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Paulus PP. VI
Sacerdotalis Caelibatus

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  • PREMIÈRE PARTIE
    • II. Le célibat dans la vie de l’Eglise
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II. Le célibat dans la vie de l’Eglise

 
Dans l’antiquité

35. L’étude des documents historiques relatifs au célibat ecclésiastique serait fort instructive mais trop longue. Qu’il suffise de donner ici les brèves indications qui suivent. Dans l’antiquité chrétienne, les Pères de l’Eglise et écrivains ecclésiastiques témoignent de la diffusion qu’avait pris chez les ministres sacrés, tant en Orient qu’en Occident, la pratique librement assumée du célibat,20 à cause de son éminente convenance au don total qu’ils font d’eux-mêmes au service du Christ et de son Eglise.

 
Dans l’Eglise d’Occident

36. A partir du début du IVe siècle, l’Eglise d’Occident, par suite des interventions de plusieurs conciles provinciaux et des Souverains Pontifes, renforça, développa et sanctionna cette pratique du célibat.21 Ce furent surtout les Pasteurs et Maîtres suprêmes de l’Eglise de Dieu, gardiens et interprètes du patrimoine de la foi et de la pureté des mœurs chrétiennes, qu’on vit promouvoir, protéger et restaurer le célibat ecclésiastique aux différentes époques de l’histoire, même quand des oppositions se manifestaient dans les rangs du clergé lui-même et que le relâchement des mœurs dans une société en décadence ne favorisait guère les actes héroïques de vertu. L’obligation du célibat fut ensuite solennellement sanctionnée par le concile de Trente 22 et finalement insérée dans le Code de droit canonique (Can. 132, § 1).

 
Le magistère pontifical plus récent

37. Les Souverains Pontifes de l’époque plus récente ont déployé l’ardeur de leur zèle et leur effort doctrinal pour éclairer et stimuler le clergé dans la pratique de cette observance.23 A ce propos, Nous ne voulons pas manquer de rendre un hommage spécial à la pieuse mémoire de Notre Prédécesseur, dont le souvenir reste vivant au cœur des hommes. Au cours du Synode Romain, il prononça, au milieu des approbations sans réticence de Notre clergé de Rome, les paroles suivantes: " Nous sommes navré ... que certains puissent s’imaginer que l’Eglise catholique en viendra délibérément ou par convenance à renoncer à ce qui, durant de longs siècles, fut et demeure l’une des gloires les plus nobles et les plus pures de son sacerdoce. La loi du célibat ecclésiastique et le souci de la faire prévaloir évoquent toujours les combats des temps héroïques, alors que l’Eglise du Christ dut engager la lutte et réussit à faire triompher sa glorieuse trilogie, emblème constant de victoire: Eglise du Christ libre, chaste et catholique" .24

 
Dans l’Eglise d’Orient

38. Si la législation de l’Eglise Orientale en matière de discipline du célibat ecclésiastique est différente, selon ce qui fut finalement établi par le Concile " in Trullo " de 692 25 et ouvertement reconnu par le second Concile du Vatican,26 cela est dû aussi à des circonstances historiques différentes et propres à cette partie très noble de l’Eglise: à cette situation spéciale, le Saint Esprit a providentiellement et surnaturellement adapté son assistance.

Qu’il Nous soit permis de saisir l’occasion présente pour exprimer Notre estime et Notre respect à l’ensemble du clergé des Eglises Orientales et pour reconnaître les exemples de fidélité et de zèle qu’il donne et qui le rendent digne d’une sincère vénération.

 
La voix des Pères Orientaux

39. Mais il est une autre raison qui Nous incite à maintenir intacte la discipline touchant le célibat ecclésiastique, c’est l’éloge que les Pères Orientaux font de la virginité. Nous entendons par exemple saint Grégoire de Nysse nous rappeler que la vie " dans la virginité est l’image de la béatitude qui nous attend dans le monde à venir " ; 27 nous trouvons tout autant d’assurance dans la manière dont saint Jean Chrysostome célèbre le sacerdoce: elle offre de nos jours encore un thème à notre méditation. Voulant mettre en lumière l’harmonie qui doit nécessairement accorder la vie privée du ministre de l’autel à la dignité que lui confèrent ses fonctions sacrées, ce Père de l’Eglise affirme: " ... il convient que celui qui s’approche du sacerdoce soit pur comme s’il était aux cieux ".28

 
Indications significatives dans la tradition orientale

40. Il ne sera pas inutile non plus d’observer qu’en Orient l’épiscopat est également réservé aux prêtres célibataires et que les prêtres, une fois ordonnés, ne peuvent plus se marier. D’où il apparaît en quel sens ces Eglises si respectables possèdent jusqu’à un certain point le principe du sacerdoce célibataire et celui d’une certaine convenance entre le célibat et le sacerdoce chrétien, dont les Evêques possèdent le couronnement et la plénitude.29

 
Fidélité de l’Eglise d’Occident à sa tradition propre

41. En tout cas, l’Eglise d’Occident ne peut pas faiblir dans la fidélité à la tradition ancienne qui est la sienne ; il n’est pas pensable qu’elle ait pendant des siècles suivi un chemin qui, au lieu de favoriser la richesse spirituelle de chacun et de tout le Peuple de Dieu, ait en quelque façon compromis celle-ci, ou que, par des interventions juridiques arbitraires, elle ait endigué le libre développement des réalités les plus profondes de la nature et de la grâce.

