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Exhortation
à promouvoir le culte eucharistique
Aussi,
Vénérables Frères, cette foi qui ne tend qu'à rester fidèle à la parole du
Christ et des Apôtres, bannissant toute opinion erronée et nuisible, Nous vous
prions de la garder pure et intacte dans le peuple confié à vos soins et à
votre vigilance. Veuillez promouvoir, sans épargner paroles et efforts, le
culte eucharistique, vers lequel en définitive doivent converger toutes les
autres formes de piété.Que sous votre impulsion les fidèles connaissent
toujours davantage ce que dit saint Augustin et en fassent l'expérience
"Qui veut vivre, il a où vivre et de quoi vivre; qu'il
approche, qu'il croie, qu'il s'incorpore, afin d'être vivifié. Qu'il ne renonce
jamais à l'union des membres entre eux, qu'il ne soit pas non plus un membre
corrompu, digne d'être retranché, ni un membre difforme qui fasse honte; qu'il
soit un membre beau, habile, sain; qu'il adhère au corps, qu'il vive de Dieu et
pour Dieu; qu'il travaille maintenant sur terre afin de pouvoir ensuite régner
dans le ciel ".
Que chaque
jour, comme c'est à souhaiter, les fidèles en grand nombre prennent une part
active au Sacrifice de la Messe, se nourrissant de la Sainte Communion avec un
cœur pur et saint, et qu'ils rendent grâces au Christ Notre Seigneur pour un si
grand bienfait.
Qu'ils se
rappellent ces paroles: "Le désir de Jésus-Christ et de l'Eglise de
voir tous les fidèles s'approcher tous les jours de la Sainte Table a
surtout cet objet: que tous les fidèles, unis à Dieu par l'effet du Sacrement,
y puisent la force pour surmonter les passions, pour se purifier des fautes
légères quotidiennes et pour éviter les péchés graves, auxquels est sujette la
faiblesse humaine ".
Qu'au cours de
la journée 1es fidèles ne négligent point de rendre visite au Saint Sacrement,
qui doit être conservé en un endroit très digne des églises, avec le plus
d'honneur possible, selon les lois liturgiques. Car la visite est une marque de
gratitude, un geste d'amour et un devoir de reconnaissance envers le Christ
Notre-Seigneur présent en ce lieu.
Chacun comprend
que la divine Eucharistie confère au peuple chrétien une dignité incomparable.
Car non seulement durant l'oblation du Sacrifice et quand se fait le Sacrement,
mais encore après, tant que l'Eucharistie est gardée dans les églises et
oratoires, le Christ est vraiment l'Emmanuel, le " Dieu avec nous
". Car jour et nuit, il est au milieu de nous et habite avec nous, plein
de grâce et de vérité; il restaure les mœurs, nourrit les vertus,
console les affligés, fortifie les faibles et invite instamment à l'imiter tous
ceux qui s'approchent de lui, afin qu'à son exemple ils apprennent la douceur
et l'humilité de cœur, qu'ils sachent chercher non leurs propres intérêts mais
ceux de Dieu. Ainsi quiconque aborde le vénérable Sacrement avec une dévotion
particulière et tâche d'aimer d'un coeur généreux le Christ qui nous aime
infiniment, éprouve et comprend à fond, non sans joie intime ni sans fruit, le
prix de la vie cachée avec le Christ en Dieu il sait d'expérience
combien cela en vaut la peine de s'entretenir avec le Christ; rien de plus doux
sur la terre, rien de plus apte à faire avancer dans les voies de la sainteté.
Vous le savez
bien aussi, Vénérables Frères, l'Eucharistie est gardée dans les églises et les
oratoires comme centre spirituel de la communauté religieuse et paroissiale, et
encore de l'Eglise universelle et de l'humanité entière, parce que sous le
voile des saintes espèces elle contient le Christ, Chef invisible de l'Eglise,
Rédempteur du monde, centre de tous les cœurs, " par qui tout existe
et nous-mêmes par lui "
Par suite le
culte eucharistique porte avec force les âmes à développer l'amour
" de société ", en vertu duquel nous
préférons le bien commun au bien particulier, faisons nôtre la cause de la
communauté, de la paroisse, de l'Eglise universelle, et étendons la charité au
monde entier, sachant que partout il v a des membres du Christ.
Puisque,
Vénérables Frères, le Sacrement de l'Eucharistie est signe et cause de l'unité
du Corps -Mystique, et qu'en ceux qui lui vouent une vénération plus fervente
il suscite un esprit ecclésial plus actif, ne cessez de persuader vos
fidèles de faire leur, quand ils s'approchent de ce mystère, la cause de
l'Eglise, de prier Dieu sans cesse et de s'offrir eux-mêmes à Dieu en sacrifice
agréable pour la paix et l'unité de l'Eglise. Cela afin que tous les fils de
l'Eglise soient un et qu'ils aient les mêmes dispositions; qu'il n'y ait point
de divisions entre eux mais qu'ils soient parfaitement unis dans un même esprit
et un même sentiment, comme le veut l'Apôtre; et que tous ceux qui
ne se trouvent point encore attachés en pleine communion à l'Eglise Catholique
mais séparés d'elle jusqu'à un certain point tout en portant avec fierté le nom
de chrétiens, arrivent le plus tôt possible, avec l'aide de la grâce divine, à
jouir avec nous de cette unité de foi et de communion que le Christ voulut
comme caractère distinctif de ses disciples.
