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Fr Aquilino Bocos Merino
C.M.F. Superior General
En communion avec nos évêques

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  • IV.- PARCOURIR ENSEMBLE LES CHEMINS DE L’ESPÉRANCE POUR LE MONDE
    • 1. L’espérance qui  ne déçoit pas
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1. L’espérance qui  ne déçoit pas

           

            L’IL ne fait pas, à proprement parler, une analyse exhaustive du changement d’époque que nous vivons, mais il met bien l’accent, d’un côté, sur les signes pour lesquels le message d’espérance est devenu aujourdhui très urgent pour le futur de l’Église, de l’humanité et de l’univers63, et de l’autre, sur les nombreux signes d’espérance qui se font jour64. De toutes façons, si aujourdhui l’Église, fidèle à la mission reçue, propose aux évêques d’intensifier leur ministère en étant des témoins et des serviteurs de l’Évangile de l’espérance, c’est parce qu’elle se sent interpellée à la fois par les risques de découragement, de déception et de désespoir des grandes masses et des peuples, et par la recherche de bonheur et l’aspiration plus profonde au salut que porte en lui tout être humain. Les évêques et leurs collaborateurs se sentent davantage interpellés par l’aube que par le crépuscule. Il est normal, au moment où de nouvelles perspectives réveillent l’espérance, que commence à palpiter “la souffrance et l’insatisfaction devant tout ce qui est vieux65.

 

            Devant les progrès économiques et scientifiques et devant l’interdépendance croissante dans l’économie, la politique, la culture et les communications (globalisation) ; devant les foules immenses de pauvres et d’exclus ; devant l’explosion démographique et les tragédies que comporte le mouvement migratoire ; devant le fléau de la violence, la toxicomanie et le sida ; devant l’augmentation des jeunes sans travail et des enfants des rues, il ne suffit pas de prononcer des paroles d’espérance, ni d’“annoncer” des horizons d’espérance. Il faut se mettre en marche et parcourir les chemins de l’espérance. Ce n’est qu’ainsi que nous donnerons raison l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).

 

            “L’Église est appelée à inspirer et à promouvoir l’histoire, en se tenant à l’écoute des attentes les plus profondes et des espérances les plus authentiques des hommes et des femmes de ce monde”66. Assurément, les conquêtes surprenantes de l’homme ne sont pas étrangères au plan de salut. Mais l’espérance ne saurait prendre appui sur la confiance illimitée dans la science, sur l’amélioration du bien-être économique et social, ou sur un optimisme psychologique. Les “espérances humaines” ne prennent toute leur valeur et n’acquièrent leur plénitude que lorsque, en prenant appui sur l’Absolu, elles sont transcendées. Pour nous, les chrétiens, l’espérance n’est pas seulement une passion de l’âme, mais surtout une vertu théologale. Ayant reçu de l’Esprit la grâce d’être confirmés dans l’espérance (cfr. Rm 5,5; 15,13), nous dons vivre ce don dans l’humilité et la reconnaissance. Nous ne pourrions dire ‘Jésus est notre espérance’ si l’Esprit ne nous avait enseigné que Dieu Père s’est engagé avec l’humanité et son avenir à travers  son Fils Jésus-Christ.  L’Esprit-Saint nous accorde une assurance sereine devant l’avenir  parce qu’il nous fait comprendre l’énigme de la mort de Jésus pour nous et la nouvelle vie acquise par sa résurrection. Jésus ressuscité est le premier-né, le premier d’entre les morts, le pionnier qui conduit à la vie, et qui anticipe  la nouvelle création. Jésus, qui est venu et qui s’est  fait  l’un d’entre nous, qui a  prêché la bonne nouvelle aux pauvres et a réuni ceux qui étaient dispersés, continue de venir et il viendra pour nous emmener avec  Lui. C’est pourquoi nous pouvons confessr que Jésus est notre espérance, qu’en Lui prennent sens et consistance toutes les espérances de l’humanité et du monde. Dans l’homme c’est toute la réalité cosmique qui espère: «la création en attente, aspire à la révélation des fils de Dieu» (Rm 8,19).

            Dans l’espérance chrétienne  se rencontrent l’obscurité de la foi et l’ardeur de la charité. Avoir une certitude sereine de participer aux promesses de Dieu, ne veut pas dire évidence rationnelle. Nous exprimons simplement notre confiance dans la parole de Jésus : «Je vis et vous vivrez» (Jn 14,19). Nous savons que Dieu nous sauve, qu’il ne nous abandonne pas dans  la mort, et qu’il nous offre son amour qui permet d’appeler bienheureux: les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui souffrent de la faim et de la soit de justice …C’est pourquoi nous vivons notre condition de fils de Dieu et de frères des hommes, dans une tension eschatologique, dans une constante attitude  critique devant les offres de tant d’idoles et de tant d’humanismes  clos, luttant coude à coude avec eux, sans promettre de faux paradis,  nous présentons le témoignage de la bienveillance reçue et d’un engagement difficile pour marcher vers la pleine communion avec Dieu. L’espérance n’a donc rien à voir avec la contemplation passive et avec l’évasion des problèmes présents, avec la résignation ou la couardise. L’espérance se présente comme une énergie transformant la société et une force motrice de la nouveauté, comme capacité d’imaginer le futur et de laisser des traces durables dans le temps par la nouveauté des œuvres67.

 

            Insister sur l’espérance théologale signifie mettre l’accent sur la centralité de la personne de Jésus dans la vie et la mission de l’Église. C’est exprimer l’attitude permanente d’ouverture et la condition itinérante dans laquelle l’existence chrétienne se déroule, et témoigner du fait que l’Église pense, parle et agit non pas pour elle-même, mais pour que le Règne de Dieu devienne une réalité dans le monde. C’est là tout un questionnement pour la vie consacrée au début de ce millénaire, qui doit éviter la tentation de s’auto-contempler et ne pas oublier que sa “mission prophétique est de rappeler et de servir le dessein de Dieu sur les hommes, tel que l’annonce de l’Écriture et que la lecture attentive des signes de l’action providentielle de Dieu dans l’histoire le fait apparaître68. Et par conséquent, pour que sa ferveur d’être, à l’intérieur de l’Église, un signe eschatologique explicite du Règne et une instance critique face aux pouvoirs anti-Règne ne faiblisse pas.

 




63 Il suffit de consulter les n. 1, 6, 11, 12, 17-22, 128-147.



64 Cf. IL 23-32.



65 MOLTMANN, J.: Esperanza y planificación del futuro. Sígueme, Salamanque, 1971, p. 425.



66 IL 13.



67 Cfr IL 13



68 VC 73






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