Sens social
70. Notre seconde recommandation est pour ceux que
leurs affaires appellent en pays récemment ouverts à l'industrialisation:
industriels, commerçants, chefs ou représentants de plus grandes entreprises.
Il arrive qu'ils ne soient pas dépourvus de sens social dans leur propre pays:
pourquoi reviendraient-ils aux principes inhumains de l'individualisme quand
ils opèrent en pays moins développés ? Leur situation supérieure doit au
contraire les inciter à se faire les initiateurs du progrès social et de la
promotion humaine, là où leurs affaires les appellent. Leur sens même de
l'organisation devrait leur suggérer les moyens de valoriser le travail
indigène, de former des ouvriers qualifiés, de préparer des ingénieurs et des cadres
de laisser place à leur initiative, de les introduire progressivement dans les
postes plus élevés, les préparant ainsi à partager avec eux dans un avenir
rapproché, les responsabilités de la direction. Que, du moins, la justice règle
toujours les relations entre chefs et subordonnés. Que des contrats réguliers
aux obligations réciproques les régissent. Que nul enfin, quelle que soit sa
situation, ne demeure injustement soumis à l'arbitraire.
Missions de développement
71. De plus en plus nombreux, Nous Nous en
réjouissons, sont les experts envoyés en mission de développement par des
institutions internationales ou bilatérales ou des organismes privés: "ils
ne doivent pas se conduire en maîtres, mais en assistants et collaborateurs"
59. Une population perçoit vite si ceux qui viennent à son aide le font
avec ou sans affection, pour appliquer des techniques ou pour donner à l'homme
toute sa valeur. Leur message est exposé ä n'être point accueilli, s'il n'est
comme enveloppé d'amour fraternel.
Qualités des experts
72. A la compétence technique nécessaire, il faut donc
joindre les marques authentiques d'un amour désintéressé. Affranchis de toute superbe
nationaliste comme de toute apparence de racisme, les experts doivent apprendre
à travailler en étroite collaboration avec tous. Ils savent que leur compétence
ne leur confère pas une supériorité dans tous les domaines. La civilisation qui
les a formés contient certes des éléments d'humanisme universel, mais elle
n'est ni unique ni exclusive, et ne peut être importée sans adaptation. Les
agents de ces missions auront à cœur de découvrir, avec son histoire, les
composantes et les richesses culturelles du pays qui les accueille. Un
rapprochement s'établira qui fécondera l'une et l'autre civilisation.
Dialogue des civilisations
73. Entre les civilisations comme entre les personnes,
un dialogue sincère est, en effet, créateur de fraternité. L'entreprise du
développement rapprochera les peuples dans les réalisations poursuivies d'un
commun effort si tous, depuis les gouvernements et leurs représentants jusqu'au
plus humble expert, sont animés d'un amour fraternel et mus par le désir sincère
de construire une civilisation de solidarité mondiale. Un dialogue centré sur
!'homme, et non sur les denrées ou les techniques, s'ouvrira alors. Il sera
fécond s'il apporte aux peuples qui en bénéficient les moyens de s'élever et de
se spiritualiser; si les techniciens se font éducateurs et si l'enseignement
donné est marqué par une qualité spirituelle et morale si élevée qu'il
garantisse un développement non seulement économique, mais humain. Passée
l'assistance, les relations ainsi établies dureront. Qui ne voit de quel poids
elles seront pour la paix du monde ?
Appel aux jeunes
74. Beaucoup de jeunes ont déjà répondu avec ardeur et
empressement à l'appel de Pie XII pour un laïcat missionnaire 60.
Nombreux sont aussi ceux qui se sont spontanément mis à la disposition
d'organismes, officiels ou privés, de collaboration avec les peuples en voie de
développement. Nous Nous réjouissons d'apprendre que, dans certaines nations,
le "service militaire" peut devenir en partie un "service
social", un "service tout court". Nous bénissons ces initiatives
et les bonnes volontés qui y répondent. Puissent tous ceux qui se réclament du
Christ entendre son appel: "J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger,
j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez
accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et
vous êtes venus me voir" 61. Personne ne peut demeurer indifférent
au sort de ses frères encore plongés dans la misère, en proie à l'ignorance,
victimes de l'insécurité. Comme le cœur du Christ, le cœur du chrétien doit
compatir à cette misère: "J'ai pitié de cette foule" 62.
Prière et action
75. La prière de tous doit monter avec ferveur vers le
Tout-Puissant, pour que l'humanité, ayant pris conscience de si grands maux,
s'applique avec intelligence et fermeté à les abolir. A cette prière doit
correspondre l'engagement résolu de chacun, à la mesure de ses forces et de ses
possibilités, dans la lutte contre le sous-développement. Puissent les
personnes, les groupes sociaux et les nations se donner la main
fraternellement, le fort aidant le faible à grandir, y mettant toute sa
compétence, son enthousiasme et son amour désintéressé. Plus que quiconque, celui
qui est animé d'une vraie charité est ingénieux à découvrir les causes de la
misère, à trouver les moyens de la combattre, à la vaincre résolument. Faiseur
de paix, "il poursuivra son chemin, allumant la joie et versant la lumière
et la grâce au cœur des hommes sur toute la surface de la terre, en faisant
découvrir, par-delà toutes les frontières, des visages de frères, des visages
d'amis" 63.
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