISABETH MARIE DE BRETEL,
MARQVISE
DE GREMONVILLE, VEVVE
DE HAVT ET PVISSANT
SEIGR
MESRE ADRIEN DE CANOVILLE CHLR SEIGR DE GROMESNIL
GRAY, CRICQUETOT ET AVTRES LIEVX.
JEAN AVBERT DE LIZIEUX
M'A
FAICTE 1701
Au dessous, les armes des Bénédictins de St-Maur et l'écusson de France
encadrent le mot Pax.
Pour qui connait la puissance et la richesse de l'abbaye de Saint-Ouen, le fait
pour le fondeur lexovien d'avoir été appelé à couler la plus belle cloche de
l'admirable église, orgueil de la
Normandie, démontre bien de quel crédit l'habile artisan
jouissait dans les milieux ecclésiastiques et en quel honneur son talent y
était tenu.
Le clocher de N.-D. d'Orbec abritait six cloches. On lit sur la plus grosse :
† IAY ÉTÉ FAICTE EN L'HONNEUR
DE LA SAINTE-TRINITÉ
AV MOIS JVIN 1700
Au pied de la croix formée de rinceaux de la Renaissance.
JEAN AVBERT
DE LIZIEUX
MA FAICTE
Son diamètre est de 4 pieds 4 pouces: elle pèse 4.000 livres.
L'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives avait six cloches d'une harmonie parfaite.
La première de ces cloches est à présent dans le clocher de Vendoeuvre. Elle
pèse 1.000 livres et a 96 centimètres de diamètre.
Elle porte l'inscription :
JEAN AVBERT
MA FAICTE 1681
SAINT-PLACIDE.
La cinquième est à Donville, on lit sur ses flancs en regard d'une effigie de
Sainte-Catherine :
L'AN 1681 - SAINTE-CATHERINE
JEHAN AVBERT MA FAICTE
Elle pèse 125 kilogs et mesure 64 centimètres de diamètre. La seconde cloche de
Courtonne-la-Meurdrac porte aussi la croix Renaissance au bas de laquelle Jean
Aubert mit son chiffre en 1705.
La tierce de Bonneville-la-Louvet du poids de 2.800 livres fut coulée en 1703
par le fondeur lexovien.
Sur celle-là comme sur les autres, partout, les mêmes caractères ; des V pour
les U et la signature régulière comme le cachet d'une marque de fabrique où il
y aurait une faute d'orthographe :
Partout le même galbe harmonieux, la même pureté de lignes, semblable sonorité
profonde.
Mais combien de chefs-d'œuvre
des Aubert ont disparu livrés à la Révolution, combien de bronzes merveilleux
transformés en gros sous et en mauvais canons ! Néanmoins par ce qu'il nous en
reste, nous pouvons juger du talent de ces bons artisans de chez nous, dont un
peu de l'âme vibre encore dans l'euphonie des cloches de Pâques, balancées en
hosannahs d'allégresse au dessus des campagnes normandes.
L'ancienne église St-Germain de Lisieux. - Cette tour renfermait avant la Révolution un magnifique carillon de 10 cloches dont la plupart avaient été fondues par Jehan Aubert. |
|||||
Une Cloche de Jehan Aubert. - Celle-ci se trouve dans le clocher de l'église Saint-Jacques, c'est la plus grosse actuellement, mais elle n'était que la seconde des 11 que cette église possédait. Elle pèse 3.500 livres. ..Les oeuvres du fondeur lexovien se distinguaient par la pureté de leur galbe et leur remarquable sonorité. |