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Dans le
sacrifice de la Messe, le Christ se rend sacramentellement présent.
Ce que Nous
venons de résumer touchant le Sacrifice de la Messe Nous amène à dire aussi un
mot du Sacrement de l'Eucharistie: Sacrifice et Sacrement s'intègrent ensemble
dans le même mystère en sorte qu'on ne peut séparer l'un de l'autre. Le
Seigneur s'immole de manière. non sanglante dans le Sacrifice de la Messe, qui
représente le Sacrifice de la Croix, en appliquant la vertu salutaire, au
moment où par l'effet des paroles de la consécration il commence d'être
sacramentellement présent comme nourriture spirituelle des fidèles sous les
espèces du pain et du vin.
Bien divers
sont, nous le savons tous, les modes de présence du Christ à son Eglise. Il est
utile de reprendre un peu plus largement cette vérité si belle que la
Constitution sur la Sainte Liturgie a brièvement exposées . Le
Christ est présent à son Église qui prie, étant Lui-même Celui qui "prie
pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous: il prie pour nous comme
notre Prêtre; il prie en nous comme notre Chef; il est prié par nous comme
notre Dieu "; c'est lui-même qui a promis: "Là où se
trouveront réunis en mon nom deux ou trois, je m'y trouverai au milieu
d'eux"
Il est présent
à son Eglise qui accomplit les œuvres de miséricorde, non seulement parce que,
quand nous faisons un peu de bien à l'un de ses frères les plus humbles nous le
faisons au Christ lui-même, mais aussi parce que c'est le Christ
lui-même qui opère ces actions par le moyen de son Eglise y venant toujours au
secours des hommes avec sa charité divine. Il est présent à l'Eglise qui dans
son pèlerinage terrestre aspire au port de la vie éternelle,, puisqu'Il habite
en nos cœurs par la foi et qu'Il y répand la charité par l'action
de l'Esprit Saint que lui-même nous a donné.
D'une autre façon,
non moins véritable, Il est présent à son Eglise qui prêche, puisque l'Evangile
qu'elle annonce est Parole de Dieu et que cette Parole est proclamée au nom et
par l'autorité du Christ, Verbe de Dieu incarné, et avec son assistance, afin
qu'il y ait " un seul troupeau se confiant à un unique berger "
Il est présent
à l'Église qui dirige et gouverne le Peuple de Dieu, puisque le pouvoir sacré
découle du Christ, et que le Christ, " Pasteur des Pasteurs ",
assiste les Pasteurs qui exercent ce pouvoir selon la promesse
faite aux Apôtres. De plus, et d'une manière plus sublime encore, le Christ est
présent à son Eglise qui en son nom célèbre le Sacrifice de la Messe et
administre les Sacrements. A propos de la présence du Christ dans l'offrande du
Sacrifice de la Messe, laissez-Nous citer ce que saint Jean Chrysostome,
transporté d'admiration, dit avec justesse et éloquence: "je veux ajouter
une chose vraiment étonnante, mais ne soyez point surpris ni troublés.
Qu'est-ce donc? L'offrande est la même, qui que ce soit qui la présente, ou
Paul ou Pierre; cette même offrande que le Christ confia aux disciples et que
maintenant les prêtres accomplissent: celle-ci n'est pas inférieure à celle-là,
parce qu'elle ne tient pas sa sainteté des hommes mais de Celui qui la fit
sainte. Comme les paroles dites par Dieu sont celles-là même qu'à présent le
prêtre prononce, ainsi l'oblation est la même "
Personne non
plus n'ignore que les Sacrements sont action du Christ qui les administre par
le moyen des hommes. Pour cette raison ils sont saints d'eux-mêmes, et par la
vertu du Christ ils confèrent la grâce à l'âme en atteignant le corps.
On reste
émerveillé devant ces divers modes de présence du Christ et on y trouve à
contempler le mystère même de l'Eglise. Pourtant bien autre est le mode,
vraiment sublime, selon lequel le Christ est présent à l'Eglise dans le
Sacrement de l'Eucharistie. C'est pourquoi celui-ci est parmi tous les
Sacrements "le plus doux pour la dévotion, le plus beau pour l'intelligence,
le plus saint pour ce qu'il renferme "; oui il renferme
le Christ lui-même et il est, "comme la perfection de la vie spirituelle
et la fin à laquelle tendent tous les Sacrements ".
