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II - Il le fait
conformément à la situation de chacun
Faut-il prendre ces
paroles au pied de la lettre et les entendre dans leur sens le plus
étroit ? Dieu nous donne-t-il seulement le strict nécessaire : le
morceau de pain sec, le verre d'eau, le lambeau d'étoffe, dont notre
misère ne peut se passer ?
Non, le Père
celeste ne traite pas ses enfants avec une avaricieuse parcimonie. Le croire
serait blasphémer son infinie Bonté; ce serait, si j'ose ainsi
m'exprimer, méconnaitre ses habitudes. Dans l'exercice de sa Providence
comme dans son oeuvre creatrice il met, en effet, une sorte de
prodigalité.
Quand il lance les
mondes à travers les espaces, il tire du néant des astres par
milliers. Dans la voie lactée, cette plage immense des nuits lumineuses,
chaque grain de sable n'est-il pas une étoile ?
Quand il nourrit les
oiseaux, il les invite à la table opulente de la Nature. Il leur offre
le blé qui gonfle les épis, les graines de toutes sortes qui
mûrissent sur les plantes; les baies que l'automne fait rougir dans les
bois, les semences que le laboureur confie au sillon. Quel menu varié
à l'infini pour ces humbles bestioles !
Quand il crée les
végétaux, il pare leurs fleurs de grâces
légères. Il cisèle leurs corolles comme des joyaux
précieux; il verse dans leurs calices des parfums
pénétrants ; il tisse leurs pétales d'une soie si
éclatante et si délicate, que les artifices de l'art n'en
égaleront jamais la beauté.
Et quand il s'agit de
l'homme, son chef-d'oeuvre, le frère adoptif de son Verbe
incarné, Dieu ne se montrerait pas d'une générosité
plus libérale encore ? Envers nous seulement il deviendrait avare !
Assurément cela n’est pas possible.
Tenons donc pour une
vérité indiscutable que la Providence pourvoit largement aux
besoins temporels des hommes.
Sans doute il l’aura
toujours sur la terre des riches et des pauvres. Tandis que les uns vivent dans
l'abondance, les autres doivent travailler et pratiquer une sage économie.
Mais le Père céleste fournit à tous les moyens de vivre
avec une certaine aisance, dans la condition où il les a placés.
Revenons à la
comparaison qu'emploie le Sauveur. Dieu a vétu le lis de splendeur; mais
cette robe blanche et parfumée, la nature du lis la réclamait.
Dieu a plus modestement habillé la violette; il lui a donné
cependant ce qui convenait à sa nature particulière. Et ces deux
fleurs s'épanouissent paisiblement au soleil, sans manquer de rien.
Ainsi Dieu fait-il pour
les hommes. Il a placé ceux-ci dans les plus hautes classes de la
société; il a mis ceux-là dans une situation moins
brillante; aux uns comme aux autres il donne le nécessaire pour tenir
dignement leur rang.
Vous m'objecterez
peut-être l'instabilité des conditions sociales. Dans la crise
présente, n'est-il pas plus facile de déchoir que de
s'élever et même que de se maintenir ?
Sans doute. Mais la
Providence proportionne exactement ses secours aux besoins de chacun : aux
grands maux elle apporte les grands remèdes. Ce que nous enlèvent
des catastrophes économiques, nous pouvons le regagner par notre
industrie et notre travail. Dans les cas très rares où notre
activité personnelle se trouve réduite à l'impuissance,
nous avons le droit d'attendre d'en-haut une intervention exceptionnelle.
Généralement,
je le crois du moins, Dieu ne fait pas de déclassés. Il
désire, au contraire, que nous nous développions, que nous
croissions, que nous nous élevions sagement. Si parfois il permet une déchéance,
il ne la veut pas d'une volonté antécédente à
l'action de notre libre arbitre.
Le plus souvent les
amoindrissements sociaux proviennent de nos fautes, personnelles ou
héréditaires. Ce sont des conséquences naturelles de la
paresse, de la prodigalité, des passions. Encore l'homme ainsi
tombé peut-il se relever et, avec l'aide de la Providence,
reconquérir par ses efforts la situation perdue.
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