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V - Elle se
réjouit dans la privation des secours humains
Ne pas se
décourager quand se dissipe le mirage des espérances humaines, ne
compter que sur l'aide du ciel, n'est-ce pas déjà une haute vertu
? De son aile vigoureuse la vraie confiance s'élance cependant vers des
régions encore plus sublimes. Elle y parvient par une sorte de
raffinement dans l'héroïsme; elle arrive enfin au plus haut
degré de sa perfection.
Ce degré “
consiste à se réjouir quand on se voit dénué de
tout secours humain, abandonné de ses parents, de ses amis et de toutes
les créatures, qui ne veulent ou ne peuvent nous aider; qui ne peuvent
ni donner conseil, ni se servir de leur adresse et de leur crédit;
à qui il ne reste aucun moyen de venir à notre secours (17).
”
Quelle profonde sagesse
dénote une pareille joie dans des circonstances aussi cruelles ! Pour
chanter le cantique de l'allégresse sous les coups qui devraient
naturellement briser notre courage, il nous faut connaître à fond
le Coeur de Notre- Seigneur; il nous faut croire éperdûment
à sa pitié miséricordieuse et à sa toute-puissante
bonté; il nous faut avoir l'absolue certitude qu'il fixe pour ses
interventions l'heure des situations désespérées.
Après sa
conversion, saint François d'Assise dédaigna les rêves de
gloire, qui l’avaient ébloui quelque temps. Il fuyait les
réunions mondaines; il se retirait dans les bois pour s’y livrer
longuement à l’oraison; il faisait d'abondantes aumônes. Ce
changement mécontenta le père du jeune Saint : il traîna
son fils devant l’officialité diocésaine, lui reprochant de
dissiper ses biens. Alors, en présence de l'évêque
émerveillé, François renonça à
l'héritage paternel; il quitta jusqu'aux vêtements, qu'il tenait
de sa famille; il se dépouilla de tout. Puis frémissant d'un
bonheur surhumain : “ Maintenant, ô mon Dieu, s'écria-t-il, je
pourrai vous appeler plus justement que jamais Notre Père qui êtes
aux cieux. ”
Voilà comment
agissaient les Saints.
Ames frappées par
l'épreuve, pas de murmures, dans l'abandon universel où vous
êtes réduites. Dieu ne vous demande pas une allégresse
sensible, impossible à notre faiblesse. Ranimez seulement votre foi,
reprenez courage, et selon l'expression chère à saint
François de Sales, “ à la fine pointe de l'esprit ” efforcez-vous
de vous réjouir. La Providence vient de vous donner le signe, à
quoi l'on reconnait son heure prochaine : elle vous a privées de tout
soutien. C'est le moment de resister à l'inquiétude de la nature.
Vous êtes arrivées à ce point de l'office intérieur,
où l'on doit chanter le Magnificat et faire fumer l’encens.
“ Réjouissez-vous
en Dieu; je vous le répète, réjouissez-vous : le Seigneur
est tout près (18). ”
Suivez ce conseil, vous
vous en trouverez bien. Si le divin Maître ne se laissait pas toucher par
une telle confiance, il ne serait plus celui que les Evangiles nous montrent
compatissant, celui que la vue de nos souffrances secouait d'un frisson
douloureux.
Notre-Seigneur disait
à une âme privillégiée: “ Si je suis bon pour tous,
je suis très bon pour ceux qui se confient en moi. Sais-tu quelles sont
les âmes qui profitent le plus de ma bonté ? - Celles qui se
confient davantage... Les âmes confiantes sont les voleuses de mes
grâces (19). ”
Notes
(
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