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I. AU SERVICE DE L’ENFANT ET DU JEUNE Par Philippe Richard1 et le F.Othmar Würt
A l’époque de Monsieur De
La Salle, on ne parlait pas encore de «Droits de l’homme», et encore moins de
«Droits de l’enfant». On évoquait, avec les mots de l’époque, l’attention
particulière aux pauvres. Une telle
attention prenait corps dans l’observation des réalités de la société du XVII°
siècle, qui comme chacun le sait souffrait d’une très grande inégalité sociale,
inégalité dont la mise en évidence aura pour médias les cahiers de doléance
rédigés au siècle suivant, quelques années avant la grande Révolution de 1789.
Cette attention
particulière que porte Jean-Baptiste De La Salle aux pauvres représente d’abord
une attitude spirituelle. Elle souligne la force d’un regard d’amour porté sur
une catégorie de la population en situation de besoin. On dirait aujourd’hui
qu’elle est «humanitaire», c’est-à-dire qu’elle s’intéresse à une humanité en détresse.
En tant que telle, elle s’inscrit dans la tradition chrétienne de l’amour porté
au prochain, lui-même icône de Dieu: «ce que vous avez fait au plus petit
d’entre vous, c’est à moi que vous l’avez fait».
Elle dévoile également la
spiritualité lasallienne de relation à soi, à Dieu, aux autres que l’on connaît
autrement sous la formule «Foi, Service, Fraternité». L’attention particulière
aux pauvres représente ni plus ni moins qu’une mission qui ne vient pas de
nous-mêmes, mais qui est «don de Dieu». Enfin, l’attention profonde aux pauvres
ne vient pas toute seule. Pour cela, il faut se laisser interpeller de diverses
façons, se frotter au monde des pauvres, allant jusqu’à oser une immersion par
degrés dans le monde des pauvres. C’est justement ce qu’à fait Jean Baptiste De
La Salle. Ce cheminent, étalé dans le temps, a fait que ce passage est devenu
pour lui non seulement une évidence intellectuelle, mais aussi une obligation
morale de conscience.
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