Cette présence,
on la nomme "réelle", non à titre exclusif, comme si les autres
présences n'étaient pas " réelles ", mais par excellence ou "
antonomase ", parce qu'elle est substantielle, et que par elle le
Christ, Homme-Dieu, se rend présent tout entier.
Ce serait donc
une mauvaise explication de cette sorte de présence que de prêter au Corps du
Christ glorieux une nature spirituelle (" pneumatique") omniprésente;
ou de réduire la présence eucharistique aux limites d'un symbolisme, comme si
ce Sacrement si vénérable ne consistait en rien autre qu'en un signe efficace
"de la présence spirituelle du Christ et de son union intime avec les
fidèles, membres du Corps Mystique".
Assurément le
symbolisme eucharistique a été abondamment étudié par les Pères et les
Scolastiques, surtout par rapport à l'unité de l'Eglise; le Concile de Trente a
résumé cette doctrine quand il enseigne que notre Sauveur a laissé à son Eglise
l'Eucharistie " comme symbole de son unité et de la charité par laquelle
Lui-même veut voir tous les chrétiens intimement unis entre eux ",
"et donc comme un symbole de ce Corps unique dont Il est la Tête "
Aux premiers
débuts de la littérature chrétienne, l'auteur inconnu de l'ouvrage intitulé Didachè
ou Doctrine des XII Apôtres écrivait à ce sujet: "Pour ce qui regarde
l'Eucharistie, rendez grâce de cette manière: ... comme ce pain rompu était
précédemment dispersé sur les montagnes et devint un par le rassemblement des
grains, qu'ainsi ton Église se rassemble des confins de la terre en ton Royaume".
Pareillement
saint Cyprien, défendant l'unité de l'Eglise contre le schisme, écrit: "
Enfin les Sacrifices mêmes du Seigneur mettent en lumière l'unité des
chrétiens, soudés par une charité solide et infrangible. Car quand le Seigneur
appelle son corps le pain composé de l'union d'une multitude de grains, Il
désigne notre peuple réuni, ce peuple que Lui-même portait; et quand Il appelle
son sang le vin tiré d'une quantité de grappes et de raisins dont le jus a été
exprimé et mêlé, Il désigne de même notre troupeau unifié par la fusion de
toute une multitude ".
D'ailleurs,
avant tous les autres, l'Apôtre J'avait dit aux Corinthiens: " Puisqu'il y
a un seul pain, nous ne formons à nous tous qu'un seul corps, car tous nous
avons part à ce pain unique ".
Mais si le
symbolisme eucharistique nous fait bien saisir l'effet propre de ce Sacrement,
qui est l'unité du Corps Mystique, il ne rend pas compte et il ne donne pas
l'expression de ce qui dans la nature du Sacrement le distingue des autres. Car
l'enseignement constamment départi par l'Eglise aux catéchumènes, le sens du
peuple chrétien, la doctrine définie par le concile de Trente et les paroles
elles-mêmes par lesquelles le Christ institua la Sainte Eucharistie, nous
obligent de professer que "l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur
Jésus-Christ, qui a souffert pour nos péchés et que le Père a ressuscité dans
sa bonté ". Aux paroles du martyr Ignace Nous joignons
volontiers celles de Théodore de Mopsueste, qui est en cela témoin de la foi de
l'Eglise: C'est que, écrit-il, le Seigneur parlant aux disciples " ne
dit point: ceci est le symbole de mon Corps et ceci est le symbole de mon Sang,
mais: ceci est mon Corps et ceci est mon Sang, nous apprenant à ne pas considérer
la nature de la chose qui s'offrait à nos sens; en effet par l'action de la
grâce cet objet a été changé en chair et en sang ".
Le Concile de
Trente, appuyé sur cette foi de l'Eglise, "affirme ouvertement et sans
détour que dans le vénérable Sacrement de la Sainte Eucharistie, après la
consécration du pain et du vin, notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai
Homme, est présent vraiment, réellement et substantiellement sous l'apparence
de ces réalités sensibles ". Notre Sauveur est donc présent dans son
humanité non seulement à la droite du Père mais en même temps dans le Sacrement
de l'Eucharistie "en un mode d'existence que nos mots peuvent sans doute à
peine exprimer, mais que notre intelligence, éclairée par la foi, peut cependant
reconnaître et que nous devons croire fermement comme une chose possible à Dieu
".
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