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III - Ne pas
s’inquiéter de l’avenir
Dieu pourvoit à
nos besoins. “ Ne vous inquiétez donc pas ”, dit le Sauveur.
Quel est le sens exact
de ce conseil ?
Devons-nous donc, pour
obéir à la direction du Maître, négliger
entièrement le soin de nos affaires temporelles ? - Que la
grâce demande à certaines âmes la pauvreté stricte et
un total abandon à la Providence, nous n'en doutons pas. Il faut
constater cependant la rareté de telles vocations. Les autres,
communautés religieuses ou individus, possèdent des biens : ils
doivent les gérer convenablement.
L'Esprit-Saint loue la
femme forte d'avoir administré sagement sa maison. Il nous la montre, au
livre des Proverbes, se levant de bonne heure, pour distribuer à ses
domestiques leur tâche journalière, et travaillant elle-même
de ses mains. Rien n'échappe à sa vigilance. Les siens n'ont rien
à craindre : ils trouveront, grâce à sa prévoyance,
le nécessaire, l'agréable et jusqu'au luxe modéré.
Ses enfants l'ont proclamée bienheureuse et son mari chante ses vertus
(2).
La Vérité
même n'aurait pas loué si magnifiquement cette femme, si elle
n'avait pas rempli son devoir.
Ne pas s’inquiéter,
c'est donc, tout en s’occupant raisonnablement de ses affaires, ne pas se
laisser angoisser par les sombres perspectives de l'avenir et compter sans
hésitation sur l'aide de la Providence.
Ne nous y trompons pas :
une telle confiance suppose une grande force d'âme. Il faut éviter
un double écueil, le trop et le trop peu. Celui qui, par
négligence, se désintéresse de ses affaires, ne peut, sans
tenter Dieu, attendre du ciel des secours exceptionnels. Celui qui donne aux
soucis matériels le prernier rang dans ses préoccupations, celui
qui compte moins sur Dieu que sur lui-même, se trompe aussi, plus
lourdement peut-être : il dérobe au Très Haut la place
qui lui revient de droit dans notre vie. In medio stat virtus - entre ces deux
extrêmes se tient le devoir.
Quand on s’est
occupé sagement de ses affaires, s’inquiéter de l'avenir, c'est
méconnaître la Puissance et la Bonté de Dieu.
Pendant les nombreuses
années que saint Paul vécut au désert, un corbeau lui
apportait chaque jour un demi pain. Or il advint que saint Antoine rendit
visite à l'illustre ermite. Les deux solitaires causèrent,
oubliant le boire et le manger dans leurs pieuses conversations. Mais la
Providence pensait à eux : le corbeau vint à son ordinare; il
portait, cette fois, un pain entier. Le Père celeste a
créé l'univers en se jouant : éprouverait-il quelque peine
à secourir ses enfants dans leurs besoins ?
Saint Camille de Lellis
s'était endetté pour
secourir ses malades pauvres. Ses religieux s'alarmaient. - “ Il ne faut jamais
douter de la Providence, leur disait le Saint pour les rassurer. Est-il si
difficile à Notre-Seigneur de nous donner un peu de ces biens temporels,
dont il a comblé les juifs et les Turcs, qui sont les ennernis de notre
foi ? (3) ” La confiance de Camille ne fut pas trompée : un mois
plus tard, un de ses protecteurs lui léguait en mourant une somme
considérable.
S’inquiéter de
l'avenir, c'est une défiance qui offense Dieu et provoque son
indignation.
Quand les
Hébreux, fuyant l'Egypte, se virent perdus au milieu des sables, ils
oublièrent les miracles de Jéhovab en leur faveur. Ils
craignirent, ils murmurèrent : “ Dieu pourra-t-il nous préparer
une table dans le désert ?... Pourra-t-il donner du pain à son
peuple ? ” Ces paroles irritèrent le Seigneur. Il lança contre
eux le feu du ciel; sa colère se déchaîna contre
Israël, “ parce qu'ils n'avaient pas eu foi en Dieu et qu'ils n'avaient
pas espéré en son secours (4). ”
Pas d'inquiétudes
vaines : le Père veille sur nous.
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