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III - La confiance est
inébranlable
Les
considérations précédentes auront peut-être paru
trop abstraites. Il importait de nous y arrêter : nous en
déduirons les qualités de la vraie confiance.
La confiance,
écrit le P. Saint-Jure, est “ ferme, stable et constante, à un
degré si éminent, que rien au monde ne peut, je ne dis pas la
renverser, mais même l'ébranler (6). ”
Imaginez les
extrêmités les plus angoissantes dans l'ordre temporel, les
difficultés les plus insurmontables dans l'ordre spirituel : elles
n'altéreront pas la paix de l'âme confiante. Des catastrophes
imprévues pourront amonceler autour d'elle les ruines de son bonheur, plus
maîtresse d'elle-même que le sage antique, cette âme ne
bronchera pas : “ Impavidum ferient ruinae (7). ” Elle se tournera
simplement vers Notre-Seigneur; elle s'appuiera sur lui avec une assurance
d'autant plus grande, qu'elle se sent plus privée de tout secours
humain. Elle priera avec une ardeur plus vibrante, et dans les
ténèbres de l'épreuve elle poursuivra sa course, attendant
en silence l'heure de Dieu.
Une telle confiance est
rare, sans doute. Mais si elle n'atteint pas ce minimum de perfection, elle ne
mérite pas le nom de confiance.
On en trouve d'ailleurs
de sublimes exemples dans les Ecritures et dans la vie des Saints.
Frappé dans sa
fortune, dans sa famille, dans sa chair, Job, réduit à la
dernière indigente, gisait sur son fumier. Ses amis, sa femme même
aiguisaient sa douleur par la cruauté de leurs paroles. Lui pourtant ne
se laissait pas abattre; aucun murmure ne se mêlait à ses
gémissements. Il se soutenait par les pensées de la foi. “ Quand
le Seigneur m'ôterait la vie, disait-il, j'espèrerais encore en lui
(8). ” - Confiance admirable, que Dieu récompensa
magnifiquement. L’épreuve cessa. Job recouvra la santé; il
retrouvera une fortune plus considérable et une existence plus
prospère qu'auparavant.
Dans un voyage, saint
Martin tomba entre les mains des voleurs. Ces bandits le
dépouillèrent; ils allaient le mettre à mort, quand
soudain, touchés de repentir ou frappés d'une crainte
mystérieuse, ils le délivrèrent contre toute
espérance. On demanda plus tard à l'illustre évêque
si, dans ce danger pressant, il n'avait pas ressenti quelque frayeur. - “
Aucune, répondit-il : je savais l'intervention divine d'autant plus
prochaine que sont plus éloignés les secours humains. ”
La plupart des
chrétiens n'imitent malheureusement pas ces exemples. Jamais ils ne se
tournent moins vers Dieu qu'au temps de l'épreuve.
Beaucoup ne poussent pas
ce cri d'appel que le Seigneur attend pour leur venir en aide.
Négligence funeste. “ La Providence, disait Louis de Grenade, se
réserve de résoudre par elle-même les difficultés
extraordinaires, qui se présentent dans la vie, tandis qu'elle laisse
aux causes secondes le soin de trancher les difficultés ordinaires
(9). ” Encore faut-il réclamer l'aide céleste. Cette
aide, Dieu nous- l’accorde avec joie. “ Loin d'être à charge
à la nourrice dont il suce le lait, l’enfant au contraire la soulage
(10). ”
- D’autres, aux heures
difficiles, prient ardemment, mais sans constance. S'ils ne sont pas
exaucés sur le champ, ils tombent d'une espérance exaltée
dans un abattement déraisonnable. Ils ne connaissent pas les voies de la
grâce. Dieu nous traite en enfants : il fait parfois le sourd pour le
plaisir qu'il prend à nous entendre l'invoquer. Pourquoi se
décourager si vite, quand il conviendrait surtout de prier avec plus
d'instance ?
Saint François de
Sales n'enseigne pas une autre doctrine : “ La Providence ne diffère son
secours que pour provoquer notre confiance. Si notre Père celeste ne
nous accorde pas toujours ce que nous demandons, c'est pour nous retenir auprès
de lui et nous donner sujet de le presser par une amoureuse violence, ainsi
qu'il le fit bien voir à ces deux pèlerins d'Emmaüs, avec
lesquels il ne s’arrêta que sur la fin du jour et quand ils le
forcèrent (11). ”
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