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3. Autres chemins que nous pouvons parcourir
ensemble
Dans
ce qui a été exposé ci-dessus, sont apparus certains chemins qui sont déjà
parcourus et qui sont un véritable motif d’espérance pour l’Église et pour le
monde. J’entends par là que le processus synodal de l’Église, comme communion
organique, est en lui-même un authentique chemin d’espérance. Espérons que,
dans l’ecclésiologie étudiée dans les séminaires et les universités, seront
bientôt intégrées les orientations des Synodes sur les formes de vie chrétiens.
Nous devons demander que l’on y étudie non seulement le ministère et la vie
consacrée, mais aussi la vocation et la mission des laïcs. La corrélation entre
les formes de vie oriente et prépare une vie ecclésiale plus participative et
plus dynamique dans sa mission évangélisatrice.
Il y a, dans ce processus de “synodalité”
consistant à “marcher ensemble” en communion organique, des sentiers qui sont
déjà suivis : ceux du dialogue, de la participation et de la
coresponsabilité dans la planification pastorale. Dans la mesure où ils sont
fréquentés, ils suscitent l’espérance au sein de l’Église et représentent un
aiguillon dans le monde social. Force est cependant de constater que de nombreuses
Églises particulières n’ont pas encore entamé ce chemin de planification et
d’articulation des charismes et des ministères, en vue de la croissance de
l’Église et de sa mission évangélisatrice.
La spiritualité de communion, de même que la
pastorale de la spiritualité, restent comme des chemins ouverts, à parcourir
ensemble. Le chemin de la spiritualité de communion est incontestablement celui
qui contribuera le plus à accroître l’espérance à l’intérieur de l’Église et
qui rendra fécond son service d’évangélisation. Sa diffusion facilitera le
dialogue, non seulement à l’intérieur de l’Église, mais aussi au niveau
œcuménique ; en outre, le dialogue de la vie, des œuvres et de
l’expérience religieuse deviendra plus spontané96.
Nous, évêques et personnes consacrées, sommes
convoqués à assumer la responsabilité que nous avons d’offrir un témoignage de
vie plein d’espérance et d’audace prophétique dans notre service à l’Évangile
de l’espérance. De ce point de vue, je crois que nous pouvons indiquer d’autres
chemins à suivre pour faire croître l’espérance. Mais quels sont les milieux,
les situations d’urgence où notre contribution charismatique et prophétique
serait la plus nécessaire ?
La VC nous a parlé des aréopages de la
mission pour les religieux97. L’IL énumère une série de milieux où
l’absence d’espérance est criante ; il en recherche les causes et indique
les personnes qui sont menacées de la perdre98. À part l’engagement que
chaque Institut peut assumer, selon le charisme qui lui est propre et toujours
à l’intérieur d’une Église particulière, j’indique – ne serait-ce que pour
entamer un dialogue – certains chemins que nous devrions parcourir ensemble,
évêques, personnes consacrées et laïcs.
1. Les
chemins du “regard contemplatif” et de la recherche. L’évêque, à l’image du Bon
Pasteur (Mt 9, 36), doit être au courant de ce qui se passe. S’il veut assumer
les espérances et les angoisses des hommes, il doit les connaître. Et s’il veut
retrouver la brebis égarée, il doit se mettre à sa recherche (Mt 18,
12-14 ; Lc 15, 3-7). La fonction de la vigie, de la sentinelle attentive
aux signes des temps et des lieux, se situe à la croisée des chemins et est
déjà en soi chemin d’espérance, car elle suppose que l’on est dans l’attente du
Seigneur. Aller à la rencontre de ceux qui s’étaient perdus, réunir ceux qui
s’étaient égarés, s’embarquer de nouveau, aller sur l’autre rive, chercher les
exclus… sont des attitudes de Jésus qui a ouvert de nouveaux chemins pour la
mission que lui avait confiée le Père. Cette mission confiée à l’évêque est
partagée, et en elle les personnes consacrées ont beaucoup à apporter encore,
en raison de la liberté inhérente à leur consécration, de leur vocation
d’universalité, de leur hardiesse missionnaire. La “missio ad gentes” requiert
une espérance qui, pour sa part, nécessite une planification et une
coordination.