 
Cas particuliers

42. En vertu de la norme fondamentale du gouvernement de l’Eglise catholique à laquelle Nous avons fait allusion plus haut (n. 15), tout en confirmant la loi qui réclame de ceux qui accèdent aux Ordres sacrés le choix libre du célibat perpétuel, on pourra par ailleurs examiner les conditions spéciales des ministres sacrés mariés, qui appartiennent à des Eglises ou communautés chrétiennes encore séparées de la communion catholique, et qui, désirant adhérer à la plénitude de cette communion et y exercer leur ministère, sont admis aux fonctions sacerdotales. On examinera leur situation de manière à ne pas porter pour autant préjudice à la discipline actuelle en matière de célibat.

L’autorité de l’Eglise ne se refuse pas à l’exercice de son pouvoir en ce domaine. On peut en voir une preuve dans la possibilité, prévue par le récent Concile, de conférer le diaconat même à des hommes mariés d’âge mûr.30

 
Confirmation de la loi

43. Mais il ne faut pas voir en tout cela un relâchement de la loi en vigueur ni l’interpréter comme prélude à son abolition. Il y a mieux à faire que d’encourager la considération de cette perspective ; elle affaiblit dans les âmes la force et l’amour qui donnent au célibat assurance et bonheur ; elle obscurcit la véritable doctrine qui justifie l’existence du célibat et en exalte le rayonnement. Il faut bien plutôt promouvoir les études par lesquelles la virginité et le célibat voient confirmer leur vrai sens spirituel et leur valeur morale.31

 
Confiance de l’Eglise

44. La virginité pour Dieu est un don spécial. Toutefois l’Eglise actuelle tout entière, officiellement représentée dans son universalité par ses pasteurs responsables - tout en respectant, Nous l’avons dit, la discipline des Eglises Orientales - a manifesté sa pleine conviction dans l’Esprit-Saint que " le don du célibat, qui présente une telle convenance pour le sacerdoce du Nouveau Testament, est libéralement accordé par le Père, à condition que ceux qui participent au sacerdoce du Christ par le sacrement de l’Ordre, et avec eux l’Eglise entière, le demandent instamment et en toute humilité ".32

 
La prière du Peuple de Dieu

45. Nous invitons donc tout le Peuple de Dieu à se rassembler en quelque sorte pour répondre à son obligation de faire croître le nombre de vocations sacerdotales 33 en suppliant avec instance le Père de tous, l’Epoux divin de l’Eglise, et l’Esprit Saint, qui en est l’âme, par l’intercession de la Vierge Marie, Mère du Christ et Mère de l’Eglise: que Dieu répande, surtout en notre temps, ce don divin dont Il n’est certes pas avare ; et que les âmes s’y disposent, en esprit de foi profonde et d’amour généreux. Que de la sorte, dans notre monde, qui a besoin d’être éclairé par la gloire de Dieu (cf. Rom. 3, 23), les prêtres, toujours plus conformes au Prêtre unique et suprême, soient une gloire rayonnante du Christ (2 Cor. 8, 23) et que par eux, resplendisse sur le monde d’aujourd’hui la " gloire de la grâce " de Dieu (cf. Eph. 1, 6).

 
Le monde d’aujourd’hui et le célibat ecclésiastique

46. Oui, c’est précisément le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, chers et vénérés Frères dans le sacerdoce, objet de Notre amour " dans le cœur de Jésus-Christ " (Phil. 1, 8), c’est ce monde en crise de croissance et de transformation, si fier à juste titre des valeurs humaines et des conquêtes de l’homme, c’est lui qui a un urgent besoin du témoignage que constituent des vies consacrées aux valeurs spirituelles les plus hautes et les plus sacrées. Ce témoignage est nécessaire pour que notre époque ne soit pas privée d’une lumière d’essence très rare et sans égale: celle des plus hautes conquêtes spirituelles.

