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I - La
miséricorde de Notre-Seigneur pour les pécheurs
La Providence qui
nourrit l'oiseau sur la branche, prend soin de nos corps. Qu'est-il cependant
ce corps de misère ? Un être fragile, un condamné à
mort que guettent les vers. Dans notre course folle nous croyons aller à
nos affaires ou à nos plaisirs : chacun de nos pas nous rapproche du terme;
nous traînons nous-mêmes notre cadavre au bord de notre tombe.
Si Dieu s'occupe ainsi
de nos corps périssables, avec quelle sollicitude veillera-t-il sur nos
âmes immortelles ? Il leur prépare des trésors de
grâce, dont la richesse dépasse notre imagination; il leur envoie
des secours surabondants pour leur sanctification et leur salut.
Ces moyens de
sanctification, que la foi met à notre disposition, je ne les
étudierai pas ici.
Je m'adresserai
simplement aux âmes troublées, que l’on rencontre si souvent. Je
leur montrerai, l’Evangile en main, l’inanité de leurs craintes. Ni la
gravité de leurs fautes, ni la multiplicité de leurs rechutes, ni
leurs tentations ne doivent les abattre. Bien au contraire, plus elles sentent
le poids de leurs misères, plus elles ont à s'appuyer sur Dieu.
Qu'elles ne perdent pas confiance. Quelle que soit l'horreur de leur
état, quand même elles auraient vécu longtemps dans le
désordre, avec le secours de la grâce elles peuvent se convertir
et s'élever à une haute perfection.
La Miséricorde de
Notre-Seigneur est infinie : rien ne la rebute, pas même les fautes qui
nous paraissent les plus honteuses et les plus crimineues. Pendant sa vie
imortelle, le Maître accueillait les pécheurs avec une bonté
toute divine; jamais il ne leur refusa son pardon.
Poussée par
l'ardeur de son repentir, sans se préoccuper des convenances mondaines,
Marie-Madeleine entre dans la salle du festin. Elle se prosterne aux pieds de
Jésus et les inonde de ses larmes. Simon le pharisien contemple cette scène
d'un oeil ironique; il s'indigne secrètement. “ Si cet homme
était un prophète, pense-t-il, il saurait ce que vaut cette femme
et la chasserait avec mépris. ” Mais le Sauveur ne la repousse pas. Il
accepte ses soupirs, ses pleurs, tous les signes sensibles de son humble
contrition. Il la purifie de ses souillures et la comble de dons surnaturels.
Et son Coeur Sacré s’emplit d'une joie immense, tandis que
là-haut, dans le royaume de son Père, les Anges tressaillent
d'allégresse : une âme était perdue et la voilà
retrouvée; une âme était morte et la voilà rendue
à la vraie vie.
Le Maître ne se
contente pas de recevoir avec mansuétude les pauvres pécheurs; il
va jusqu'à prendre leur défense. N'est-ce pas d'ailleurs sa
mission ? Ne s'est-il pas constitué “ notre avocat (1) ” ?
On lui amène un
jour une malheureuse surprise dans l'acte même de sa faute. La dure loi
de Moïse la condamne formellement : la coupable doit périr dans le
lent supplice de la lapidation. Cependant les Scribes et les Pharisiens attendent
impatiemment la sentence du Sauveur. S'il pardonne, ses ennemis lui
reprocheront de mépriser les traditions d'Israël. Que va-t-il faire
?
Il dira un seul mot;
cette parole suffira pour confondre les Pharisiens orgueilleux et pour sauver
la pécheresse.
- “ Que celui d'entre
vous qui est sans péché, lui jette le prernier la pierre
(2). ”
Réponse pleine de
sagesse et de miséricorde. En l'entendant, ces hommes arrogants
rougissent de honte. L'un après l'autre ils se retirent confus; les vieillards
fuient les premiers.
“ Et Jésus
demeura seul avec la femme. ”
“ - Où sont vos
accusateurs ? lui demanda-t-il. Personne ne vous a condamnée ? ”
Elle lui dit : “
Personne, Seigneur. ” Et Jésus lui répondit : “ je ne vous
condamnerai pas non plus. Allez, et à l’avenir ne péchez plus
(3). ”
Quand les
pécheurs ne viennent pas à lui, le Maître se lance à
leur poursuite. Comme le père du prodigue, il attend le retour de
l'ingrat. Comme le bon Pasteur, il cherche la brebis égarée; et
lorsqu'il la retrouve, il la charge sur ses épaules divines et la
rapporte ensanglantée au bercail. Oh ! il n'irritera pas ses blessures :
il les pansera, comme le Bon Samaritain, avec l'huile et le vin symboliques. Il
versera sur ses plaies le baume de la Pénitence; et pour la fortifier,
il la fera boire dans sa coupe eucharistique.
Ames coupables, ne
craignez donc pas le Sauveur : c'est pour vous spécialement qu'il
est descendu sur la terre. Ne répétez pas le cri de
désespoir que poussa Caïn : “ Mon crirne est trop grand pour
pouvoir en obtenir le pardon (4). ” Comme vous connaîtriez mal le
Coeur de Jésus !
Jésus a
purifié Madeleine, il a pardonné le triple reniement de saint
Pierre, il a ouvert le ciel au bon larron. En vérité, je vous
l'assure, si Judas avait été le trouver après son crime,
Notre-Seigneur l'aurait accueilli avec miséricorde.
Comment donc ne vous
pardonnerait-il pas ?
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