2. Le
chemin de la compassion et de la solidarité. La compassion est l’autre
visage de l’espérance. À l’évêque, il est demandé d’avoir un cœur compatissant. Aux personnes consacrées, d’être transparence
de la miséricorde de Dieu, de sa tendresse et de sa bonté à l’égard des hommes
et du monde. C’est là son servitium
caritatis. La compassion99 suppose partir d’un même projet, et se
mettre sur le chemin de l’autre, en partageant sa situation réelle de
prostration, comme le fit le bon Samaritain (Lc 10, 31-37). La compassion,
parce qu’elle jaillit de la charité, génère ainsi l’espérance chez tous ceux
qui cherchent Dieu, chez les pauvres, les exclus, les malades, les pécheurs,
les enfants abandonnés, les jeunes découragés, les hommes sans travail et chez
ceux qui vivent l’une des multiples formes d’absence d’amour, qui est absence
de Dieu.
Nous
devons faire tout le possible pour que ne soit pas déçue l’espérance des
pauvres et des malheureux (cf. Ps 9, 18). Sans solidarité, il ne saurait y avoir d’authentique espérance. Jésus,
l’homme pour les autres, nous a indiqué le chemin. Aujourd’hui il est plus que
jamais nécessaire d’exercer la prophétie de la solidarité, alors que l’époque
post-moderne renforce l’individualisme et l’égocentrisme et augmente le gain
d’un petit nombre, portant à la prostration une foule immense d’hommes et de
femmes, d’enfants et de vieux, qui subissent le poids intolérable de la
misère100. Le chemin de la solidarité passe par une expérience plus
intense de la fraternité dans la mission, comme signe et expérience anticipée
de la nouvelle humanité et de la nouvelle Église101. Pour cela, il faut
entrer dans la dynamique du partage et du travail inlassable en faveur de la
justice et de la transformation du monde, qui va bien au-delà d’une simple aide
offerte “par charité” ou comme aumône. De ce point de vue les migrations, avec
toutes les problématiques qu’elles entraînent – sociétés multiculturelles,
pluralisme religieux et politique, désintégration de la famille, besoins
économiques et éducatifs – doivent faire tout particulièrement l’objet de notre
sollicitude.
Celui qui a éprouvé la grâce de la
bénédiction divine ne supporte pas le mal et se révolte en espérance. Le monde
et l’Église attendent leurs prophètes de paix et de justice, et l’évêque est le
Pasteur de tous ceux-là102. Il doit collaborer, non seulement en
faisant partie de commissions diocésaines de justice et paix, mais en orientant
la vie de la communauté chrétienne vers l’engagement en faveur des droits et de
la dignité de la personne. Les Instituts religieux disposent d’un potentiel
important en vue de la création de réseaux de solidarité, mais force est de
constater qu’il n’est pas encore très articulé.
3. Le chemin de la culture de l’espérance.
Les humanismes fermés à la transcendance, paralysés par les intérêts égoïstes,
sont en train de créer un monde inintelligible et invivable. La pensée faible
et fragmentée favorise un style de vie médiocre. Nous avons sous les yeux les
ravages de la pollution, de la violence, des guerres, de la drogue, de la
prostitution, du consumérisme et de l’évasion, qui sont toutes des expressions
de “l’absence de sens ultime”. Que les signes d’un nouvel humanisme se fassent
jour est intéressant. Mais que ce chemin soit de moins en moins suivi, parce
qu’il requiert l’étude, la recherche, l’enseignement, est préoccupant. La
tentation de la gratification dans l’immédiat ou l’incapacité de dire non à des
demandes d’aide pour remplir les vides fait que les personnes consacrées qui
empruntent le chemin de la culture de l’espérance, qui est celui de la pensée
et de l’éducation à tous les niveaux, sont de moins en moins nombreuses. Il
faut nous efforcer davantage de créer une vision du monde, de l’homme, de la
famille, de l’ordre social et économique, de la recherche, de la science et de
l’art qui soit ouverte au plan de salut.
Dans cette perspective, la formation continue
ou permanente sur certains thèmes communs, à laquelle participent l’évêque, les
prêtres, les personnes consacrées et les laïcs représente aussi un chemin de
l’espérance. Élever sa pensée ensemble favorise la réalisation de projets
communs.
4. Le chemin du partage de la mission avec
les laïcs. Je reviens sur ce point, qui est apparu indirectement à diverses
reprises. Est-il encore possible de parler des relations entre évêques et
personnes consacrées sans y inclure ou tenir compte des prêtres et des
laïcs ? Nous savons qu’un des signes d’espérance pour l’Église et pour le
monde est la spiritualité et la mission partagées avec les laïcs. Les nouveaux
mouvements ecclésiaux et le réseau vaste et complexe du bénévolat sont une
expression de la force de l’Esprit en notre temps. Partager la mission et la
spiritualité nous porte à surmonter les protagonismes
et les comparatifs et nous amène à
vivre collectivement comme disciples et témoins de Jésus, véritable espérance
du monde.
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