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Le mystère
eucharistique se réalise dans le Sacrifice de la Messe
A présent Nous
aimons, Vénérables Frères, à rappeler pour l'édification et la joie de tous, la
doctrine que l'Eglise tient de la tradition et enseigne dans un accord unanime.
D'abord il est
bon de redire ce qui forme comme la synthèse et le sommet de cet enseignement:
dans le mystère eucharistique est représenté de façon merveilleuse le Sacrifice
de la Croix consommé une fois pour toutes sur le Calvaire; ce Sacrifice y est
sans cesse rendu présent à notre souvenir et sa vertu salutaire y est appliquée
à la rémission des péchés qui se commettent chaque jour.
Notre-Seigneur Jésus-Christ en instituant le mystère eucharistique a scellé de
son sang la Nouvelle Alliance dont Il est le Médiateur, comme déjà Moïse
avait scellé l'Ancienne Alliance dans le sang des victimes.
L'Evangile le rapporte: à la dernière Cène, "ayant pris le pain, Il rendit
grâces et rompit le pain puis le donna aux Apôtres en disant: Ceci est mon
Corps donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi. Pareillement Il prit la
coupe, après le repas, en disant: Ceci est la coupe de la Nouvelle Alliance
dans mon sang répandu pour vous ". En prescrivant aux Apôtres
de faire cela en souvenir de Lui, Il voulait du même coup que le geste se
renouvelât perpétuellement.
Et l'Eglise a
fidèlement exécuté cette consigne, restant attachée aux enseignements des Apôtres
et se réunissant pour célébrer le Sacrifice Eucharistique. "Et tous
étaient assidus aux enseignements des Apôtres et aux réunions communes, à la
fraction du pain et aux prières". Et telle était la ferveur que
les fidèles y puisaient qu'on pouvait dire à leur sujet. " La masse des
croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme ".
A son tour
l'Apôtre Paul, qui nous a transmis avec une extrême fidélité ce qu'il avait
appris du Seigneur," parle ouvertement du Sacrifice Eucharistique quand il
explique que les chrétiens ne peuvent avoir part aux sacrifices des païens,
précisément parce qu'ils sont devenus participants de la table du Seigneur.
"La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas une communion
au sang du Christ? Et le pain que nous rompons n'est-il pas une participation
au corps du Christ? ... Vous ne pouvez boire à la coupe du Seigneur et à la
coupe des démons; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la
table des démons".
Cette oblation
nouvelle du Nouveau Testament, que Malachie avait prédite,
l'Eglise, instruite par le Seigneur et les Apôtres, l'a toujours offerte
"non seulement pour les péchés, les peines, les satisfactions et les
autres nécessités des fidèles vivants, mais aussi pour ceux qui sont morts dans
le Christ et ne sont pas encore pleinement purifiés". Pour ne
rien dire des autres témoignages, évoquons seulement celui de saint Cyrille de
Jérusalem, qui, formant les néophytes dans la foi chrétienne, prononça ces
paroles mémorables " Après avoir accompli le sacrifice spirituel, rite non
sanglant, nous adressons à Dieu, sur cette hostie de propitiation, des
supplications pour la paix partout dans l'Eglise, pour l'empereur, les armées
et les alliés, pour les malades et les gens éprouvés, et en général nous prions
tous pour tous ceux qui sont morts parmi nous; nous sommes convaincus que cette
invocation sera de très grand secours pour les âmes en faveur desquelles monte
la prière tandis qu'est présente la victime sainte et redoutable ". A
l'appui de son enseignement le Docteur apporte l'exemple de la couronne que
l'on tresse pour l'empereur, en vue d'obtenir le pardon des exilés, et il
conclut: "De même nous aussi nous présentons à Dieu des prières pour les
défunts, même s'ils furent pécheurs; nous ne Lui tressons pas une couronne,
mais nous Lui offrons en rançon de nos péchés le Christ immolé, tâchant de
rendre Dieu propice à nous et à eux ". Saint Augustin atteste
que la coutume d'offrir le sacrifice de notre rédemption pour les défunts comme
pour les vivants était en vigueur dans l'Eglise de Rome et en même
temps que cette coutume s'observait dans l'Eglise entière.
Mais il est
autre chose que Nous Nous plaisons à ajouter, vu sa grande utilité pour
éclairer le mystère de l'Eglise: celle-ci, jouant en union avec le Christ le
rôle de prêtre et de victime, est tout entière à offrir le Sacrifice de la
Messe et elle y est offerte tout entière. Cet admirable enseignement, déjà
livré par les Pères a été, à une époque récente, exposé par Notre
Prédécesseur Pie XII d'heureuse mémoire et en dernier lieu il a été
formulé par le Ile Concile du Vatican dans la Constitution De Ecclesia à propos
du Peuple de Dieu. C'est Notre vif désir de le voir toujours
davantage expliqué et plus profondément imprimé dans l'âme des fidèles, sans
détriment de la juste différence de nature et non seulement de degré qui
distingue le sacerdoce des fidèles du sacerdoce hiérarchiques Il n'est pas de
doctrine plus apte à alimenter la piété eucharistique et à mettre en valeur la
dignité de tous les fidèles comme aussi à presser les cœurs d'atteindre le
sommet de la sainteté - lequel consiste simplement à se mettre tout au service
de la Majesté divine par une généreuse offrande de soi-même.
Il faut aussi
rappeler la conclusion qui découle de cette doctrine concernant le caractère
public et social de toute Messe. En effet, la Messe, même si elle
est célébrée en particulier par un prêtre, n'est jamais pour autant une
démarche privée mais elle est action du Christ et de l'Eglise, qui a appris à
s'offrir elle-même, dans le sacrifice qu'elle offre, en sacrifice universel,
appliquant au salut du monde entier la vertu rédemptrice unique et infinie du
Sacrifice de la Croix. Il n'est pas de Messe qui ne soit offerte pour le salut
du monde entier et non seulement pour le salut de quelques personnes.
Par conséquent,
s'il est hautement convenable qu'à la célébration de la Messe les fidèles
participent activement en grand nombre, il n'y a pas à blâmer mais au contraire
à approuver la célébration de la Messe en privé, conformément aux prescriptions
et aux traditions de la Sainte Eglise, par un prêtre avec un seul ministre pour
la servir. C'est que cette Messe assure une grande abondance de grâces
particulières au bénéfice soit du prêtre lui-même soit du peuple fidèle et de
toute l'Église et même du monde entier, grâces qui ne pourraient être obtenues
aussi largement par la seule Communion.
C'est pourquoi
Nous recommandons avec une paternelle insistance aux prêtres, qui à un titre
particulier sont dans le Seigneur Notre joie et Notre couronne, de rester
conscients du pouvoir que I'Évêque consécrateur leur conféra d'offrir à Dieu le
Sacrifice et de célébrer des Messes tant pour les vivants que pour les défunts
au nom du Seigneur et de célébrer chaque jour la Messe en toute
dignité et dévotion, afin qu'eux-mêmes et les autres fidèles profitent de
l'application des fruits abondants issus du Sacrifice de la Croix. De cette
façon ils contribueront grandement aussi au salut du genre humain.
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