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2. L’image du Bon Pasteur éclaire la
spiritualité de la communion
Il y a aussi dans l’IL un élément novateur
qui le situe dans la continuité d’autres éléments novateurs de l’exhortation Vita Consecrata, à savoir la référence à
la filocalia, c’est-à-dire à l’amour
de la beauté divine comme irradiation de la bonté divine37.
L’IL présente le mystère et la grâce de
l’épiscopat dans la perspective de la beauté, ou de l’esthétique théologique.
L’image proposée, dans le sillage d’autres documents récents, pour éclairer la
figure spirituelle de l’évêque, est celle du Christ Bon Pasteur.
En commentant cette image, l’IL dit :
“Jésus-Christ est donc le Pasteur, qui réunit en lui la vérité, la bonté et la
beauté du don de soi pour le troupeau. La beauté du Bon Pasteur réside dans
l’amour avec lequel il se livre pour chacune de ses brebis et établit avec elle
une relation directe de connaissance et d’amour... La beauté du Pasteur
s’irradie dans la beauté d’une Église qui aime et qui sert. Elle est un motif
d’espérance pour l’humanité tout entière, poussée par un instinct divin enfoui
dans son cœur vers la beauté qui sauve, exprimée sur le visage de
l’Agneau-Pasteur.” 38
La spiritualité de l’évêque trouve ici son
image et sa finalité : non pas supplanter, mais rendre le Bon Pasteur
sacramentellement présent au milieu de l’Église particulière !
La vocation épiscopale, telle qu’elle
s’exprime pas à pas dans la liturgie de l’ordination épiscopale, est très
belle. Il est bon que, dans une spiritualité de communion, nous sachions
apprécier la beauté des autres vocations, et que cette beauté suscite en nous
l’amour, la valorisation, le désir de communion.
La beauté de la vocation épiscopale réside
avant tout dans sa dimension trinitaire39. L’évêque reçoit le sceau,
l’empreinte de la beauté trinitaire : il est l’image du
Père-Mère40, image vivante du Seigneur Jésus, Chef et Époux de
l’Église, oint par l’Esprit41. L’insistance sur les termes d’“image”,
“icône”, “sacrement” nous indique que la vocation épiscopale est avant tout une
vocation “symbolique”, “représentative”, référentielle. De même que la vocation
à la vie consacrée est considérée, depuis le Concile Vatican II, comme étant
fondamentalement une vocation significative, symbolique, représentative, ainsi
la vocation au ministère épiscopal est présentée, dans cette même perspective,
non seulement comme un élément charismatique, mais comme un élément
charismatique, constitutif et
sacramentel de l’essence de l’Église.
Redécouvrir notre vocation de “signe”, de
“symbole” dans l’Église et dans le monde en liaison avec la vocation – elle
aussi symbolique et représentative – des ministres ordonnés et de toute la
communauté chrétienne, ouvrira des horizons nouveaux à une ecclésiologie
symbolique qui rendra justice à l’expression désormais classique : Ecclesia, Sacramentum Mundi.
Le ministère ordonné épiscopal configure la
réalité spirituelle de l’évêque, appelé à être l’image vivante de Jésus,
Pasteur et Époux. Ce qui le pousse, avant tout, à accroître en lui l’amour de
l’Église et la passion pour la communion entre tous les hommes (rassembler les
enfants de Dieu dispersés) 42. Tout conflue dans la “charité
pastorale”, âme et source du ministère et de sa spiritualité
particulière43. Nous les religieux, nous sentons, nous aussi, appelés à
vivre la perfecta caritas, ou le
premier commandement qui configure notre vie comme une vie d’obéissance à
l’Alliance. Nous aussi, nous participons, à divers degrés, à la “charité
pastorale” du Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Nous le rendons
présent dans nos multiples ministères, par lesquels nous réalisons la mission
de l’Église, dirigée et animée par nos Pasteurs.
Il convient de rappeler ici ce qui a été dit
à propos des spiritualités propres : lorsque le “propre” se fait unique,
exclusif, lorsqu’il s’isole, s’affirme comme supérieur, la spiritualité devient
idolâtrie. Ce n’est que dans la communion de l’Esprit, dans la mutua relatio que les spiritualités particulières
acquièrent leur caractère ecclésial et leur perfection. L’échange des dons est
un élément essentiel de la spiritualité de communion. Personne, aucun groupe,
ne peut progresser dans son cheminement spirituel de façon isolée et sans
corrélation avec d’autres styles de spiritualité.
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