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L’évêque, comme signe visible et instrument d’unité
dans la communauté chrétienne, et nous, les personnes consacrées, comme
“experts en communion”, sommes appelés à retrouver la communion dans
l’espérance, présupposé de l’annonce de l’Évangile de l’espérance. L’IL nous
dit que “la communion dans l’espérance doit être approfondie et partagée en
tant que source d’inspiration, fécondée par la prière de l’évêque, par le
dialogue de la charité avec tout le Peuple de Dieu, et spécialement avec ses
collaborateurs les plus proches, afin de parvenir à des réflexions et des
programmations concrètes et partagées par tous”70. Que signifie cette
communion dans l’espérance, et quelles sont ses implications ?
Les penseurs personnalistes, qui ont fait de
l’espérance un objet d’étude, font référence à la condition essentielle
co-espérante de celui qui espère vraiment. L’espérance authentique est à la
fois personnelle, sociale et historique71. L’homme vit en partageant et il espère l’unité avec son prochain,
avec sa communauté. Espérance et solidarité vont ensemble72. Pour
G.Marcel le suet de l’espérance est le ‘nous’. «L’espérance, a-t-il dit, est
toujours liée à une communion, si intérieure qu’elle puisse être» 73.
Celui donc qui vit en espérance porte en lui un puissant antidote contre
l’individualisme et l’égoïsme.
Pour mieux définir cette
“communion dans l’espérance”, on peut dire que nous les croyants, considérons à
la fois celui qui est l’origine de
l’espérance (le Père), celui qui accomplit
les promesses messianiques (le Fils), et celui qui donne la certitude à notre espérance (l’Esprit Saint). En évoquant
la dimension trinitaire de l’espérance, nous nous disposons à pénétrer dans le mystère de communion et dans la force créative et transformatrice de
l’espérance. Le chrétien, qu’il soit évêque, prêtre, religieux ou laïc, porte
en lui et se sent enveloppé par ce mystère de communion qu’il professe, célèbre et annonce en communauté. Dans la vie
quotidienne, l’espérance s’accroît et se fait plus vigoureuse devant les
situations adverses, à mesure que les relations avec la Trinité s’intensifient.
Dans l’ordination épiscopale, le sceau
trinitaire de la grâce de l’épiscopat est évident74. Le sceau
trinitaire dans la vie de l’évêque et dans son ministère renvoie au mystère qui
resplendit dans l’Église, image de la Trinité, peuple réuni dans la paix et la
concorde de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint75.
Pour sa part, la vie consacrée, dans la
mesure où elle se conforme au Christ, “réalise à titre spécial la confessio Trinitatis qui caractérise
toute la vie chrétienne, reconnaissant avec admiration la sublime beauté de
Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, et témoignant avec joie de sa condescendance
aimante pour tout être humain”76. Par la profession des conseils
évangéliques, “elle devient l’une des traces perceptibles laissées par la
Trinité dans l’histoire, pour que les hommes puissent connaître la fascination
et la nostalgie de la beauté divine”77. Non seulement les conseils
évangéliques sont le reflet de la vie trinitaire, mais le mystère de la Trinité
se manifeste dans la vie fraternelle78.
Cette immersion dans le mystère trinitaire
nous situe, tant les évêques que les personnes consacrées, dans un mouvement de
communion et de mission : celui qui jaillit de la vie divine trinitaire et
qui porte à la joyeuse communion définitive avec les trois personnes divines.
Confesser la Trinité c’est accepter
chaque jour dans son histoire personnelle et collective celui qui nous a créés,
qui nous rachetés et introduits dans la nouvelle alliance, celui qui nous
attend pour une union amoureuse totale.
Les rayons lumineux d’une si grande
beauté nous permettent de voir la place que nous occupons dans l’Eglise et ils
nous stimulent à purifier nos motivations, à relativiser l’éphémère et
l’illusoire, à accepter les échecs et à soutenir nos efforts pour continuer à
proclamer devant les hommes que, malgré tant de maux et d’injustices, nous
sommes aimés de Dieu et sommes sûrs qu’il accomplira ses Promesses.
Il y a un moment tout à fait
particulier dans lequel se manifeste cette “communion dans l’espérance”, et ce
moment est la prière. En elle, nous sont révélées la grandeur de Dieu et notre propre
misère. La prière situe notre vie dans le futur, c’est-à-dire dans le salut de
Dieu. En elle se découvre à nous le plan de salut. L’Esprit, qui prie en nous,
nous invite à désirer et à espérer la plénitude de l’amour qui a commencé à se
réaliser en nous par Jésus-Christ. Quand nous récitons le Notre Père, nous
demandons : que ton nom soit
sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme
au ciel. C’est avec raison que saint Thomas disait que la requête est
l’interprète de l’espérance79. Notre prière est toujours prière
d’espérance eschatologique. Au milieu des adversités et des contrariétés, nous
demandons que le Règne de Dieu vienne. Durant l’Eucharistie, c’est la
communauté des croyants qui s’exclame devant le sacrement de notre foi :
“Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous
attendons ta venue dans la gloire”.
Les rencontres de prière,
surtout l’Eucharistie, où l’on écoute
et intériorise la Parole de Dieu et qu’à sa lumière, on exerce un discernement
sur les événements, où l’on prend
conscience d’être membre du Corps et où l’on reconnaît les charismes et les
ministères dans leurs spécificité et fonction, où l’on ressent l’urgence de l’unité et de la mission, sont déjà des
signes d’espérance, des façons d’annoncer l’arrivée du Royaume. Peut-être
ces rencontres de prière en commun –
Evêques et religieux – n’ont-elles pas été suffisamment soulignées dans
le magistère sur la vie consacrée80. Je considère néanmoins qu’elles
revêtent une forte transcendance pour
l’évangélisation, car c’est lui donner
une base solide et offrir la possibilité d’une liaison ferme aux relations
entre les agents.
Sans aucun doute, lorsque
Evêques et consacrés/ées se réunissent pour programmer ou pour coordonner des
actions pastorales, les attitudes et les plans changent si la réunion a été
précédée par la prière et si les propositions
ont été discernées à la lumière de la Parole de Dieu. On accorde alors plus d’importance à la
gratuité, à la reconnaissance, à l’appui mutuel, qu’à l’efficacité, au résultat
extérieur. C’est pourquoi il faudrait appuyer, je crois, la proposition de IL
sur l’évêque homme de prière et maître d’oraison :«De plus, un évêque doit
chercher les occasions d’écouter la parole de Dieu et de prier en union avec son presbyterium, avec les
diacres permanents, avec les séminaristes et les consacrés/ées présents dans
l’église particulière et là, où et quand
ce sera possible, avec les laïcs, en particulier avec ceux qui vivent
sous forme d’association. De cette manière, l’évêque favorise l’esprit de
communion …81»
Promouvoir la communion dans l’espérance est faire mission d’espérance ;
c’est faire l’Église pèlerine, au service de la signification, de la solidarité
et du soutien dans la marche vers le Père. Dans cette tâche, un rôle important,
irremplaçable est assigné à l’évêque comme Pasteur, Maître et Pontife. Mais
nous avons, nous aussi, quelque chose à apporter, puisque nous avons reçu de la
bienveillance divine le don d’être des disciples,
d’être des frères et des sœurs,
d’être des collaborateurs dans le
multiforme “servitium caritatis”, et
notamment la liberté intérieure et la capacité de dénoncer tout ce qui n’est
pas conforme à la volonté de Dieu82.
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