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Fr Aquilino Bocos Merino
C.M.F. Superior General
En communion avec nos évêques

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  • IV.- PARCOURIR ENSEMBLE LES CHEMINS DE L’ESPÉRANCE POUR LE MONDE
    • 2. Évêques et personnes consacrées, témoins et serviteurs de l’espérance
      • 2. 1. La communion dans l’espérance
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2. 1. La communion dans l’espérance

 

L’évêque, comme signe visible et instrument d’unité dans la communauté chrétienne, et nous, les personnes consacrées, comme “experts en communion”, sommes appelés à retrouver la communion dans l’espérance, présupposé de l’annonce de l’Évangile de l’espérance. L’IL nous dit que “la communion dans l’espérance doit être approfondie et partagée en tant que source d’inspiration, fécondée par la prière de l’évêque, par le dialogue de la charité avec tout le Peuple de Dieu, et spécialement avec ses collaborateurs les plus proches, afin de parvenir à des réflexions et des programmations concrètes et partagées par tous”70. Que signifie cette communion dans l’espérance, et quelles sont ses implications ?

           

Les penseurs personnalistes, qui ont fait de l’espérance un objet d’étude, font référence à la condition essentielle co-espérante de celui qui espère vraiment. L’espérance authentique est à la fois personnelle, sociale et historique71.  L’homme vit en partageant et il espère l’unité avec son prochain, avec sa communauté. Espérance et solidarité vont ensemble72. Pour G.Marcel le suet de l’espérance est le ‘nous’. «L’espérance, a-t-il dit, est toujours liée à une communion, si intérieure qu’elle puisse être» 73. Celui donc qui vit en espérance porte en lui un puissant antidote contre l’individualisme et l’égoïsme.

Pour mieux définir cette “communion dans l’espérance”, on peut dire que nous les croyants, considérons à la fois celui qui est l’origine de l’espérance (le Père), celui qui accomplit les promesses messianiques (le Fils), et celui qui donne la certitude à notre espérance (l’Esprit Saint). En évoquant la dimension trinitaire de l’espérance, nous nous disposons à pénétrer dans le mystère de communion et dans la force créative et transformatrice de l’espérance. Le chrétien, qu’il soit évêque, prêtre, religieux ou laïc, porte en lui et se sent enveloppé par ce mystère de communion qu’il professe, célèbre et annonce en communauté. Dans la vie quotidienne, l’espérance s’accroît et se fait plus vigoureuse devant les situations adverses, à mesure que les relations avec la Trinité s’intensifient.

 

Dans l’ordination épiscopale, le sceau trinitaire de la grâce de l’épiscopat est évident74. Le sceau trinitaire dans la vie de l’évêque et dans son ministère renvoie au mystère qui resplendit dans l’Église, image de la Trinité, peuple réuni dans la paix et la concorde de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint75.

 

Pour sa part, la vie consacrée, dans la mesure où elle se conforme au Christ, “réalise à titre spécial la confessio Trinitatis qui caractérise toute la vie chrétienne, reconnaissant avec admiration la sublime beauté de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, et témoignant avec joie de sa condescendance aimante pour tout être humain76. Par la profession des conseils évangéliques, “elle devient l’une des traces perceptibles laissées par la Trinité dans l’histoire, pour que les hommes puissent connaître la fascination et la nostalgie de la beauté divine77. Non seulement les conseils évangéliques sont le reflet de la vie trinitaire, mais le mystère de la Trinité se manifeste dans la vie fraternelle78.

 

Cette immersion dans le mystère trinitaire nous situe, tant les évêques que les personnes consacrées, dans un mouvement de communion et de mission : celui qui jaillit de la vie divine trinitaire et qui porte à la joyeuse communion définitive avec les trois personnes divines. Confesser la  Trinité c’est accepter chaque jour dans son histoire personnelle et collective celui qui nous a créés, qui nous rachetés et introduits dans la nouvelle alliance, celui qui nous attend pour une union amoureuse  totale. Les rayons lumineux d’une si  grande beauté nous permettent de voir la place que nous occupons dans l’Eglise et ils nous stimulent à purifier nos motivations, à relativiser l’éphémère et l’illusoire, à accepter les échecs et à soutenir nos efforts pour continuer à proclamer devant les hommes que, malgré tant de maux et d’injustices, nous sommes aimés de Dieu et sommes sûrs qu’il accomplira ses Promesses.