 
Le petit nombre des prêtres

47. Notre Seigneur Jésus-Christ n’a pas hésité à confier à une poignée d’hommes que tout le monde aurait jugés insuffisants en nombre et en qualité, la charge écrasante d’évangéliser le monde connu d’alors. A ce " petit troupeau ", il enjoignit de ne pas perdre courage (Luc 12, 32), parce qu’il remporterait avec Lui et par Lui, grâce à son assistance toujours présente (Mt. 28, 20), la victoire sur le monde (Jean 16, 33). Jésus nous a également avertis que le Royaume des Cieux possède en lui-même une force propre et secrète qui lui permet de croître et d’arriver à la moisson sans que l’homme le sache (Marc 4, 26-29). La moisson du Royaume de Dieu est immense, et les ouvriers sont peu nombreux aujourd’hui comme aux premiers jours; ils ne furent même jamais en nombre tel que le jugement humain l’aurait cru suffisant. Mais le Seigneur du Royaume demande qu’on prie afin que ce soit le Maître qui envoie lui-même les ouvriers dans son champ (Mt. 9, 37-38). Les projets et la prudence humaines ne peuvent usurper le rôle de la mystérieuse sagesse de Celui qui au cours de l’histoire a défié par sa folie et sa faiblesse la sagesse et la puissance de l’homme (1 Cor. 1, 20-31).

 
Le courage de la foi

48. Nous en appelons au courage de la foi pour dire cette conviction profonde de l’Eglise: une réponse plus engagée et plus généreuse à la grâce, une confiance plus explicite et plus entière en sa puissance mystérieuse et irrésistible, un témoignage plus franc et plus plénier rendu au mystère du Christ, ne mèneront jamais l’Eglise à une faillite dans sa mission de salut du monde entier, quoi qu’il en soit des conjectures humaines et des apparences extérieures. Chacun doit savoir qu’il peut tout en Celui qui seul donne la force aux âmes (Phil. 4, 13) et la croissance à son Eglise (1 Cor. 3, 6-7).

 
Le fond du problème

49. On ne peut croire toute simplement que l’abolition du célibat ecclésiastique accroîtrait par le fait même et de façon notable le nombre de vocations: l’expérience actuelle des Eglises et communautés ecclésiales où les ministres sacrés peuvent se marier semble prouver le contraire. C’est surtout d’autres côtés qu’il faut chercher la cause de la diminution des vocations sacerdotales: par exemple, dans la perte ou l’affaiblissement du sens de Dieu et du sacré au niveau individuel et parmi les familles, dans le fait qu’on estime moins ou qu’on méconnaît l’Eglise comme l’institution qui apporte le salut par la foi et les sacrements. Il faut donc, dans l’étude du problème, aller aux éléments vraiment fondamentaux.




20 Cf. Tertullien, De exhor. castitatis, 13; PL 2, 930; S. Epiphane, Adv. haer. II, 48, 9 et 59, 4; PG 41, 869, 1025; S. Ephrem, Carmina nisibena, XVIII, XIX, ed. G. Bickell, Lipsiae 1866, p. 122; Eusebe de Césarée, Demonstr. evang. 1, 9; PG 22, 81; S. Cyrille de Jérusalem, Catech. 12, 25; PG 33, 757; S. Ambroise, De offic. ministr. 1, 50; PL 16, 97 ss.; S. Augustin, De moribus Eccl. cathol. 1, 32; PL 32, 1339; S. Jérome, Adv. Vigilant. 2, PL 23, 340-41 ; Sinesio Ev. de Tolom., Æpist. 105; PG 66, 1485.



21 La première fois au Concile d’Elvire en Espagne (c. a. 300), c. 33; Mansi II, 11.



22 Sess. XXIV, can. 9-10.



23 S. Pie X, Exhort. Haerent animo, 4 aug. 1908; ASS 41, 1908, pp. 555-557; Benoit XV, Lett. à l’Archev. de Prague F. Kordac, 29 janv. 1920: AAS 12, 1920, p. 57 s.; Alloc. consist. 16 dec. 1920: AAS 12, 1920, pp. 585-588; Pie XI, Enc. Ad catbolici sacerdotii 20 déc. 1935: AAS 28, 1936, pp. 24-30; Pie XII, Adhort. Ap. Menti Nostrae, 23 sept. 1950: AAS 42, 1950, pp. 657-702; Enc. Sacra virginitas, 25 mars 1954: AAS 46, 1954, pp. 161-191; Jean XXIII, Enc. Sacerdotii Nostri primordia, 1 aug. 1959: AAS 51, 1959, pp. 554-556.



24 Alloc. II au Synode Romain, 26 janvier 1960: AAS 52, 1960, pp. 235-236 (texte lat. p. 226).



25 Can. 6, 12, 13, 48: Mansi XI, 944-948, 965.



26 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.



27 De Virginitate, 13: PG 46, 381-382.



28 De Sacerdotio, l. III, 4: PG 48, 642.



29 Const. dogm. Lumen Gentium, nn. 21, 28, 64.



30 Const. cit., n. 29.



31 Const. cit., n. 42.



32 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.



33 Decr. Optatam totius, n. 2; Presbyterorum Ordinis, n. 11.






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