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2. 3. Corrélation entre les personnes
consacrées et les évêques au sein du ministère ordonné
Dans la forme de vie consacrée relevant du
ministère ordonné, la relation avec le ministère épiscopal et le Collège des
évêques est, et doit être, de profonde communion et collaboration. La raison
principale en est la collégialité du ministère ordonné dans l’Église. Le
ministère est en effet une réalité collégiale, un charisme ministériel
collectif qui ne peut ni ne doit être interprété ou vécu de manière
individualiste. L’évêque est un ministre ordonné dans la communion du Collège
épiscopal ; le prêtre l’est dans la communion du presbyterium. Évêques,
prêtres et diacres sont des ministres ordonnés dans le contexte de l’Église
particulière. Chaque Église particulière est présence et manifestation
privilégiée de l’Église de Jésus-Christ. Elle reçoit la grâce du don de
l’Esprit Saint, de l’Évangile, de l’Eucharistie et du ministère pastoral. Dans
cette Église, sont incorporés les prêtres diocésains (qu’ils appartiennent ou
pas à un Institut de vie consacrée), qui constituent le corps sacerdotal de
cette Église, destiné à servir en un lieu et en un temps déterminés23.
Les ministres forment entre eux un seul
presbyterium, une fraternité sacramentelle24. Cultiver la communion du
presbyterium demande un travail commun et l’établissement de relations
fraternelles adéquates. Le ministère ordonné est un, même si ses porteurs sont
nombreux. Ce n’est que dans la collégialité, dans une communion mutuelle sans
failles, que les ministres sont réellement des ministres ordonnés.
L’Esprit, qui est un, accorde des dons
particuliers à chaque membre du presbyterium, et enrichit son Église par la
variété de formes ministérielles. Les ministres ordonnés dans la vie consacrée
font partie à la fois du presbyterium diocésain et universel25.
Puisque, du point de vue théologique, on dit que le ministère ordonné est un et
que chacun des ministres y participe, quoique à des degrés différents, il est
essentiel que ce ministère ordonné soit vécu en profonde communion avec tous
les prêtres et, encore davantage, avec nos Pasteurs. Le fait que les ministres
ordonnés appartenant à la vie consacrée reçoivent leur ministère des mains de
l’évêque, de sa paternité, montre bien que le lien qui les unit aux Pasteurs de
l’Église est extrêmement fort, qu’il est tout à la fois définitif et, du point
de vue sacramentel, définitoire d’identité26. Les urgences pastorales
et ministérielles de chaque Église particulière et de toutes les Églises
doivent faire partie des priorités des ministres ordonnés appartenant aux
Instituts de vie consacrée. L’existence d’un ministère ordonné qui apparaît
comme un élément secondaire dans la vie de certaines personnes consacrées,
plutôt que comme un élément sacramentel décisif et décisoire, ne répond pas au
postulat de la communion ministérielle.
Lorsqu’une théologie plus traditionnelle du
ministère ordonné ne mettait en relief – comme élément constitutif du ministère
de l’Ordre – que la marque essentielle du “caractère”, de l’“être” sacerdotal,
il était plus compréhensible que le ministère ordonné des religieux se justifie
par lui-même. Toutefois, lorsque le ministère s’entend comme “ontologie de
fonction” (une expression forgée par Schnackenburg), autrement dit comme un
ministère authentique, mais d’ordre ontologique, constitutif d’une nouvelle
personnalité dans l’Église, alors un ministère qui ne s’exerce pas au service
des communautés chrétiennes n’est pas justifié.
En tant que Supérieurs généraux d’Instituts
qui comptent un grand nombre de prêtres et de diacres, nous devons entreprendre
un sérieux effort de discernement pour rendre plus créative la forme de vie
ministérielle ordonnée et consacrée, en partant de nos charismes originels,
mais aussi d’une ecclésiologie du ministère ordonné au service des urgences du
Peuple de Dieu. Par exemple, nous devons prendre beaucoup plus au sérieux la
question de la distribution des ministres ordonnés. Le manque de ministres dans
nombre d’Églises particulières fait que les communautés chrétiennes ne peuvent
pas célébrer régulièrement l’Eucharistie et les autres sacrements, ou se
constituer pleinement comme communauté de foi. Pouvons-nous continuer
d’assister à cette pénurie de ministres ordonnés, alors que nous disposons dans
nos Instituts de nombreux ministres ordonnés qui se consacrent à des tâches qui
ne sont pas strictement ministérielles ? Ne faut-il pas redéfinir les
vocations au ministère ordonné dans nos Instituts à partir de critères
ecclésiologiques plus sérieux et plus exigeants ? Dans ce contexte, la
relation des ministres ordonnés “consacrés” avec les Pasteurs des Églises
particulières et avec le Successeur de Pierre est un facteur constitutif de
leur vocation ministérielle. En l’absence d’une communion forte et authentique
avec leurs Pasteurs, ils ne vivent pas adéquatement leur ministère. Face aux
besoins de l’Église, notre disponibilité ministérielle doit être renforcée au
maximum. Il est certain que nous devons rester fidèles à notre charisme, mais
comme ministres ordonnés, nous ne pouvons pas nous abstenir de répondre aux
grandes nécessités des Églises particulières et de l’Église universelle pour
nous dédier à “nos” œuvres.
Notre relation avec les Pasteurs s’établit
également au niveau de la spiritualité “communautaire” propre au ministère
ordonné. Sans communion presbytérale et avec nos évêques, nous vivons notre
vocation ministérielle de manière déficiente27.
D’un autre côté, les personnes consacrées
ordonnées appartenant à nos Instituts vivent en communauté l’unité de leur
vocation et de leur mission. Leur vie fraternelle communautaire est une partie
essentielle de la contribution qu’ils apportent à l’Église particulière.
L’évêque doit donc veiller à ce que les religieux prêtres puissent vivre cette
dimension de leur vocation et de leur mission lorsqu’ils travaillent dans la
pastorale du diocèse. Il doit aussi être attentif à la forme existentielle dans
laquelle, par charisme ou par mission, ils exercent leur ministère sacerdotal,
par ex. dans la vie monastique, dans la formation, dans l’éducation, dans la
santé, etc..
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