 

Il y a un moment tout à fait particulier dans lequel se manifeste cette “communion dans l’espérance”, et ce moment est la prière. En elle, nous sont révélées la grandeur de Dieu et notre propre misère. La prière situe notre vie dans le futur, c’est-à-dire dans le salut de Dieu. En elle se découvre à nous le plan de salut. L’Esprit, qui prie en nous, nous invite à désirer et à espérer la plénitude de l’amour qui a commencé à se réaliser en nous par Jésus-Christ. Quand nous récitons le Notre Père, nous demandons : que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. C’est avec raison que saint Thomas disait que la requête est l’interprète de l’espérance79. Notre prière est toujours prière d’espérance eschatologique. Au milieu des adversités et des contrariétés, nous demandons que le Règne de Dieu vienne. Durant l’Eucharistie, c’est la communauté des croyants qui s’exclame devant le sacrement de notre foi : “Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire”.

Les rencontres de prière, surtout l’Eucharistie,   où l’on écoute et intériorise la Parole de Dieu et qu’à sa lumière, on exerce un discernement sur les événements,  où l’on prend conscience d’être membre du Corps et où l’on reconnaît les charismes et les ministères dans leurs  spécificité et  fonction, où l’on  ressent l’urgence de l’unité et de la mission, sont déjà des signes d’espérance, des façons d’annoncer l’arrivée du Royaume. Peut-être  ces rencontres de prière en commun –  Evêques et religieux – n’ont-elles pas été suffisamment soulignées dans le magistère sur la vie consacrée80. Je considère néanmoins qu’elles revêtent une forte transcendance  pour l’évangélisation,  car c’est lui donner une base solide et offrir la possibilité d’une liaison ferme aux relations entre les agents.

Sans aucun doute, lorsque Evêques et consacrés/ées se réunissent pour programmer ou pour coordonner des actions pastorales, les attitudes et les plans changent si la réunion a été précédée par la prière et si les propositions  ont été discernées à la lumière de la Parole de Dieu.  On accorde alors plus d’importance à la gratuité, à la reconnaissance, à l’appui mutuel, qu’à l’efficacité, au résultat extérieur. C’est pourquoi il faudrait appuyer, je crois, la proposition de IL sur l’évêque homme de prière et maître d’oraison :«De plus, un évêque doit chercher les occasions d’écouter la parole de Dieu et de prier  en union avec son presbyterium, avec les diacres permanents, avec les séminaristes et les consacrés/ées présents dans l’église particulière et là, où et quand  ce sera possible, avec les laïcs, en particulier avec ceux qui vivent sous forme d’association. De cette manière, l’évêque favorise l’esprit de communion81»

 

Promouvoir la communion dans l’espérance est faire mission d’espérance ; c’est faire l’Église pèlerine, au service de la signification, de la solidarité et du soutien dans la marche vers le Père. Dans cette tâche, un rôle important, irremplaçable est assigné à l’évêque comme Pasteur, Maître et Pontife. Mais nous avons, nous aussi, quelque chose à apporter, puisque nous avons reçu de la bienveillance divine le don d’être des disciples, d’être des frères et des sœurs, d’être des collaborateurs dans le multiformeservitium caritatis, et notamment la liberté intérieure et la capacité de dénoncer tout ce qui n’est pas conforme à la volonté de Dieu82.

 




70 IL 14.



71 LAIN ENTRALCO P. Creer, esperar, amar. Círculo de lectores. Madrid.1993,194.



72 Cfr GONZALEZ DE CARDEDAL O. Raíz de la esperanza. Sigueme. Salamanca. 1995517-518.



73 MARCEL G. L’homme voyageur. Prolégomènes à une  métaphysique de l’espérance. Paris. 1944,69



74 “L’Esprit Saint t’ayant placé à régir l’Église de Dieu, occupe-toi du troupeau tout entier, au nom du Père, duquel tu es l’image dans l’Église; au nom due Jésus-Christ, son Fils, dont tu assumes la fonction de maître, prêtre et pasteur; au nom du Saint-Esprit, qui est l’âme vivante de l’Église de Dieu et le soutien de notre faiblesseDe ordinatione episcopi, n. 39. IL 39.



75 Cfr IL 40.



76 VC 16.



77 VC 20.



78 “La vie fraternelle confesse le Père qui veut faire de tous les hommes une seule famille; elle confesse le Fils incarné, qui rassemble les rachetés dans l’unité, indiquant le chemin par son exemple, sa prière, ses paroles et surtout sa mort, source de réconciliation pour les hommes divisés et dispersés ; elle confesse l’Esprit Saint comme principe d’unité dans l’Église où il ne cesse de susciter des familles spirituelles et des communautés fraternelles” (VC 21).



79 SAINT THOMAS, S. Th. II-II, q.17, a.2 et a. 4.



80 Ils ont été signalés dans la présentation et au numéro 4 de MR.



81 IL 47



82 Cf. VC 84.






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