Ce désir de
prier et de se consacrer à Dieu pour l'unité de l'Eglise, il intéresse surtout
par convenance particulière les religieux et religieuses, puisqu'ils sont à
titre spécial voués à l'adoration du Très Saint Sacrement, rassemblés
autour de lui en vertu des engagements de leurs vœux. Mais ce souhait de
l'unité de tous les chrétiens, le plus sacré et le plus ardent au cœur de
l'Eglise, Nous voulons pour l'exprimer reprendre une fois de plus les paroles
mêmes du concile de Trente, dans la conclusion de son décret sur la Sainte
Eucharistie: "Pour finir, en son affection paternelle, le saint Concile
avertit, prie et conjure par les entrailles de la miséricorde de Dieu,
ceux qui portent le nom de chrétiens, tous et chacun, de se retrouver et de ne
faire enfin une bonne fois qu'un seul cœur dans ce signe de l'unité, dans ce
lien de la charité, dans ce symbole de la concorde; que, se souvenant de la
majesté si grande et de l'amour si admirable de notre Seigneur Jésus-Christ,
qui a donné sa vie très chère pour prix de notre salut et qui nous a donné sa
chair à manger ils croient et vénèrent les saints mystères de son
corps et de son sang avec une foi constante et ferme, avec une ferveur de cœur,
avec une piété et un respect qui leur permettent de recevoir fréquemment ce
pain supersubstantiel. Qu'il Soit vraiment la vie de
leur âme et la santé perpétuelle de leur esprit, que, fortifiés par son énergie
ils parviennent du cheminement de ce pèlerinage de misère à la
patrie céleste, pour manger sans aucun voile le pain des Ange
qu'ils mangent maintenant sous les voiles sacrés ".
Oh! que le
Rédempteur si bon, qu' à l'approche de sa mort demanda au Père que tous ceux
qui croiraient en Lui ne fassent qu'un, comme Lui et le Père sont un,
daigne exaucer au plus tôt ce vœu qui est le Nôtre et celui de
toute l'Eglise: que tous, d'une seule voix et d'une même foi, nous célébrions
le mystère de l'Eucharistie et que, rendus participants du corps du Christ,
nous ne formions qu'un seul corps unifié par les mêmes liens par
lesquels Lui-même voulut que son unité soit assurée.
Et Nous Nous
adressons avec une charité paternelle à ceux-là aussi qui appartiennent aux
vénérables Eglises d'Orient, au sein desquelles brillèrent tant de Pères
illustres, dont Nous avons pris plaisir à rappeler en cette lettre les
témoignages touchant l'Eucharistie. Nous Nous sentons pleins de joie à voir
votre foi envers l'Eucharistie - elle coïncide avec la nôtre -, à entendre les
prières liturgiques par lesquelles vous célébrez un si grand mystère, à admirer
votre culte eucharistique et à lire vos théologiens qui exposent et défendent
la doctrine concernant ce Sacrement si vénérable.
Que la
Bienheureuse Vierge Marie, de laquelle le Christ Notre-Seigneur a voulu
recevoir cette chair qui est renfermée dans le Sacrement sous les apparences du
pain et du vin, qui est offerte et mangée, et tous les Saints et
Saintes de Dieu, ceux-là spécialement qui eurent une dévotion plus ardente
envers la divine Eucharistie, intercèdent près du Père des miséricordes, afin
que la foi commune et le culte eucharistique alimentent et renforcent l'unité
de communion entre tous les chrétiens. Notre âme est pénétrée des paroles du
saint martyr Ignace, qui met en garde les fidèles de Philadelphie contre les
dommages des déviations et des schismes et préconise comme remède
l'Eucharistie: " Tâchez donc, dit-il, de pratiquer une seule
Eucharistie; car une est la chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ; il y a un
seul calice dans l'unité de son sang, un seul autel, un seul évêque ...
". Forts de l'heureux espoir que le progrès du culte
eucharistique apportera de nombreux bienfaits à l'Église et au monde entier,
Nous vous accordons avec beaucoup d'affection la Bénédiction Apostolique, en
gage des grâces du Ciel, à vous, Vénérables Frères, aux prêtres, aux religieux,
à tous ceux qui vous prêtent leur concours, et à tous les fidèles confiés à vos
soins.
Donné à
Rome, près Saint-Pierre, en la fête de saint Pie X, le 3 septembre 1965, en
la troisième année de Notre Pontificat.
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