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Culture de mort et société
dominée par les puissants
63. En Amérique, comme en d'autres parties du
monde, un modèle de société où dominent les puissants, excluant et même
éliminant les faibles, semble aujourd'hui se profiler: je pense ici aux enfants
non nés, victimes sans défense de l'avortement; aux personnes âgées et aux
malades incurables, parfois objet d'euthanasie; et à tant d'autres êtres
humains mis en marge par la société de consommation et par le matérialisme. Et
je ne puis oublier le recours non nécessaire à la peine de mort, lorsque
d'autres « moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité
des personnes contre l'agresseur. [...] Aujourd'hui, en effet, étant donné les
possibilités dont l'État dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant
incapable de nuire celui qui l'a commis, sans lui enlever définitivement la
possibilité de se repentir, les cas d'absolue nécessité de supprimer le
coupable “sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants” ».
(229) Un tel modèle de société porte l'empreinte de la culture de mort
et est donc opposé au message évangélique. Face à cette désolante réalité, la
communauté ecclésiale entend s'engager toujours plus à défendre la culture de
la vie.
À ce sujet, les Pères synodaux, se faisant l'écho
des récents documents du Magistère de l'Église, ont réaffirmé avec vigueur leur
respect inconditionnel et leur total attachement envers la vie humaine depuis
le moment de la conception jusqu'à celui de la mort naturelle, et ils ont
prononcé la condamnation de maux comme l'avortement et l'euthanasie. Pour
maintenir ces enseignements de la loi divine et naturelle, il est essentiel de
promouvoir la connaissance de la doctrine sociale de l'Église et de s'employer
à ce que les valeurs de la vie et de la famille soient reconnues et défendues
dans les mœurs et dans les normes juridiques des États. (230) En plus
de la sauvegarde de la vie, on doit intensifier, grâce à de multiples
institutions pastorales, une promotion active de l'adoption et une assistance
constante aux femmes ayant une grossesse problématique, aussi bien avant
qu'après la naissance de leur enfant. Une attention pastorale spéciale doit
aussi être portée aux femmes qui ont subi ou procuré activement l'avortement.
(231)
Comment ne pas rendre grâce à Dieu et ne pas
exprimer des sentiments de vive appréciation à nos frères et sœurs dans la foi
qui, en Amérique, avec d'autres chrétiens et d'innombrables personnes de bonne
volonté, sont engagés, par tous les moyens légaux, dans la défense de la vie et
dans la sauvegarde de l'enfant à naître, du malade incurable et des personnes
handicapées? Leur action est encore plus méritoire si l'on considère
l'indifférence de beaucoup, les menaces d'eugénisme et les attentats contre la
vie et la dignité humaine, qui sont quotidiennement perpétrés partout.
(232)
Ces mêmes égards sont dus aux personnes âgées,
parfois oubliées et livrées à elles-mêmes. Elles doivent être respectées comme
des personnes; il est important de prendre pour elles des initiatives d'accueil
et d'assistance, qui promeuvent leurs droits et leur assurent, autant que
possible, le bien-être physique et spirituel. Les personnes âgées doivent être
protégées des situations et des pressions qui pourraient les pousser au
suicide; en particulier, elles doivent être soutenues contre la tentation du
suicide assisté et de l'euthanasie.
Avec les Pasteurs du peuple de Dieu en Amérique, je
fais appel aux « catholiques qui travaillent dans le domaine médical et
sanitaire et à ceux qui occupent des charges publiques, comme à ceux qui sont
engagés dans l'enseignement, afin qu'ils fassent tout leur possible pour
défendre la vie de ceux qui courent un plus grand danger, en agissant avec une
conscience formée d'une manière droite selon la doctrine catholique. Les
Évêques et les prêtres ont, dans ce domaine, la responsabilité spéciale de
donner un témoignage inlassable en faveur de l'Évangile de la vie et d'exhorter
les fidèles à agir en conséquence ». (233) En même temps, il est
indispensable que l'Église en Amérique éclaire, par des interventions
opportunes, l'élaboration des décisions des assemblées législatives, en
stimulant les citoyens, aussi bien les catholiques que les autres personnes de
bonne volonté, à constituer des organisations pour promouvoir des projets de
loi valables et s'opposer à ceux qui menacent la famille et la vie, deux
réalités inséparables. De nos jours, il faut tenir compte de façon spéciale de
ce qui se rapporte au diagnostic prénatal, pour qu'il ne lèse en aucune manière
la dignité humaine.
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