|
Troisième cercle: les Frères Chrétiens
séparés
113 Et voici le cercle du monde le plus voisin de Nous,
celui qui s'appelle hrétien. Dans ce domaine, le dialogue, qui a pris le nom
d'œcuménique, est déjà ouvert ; dans certains secteurs, il est déjà entré dans
un développement positif. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet si complexe
et si délicat. Mais Nous ne pouvons l'épuiser ici, où Nous Nous limitons à
quelques traits, d'ailleurs déjà connus. Volontiers, nous faisons nôtre le
principe : mettons en évidence avant tout ce que nous avons de commun, avant de
noter ce qui nous divise. C'est là un thème bon et fécond pour notre dialogue.
Nous sommes disposé à le poursuivre cordialement. Nous dirons plus : que sur de
nombreux points qui nous différencient, en fait de tradition, de spiritualité,
de lois canoniques, de culte, Nous sommes prêt à étudier comment répondre aux
légitimes désirs de nos frères chrétiens, encore séparés de nous. Rien ne peut
Nous être plus désirable que de les embrasser dans une parfaite union de foi et
de charité. Mais Nous devons dire aussi qu'il n'est pas en Notre pouvoir de
transiger sur l'intégrité de la foi et sur les exigences de la charité. Nous
entrevoyons des défiances et des résistances à cet égard. Mais maintenant que
l'Eglise catholique a pris l'initiative de recomposer l'unique bercail du
Christ, elle ne cessera d'avancer en toute patience et avec tous les égards
possibles ; elle ne cessera pas de montrer comment les prérogatives qui
tiennent encore éloignés d'elle les frères séparés ne sont pas le fruit
d'ambitions historiques ou d'une spéculation théologique imaginaire, mais
qu'elles dérivent de la volonté du Christ et que, comprises dans leur véritable
signification, elles tournent au bien de tous, servent à l'unité commune, à la
liberté commune et à la commune plénitude chrétienne ; l'Eglise catholique ne
cessera de se rendre capable et digne, dans la prière et dans la pénitence, de
la réconciliation désirée.
Une pensée à cet égard Nous afflige, celle de voir que c'est précisément,
Nous, défenseur de cette réconciliation, qui sommes considéré par beaucoup de
nos frères séparés comme l'obstacle, à cause du primat d'honneur et de
juridiction que le Christ a conféré à l'apôtre Pierre, et que Nous avons hérité
de lui. Certains ne disent-ils pas que si la primauté du Pape était écartée,
l'union des Eglises séparées avec l'Eglise catholique serait plus facile ? Nous
voulons supplier les frères séparés de considérer l'inconsistance d'une telle
hypothèse ; et non seulement parce que sans le Pape l'Eglise catholique ne
serait plus telle, mais parce que l'office pastoral suprême, efficace et
décisif de Pierre venant à manquer dans l'Eglise du Christ, l'unité se
décomposerait ; et on chercherait en vain ensuite à la recomposer sur des
principes qui remplaceraient le seul principe authentique, établi par le Christ
lui-même : « Il y aurait dans l'Eglise autant de schismes qu'il y a de prêtres
», écrit justement saint Jérôme (Dial, contra Luciferianos n° 9 ; P.L.
23, 173).
Et il faut aussi considérer que ce pivot central de la sainte Eglise ne veut
pas constituer une suprématie d'orgueil spirituel et de domination humaine,
mais une supériorité de service, de ministère et d'amour. Ce n'est pas vaine
réthorique d'attribuer au Vicaire du Christ le titre de « Serviteur des
serviteurs de Dieu ».
115 - Tel est le plan sur lequel veille Notre
dialogue, qui avant même de se dérouler en conversations fraternelles s'exprime
en colloque avec le Père céleste, en effusion de prière et d'espérance.
|