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1. Une conduite inspirée par l’esprit de communion
La
VC nous indique, à nous les personnes consacrées, et en particulier aux Supérieurs
majeurs, la manière de procéder dans nos relations avec les évêques. Nous
allons maintenant insister sur ce point51.
L’IL
parle du ministère de l’évêque comme d’un service animé par la charité pastorale,
exercé dans le cadre d’une conduite inspirée par l’esprit de communion. C’est
le présupposé de base d’une pastorale articulée. La charité pastorale inspire
les principes essentiels de son ministère : l’unité, la collaboration
responsable et la coordination. Comme Pasteurs au milieu du troupeau et pères
dans la foi, les prêtres, les religieux et les laïcs ne sont pas pour eux de
simples “assistants”, mais des “collaborateurs”52. “En effet, l’évêque
sera fidèle à sa mission s’il garde à l’esprit que sa responsabilité
personnelle de Pasteur est partagée, suivant leurs modalités propres, par tous
les fidèles en vertu de leur baptême, par certains en vertu de l’Ordre sacré,
et par d’autres en vertu de leur profession des conseils évangéliques”53.
Tout cela ne diminue en rien l’autorité de
l’évêque, qui est responsable dans son Église particulière de l’ensemble de la
vie spirituelle, liturgique, catéchistique, pastorale et caritative54.
Cela indique seulement la façon de l’exercer. Il est clair que lorsqu’on parle
de participation et de collaboration à l’intérieur d’une ecclésiologie de
communion organique55, il faut mettre l’accent simultanément sur la différence, la coordination et la complémentarité
des relations personnelles. Le ministère, la communion et la mission étant les
trois coordonnées à l’intérieur desquelles doivent agir les évêques, les
prêtres, les personnes consacrées et les laïcs, il faut tenir compte du fait
que le dialogue ne se fait jamais
entre égaux, et qu’on ne participe
pas de la même manière, ni avec une
responsabilité identique, à la vie et à la mission de l’Église. Cette
différence dans les relations concerne non seulement les ministères, mais aussi
les niveaux de coordination. S’exprimer, participer ou collaborer, à titre
personnel ou par représentation institutionnelle, au niveau local, national ou
international sont des choses bien différentes. Les caractéristiques du
dialogue et de la participation-collaboration entre évêques et Supérieurs
majeurs diffèrent beaucoup de ceux qu’entretiennent d’ordinaire les membres
d’une communauté de personnes consacrées.
Si nous voulons rendre la communion effective, et pas seulement affective, il faut mettre en place des
moyens adéquats de collaboration et de coordination. Nombreux sont les moyens
et les niveaux pour y parvenir, mais il faut toujours que soient présents ces
deux facteurs : l’information et
le dialogue.
L’information
adéquate favorise une meilleure connaissance et une coopération plus
efficace56. Une bonne information des évêques peut contribuer à ce que
les Supérieurs majeurs s’emploient à susciter l’intérêt pour les projets et les
problèmes des Églises particulières. Inversement, une bonne information des
Supérieurs majeurs fait que le Siège apostolique et les Pasteurs connaissent le
charisme propre de l’Institut et la raison des initiatives qu’ils
entreprennent ; elle permet de comprendre si un Institut, ou une Province
religieuse, traverse un moment favorable ou défavorable, et d’expliquer les
motifs de certaines décisions prises dans les Chapitres ou Conseils qui
suscitent parfois l’étonnement dans l’Église universelle ou les Églises
particulières. Une bonne information permet d’harmoniser et de conjuguer les
programmes pastoraux des Conférences épiscopales et des diocèses en fonction
des objectifs et des priorités des Chapitres généraux et provinciaux ou des
Conférences de religieux. On dit souvent qu’il y a d’un côté le programme des évêques,
et de l’autre celui des religieux, en soulignant la disparité entre eux. Si
l’information circulait de manière adéquate et qu’on se concertait sur les
programmes, on constaterait qu’il y a davantage d’harmonie et d’identité de
vues que de divergences et de parallélisme.
Tant
l’IL que la VC mettent l’accent sur le
dialogue infatigable. Le dialogue prend aujourd’hui le nom
d’espérance57. On sent le besoin de favoriser le dialogue à tous les
niveaux des relations, tant personnelles qu’institutionnalisées. Or le dialogue
n’est pas suffisamment fluide et satisfaisant entre nous pour différentes
raisons. J’en citerai trois : 1) L’efficacité à tout prix. Nous sommes
affectés dans l’Église par ce virus, et nous nous voyons contraints de prendre
des décisions. Nous passons, sans le vouloir,
par-dessus les personnes. Tout va vite et le temps nous manque toujours. Ce qui
empêche le dialogue de se faire dans des conditions humaines de sérénité,
d’écoute attentive et de discernement pondéré. 2) La multiplicité des relations
et la complexité des questions, qui nécessitent toutes d’être traitées avec
attention, profondeur et spécialisation. 3) L’information réciproque. Fréquemment, les doléances que nous avons à
propos de l’infécondité du dialogue ne viennent pas du manque d’intérêt des uns
pour les autres, mais du fait que nous n’informons pas en temps voulu et de
manière adéquate.
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