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Droits de l'enfant

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  • I. AU SERVICE DE L’ENFANT ET DU JEUNE  Par Philippe Richard et le F.Othmar Würt
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Engagement actuel

 

La question qui se pose à nous aujourdhui est de reconnaître sur quels chemins nous conduit cette spiritualité que nous partageons. Si l’ouverture des écoles par les premières communautés de Frères peut être considérée comme une traduction donnée à l’attention particulière aux pauvres, il nous faut trouver un langage contemporain pour traduire dans les faits notre engagement au service éducatif des pauvres.

C’est à cet instant qu’apparaît la notion de droits de l’homme, et plus particulièrement celle de droits de l’enfant. Avec l’avènement de la société industrielle, la notion de droit va petit à petit émerger et s’imposer. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, puis la rédaction des Codes ainsi que la proclamation des grandes Libertés Publiques à la fin du XIX° sont autant d’étapes qui marquent pour la France le mouvement de codification de droits et d’obligations2. L’apogée de ce mouvement aura lieu en 1948, au moment de la création de l’ONU et de la proclamation de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, premier catalogue des droits de l’homme ayant vocation universelle. Cette Déclaration comporte notamment un article 28, qui énonce que tout homme a droit à ce que règne un ordre social et international tel, que les présents droits et libertés puissent s‘appliquer.

Petit à petit, le contenu de l’engagement, va se préciser: droits civils et politiques, droits économiques, sociaux et culturels, droits collectifs. D’universel, l’engagement va se prolonger sur le plan régional. Il va ainsi prendre des formes plus précises et mieux adaptées aux cultures politiques régionales. Puis, certains thèmes vont donner lieu à des engagements plus thématiques: lutte contre la discrimination, lutte contre la torture, etc. Enfin, certaines catégories de personnes vont progressivement obtenir le bénéfice d’une protection particulière, compte-tenu de leur situation de victime potentielle: les travailleurs, les victimes des conflits armés, les femmes, et en ce qui nous concerne, les enfants.

En 1989, les Nations unies proclament une Convention pour les droits de l’enfant, saluée à l’époque comme une avancée majeure des droits de l’homme. Ce texte est l’aboutissement d’un long travail de préparation, auquel le BICE (Bureau International Catholique de l’Enfance) a pris une part importante3. Il témoigne de l’évolution de l’image de l’enfant dans la société. En effet, «si l’enfant comme être faible à protéger que nous a légué le XIX° siècle y est très présent, la Convention forge tout autant une nouvelle figure de l’enfant, celle du futur citoyen, situé au cœur d’un réseau de droits et de responsabilités, de pratiques citoyennes qui préfigurent sa vie d’adulte».4

La Convention avait été précédée d’une première Déclaration en cinq points (1924) intitulée «Déclaration de Genève», puis par une seconde Déclaration en dix points en 1959, dans lequel apparaissait l’énoncé d’un droit au contour peu juridique, mais bien proche de la spiritualité lasallienne évoquée plus haut: le droit à l’amour. Nous pouvons nous arrêter quelques instants pour évoquer la dynamique générale de cette Convention qui permet au droit international de l’enfance de passer d’un statut déclaratoire à un statut contraignant.

La Convention sur les droits de l’enfant comporte 54 articles dont l’ambition est de promouvoir un véritable statut juridique de l’enfant, lui-même promu au rang de sujet de droits. La Convention affirme des principes de fond, parmi lesquels peuvent être cités le droit de l’enfant à une famille5, ou la nécessaire prise en compte de l’intérêt supérieur de l’enfant. Nous reviendrons plus tard sur ces deux principes autour desquels développer nos propositions pour des chantiers nouveaux. Mais au-delà de ces principes, la Convention comporte des dispositions qui traduisent un renversement de perspective. En effet, le besoin de protection ne constitue plus le cœur du dispositif, même si un certain nombre de droits en matière sociale, culturelle, économique et pénale y font référence. Les innovations les plus saillantes concernent les dispositions relatives aux libertés fondamentales: sont en effet reconnus à l’enfant des droits d’opinion, d’expression, de pensée, de conscience et d’association6.

Il convient d’ajouter que ce texte innove en prévoyant un système de contrôle de l’application. En effet, l’article 43 de la Convention instaure un Comité des droits de l’enfant, chargé d’examiner les rapports des Etats relatifs aux mesures d’application prises en droit interne. Ces rapports sont examinés et discutés par un groupe de dix experts indépendants. Les ONG  ayant un statut consultatif auprès des Nations unies ont la possibilité de produire des rapports alternatifs, qui viennent «compléter» (pour ne pas dire contredire) des rapports étatiques le plus souvent trop flatteurs. C’est par exemple le cas du BICE. Compte-tenu de l’importance que revêt la participation des ONG au sein du Comité des Droits de l’enfant à Genève, la question d’une présence spécifique des Frères des Ecoles Chrétiennes qui représentent près d’un million de jeunes dans le monde se pose avec pertinence.

 




2 On peut ici citer la loi du 12 mars 1841 qui limite le travail des enfants.



3 Le BICE a été fondé à Paris en 1948 pour répondre à l’apProjet Educatif Lasallien lancé par le Pape dans l’Encyclique Quemadmodum en faveur des enfants victimes des déportations, maladies et famines subies pendant la deuxième guerre mondiale. Il est dans la tête du Père Gaston Courtois, Directeur Général de l’UOCF (Union des œuvres catholiques de France) et de quelques aumôniers du mouvement Cœurs Vaillants. De nombreux mouvements chrétiens sont consultés en Europe et même au delà. Le Congrès fondateur du BICE se tient à Paris les 17 – 19 janvier 1948 sous les auspices du Cardinal Suhard et du Nonce Roncalli. Sont présents des prêtres et des laïcs de huit pays et les représentants de quatre organisations : l’œuvre Pontificale de la Sainte Enfance, les Salésiens, les Frères des Ecoles Chrétiennes, et la revue jésuite Lumen Vitae.  Depuis, il n’a cessé d’étendre son action aux enfants les plus démunis de la planète quelle que soit leur croyance ou leur confession. Le BICE met l’accent sur les besoins psychosociaux et spirituels de l’enfant : éducation, environnement familial, le sens des responsabilités, confiance en soi et développement spirituel. Il travaille dans le moyen et le long terme et rend chaque enfant acteur de son développement.  L’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes en est membre fondateur et vice-président.



4 « Droits de l’enfant, de nouveaux espaces à conquérir », Rapport de l’Assemblée Nationale n°871, Tome 1, 1998, p.15.



5 on peut d’ailleurs noter que la Convention consacre de manière insistante le rôle de la famille.



6 cf supra, opus cité p.22.






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