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Intro
Chers Frères,
Il y a quelque temps, j'ai partagé le contenu de cette Circulaire avec les
Frères Provinciaux et leurs Conseils. J'ai souhaité élargir cette
réflexion et la partager avec vous. Même si elle n'est pas aussi complète que je
l'aurais voulu, je vous la propose avec ses limites. J'espère qu'au moment de
mettre cette réflexion en actes, le résultat sera bien meilleur que ce que j'ai
écrit.
Même s'il s'agit d'un sujet complexe, je crois qu'il est important de
l'affronter pour nous situer clairement dans notre vie de consacrés. Je pense
qu'il a une incidence dans notre vie personnelle et communautaire, qu'il peut
conditionner la vitalité de notre charisme et bien sûr, la refondation de
l'Institut. Nous avons éprouvé un certain embarras et nous sommes trouvés
désorientés parce que nous n'avons pas clairement réfléchi à ce sujet. Nous nous sommes parfois montrés
agressifs dans la manière de le traiter. D'autre part, la vérité est que nous
n'avons pas beaucoup avancé sur le plan concret.
Le début de l'Avent me semble le moment opportun pour vous présenter quelques
idées et inquiétudes sur des points relatifs à nos biens matériels. En outre,
nous arrivons à la fin de l'année jubilaire, ce temps exceptionnel qui nous
interpelle et nous invite à changer, à nous convertir, à nous purifier. C'est
le moment d'impulser la VIE avec une fidélité créative. C'est pourquoi je vous
invite à ne pas en rester seulement à la réalité actuelle, mais à envisager
l'avenir. Nous ne
pouvons pas vivre de souvenirs nostalgiques ni nous cramponner au présent, mais
il nous faut regarder l'avenir.
C'est un déplacement que j'aimerais vous voir faire plus souvent
personnellement ou en communauté. Toi et moi, nous avons besoin de " rêver
". Il nous faut rêver surtout par fidélité aux appels de Dieu, mais aussi
pour communiquer notre enthousiasme à d'autres afin qu'ils puissent vivre le
" style charismatique" que Marcellin a voulu pour les Petits Frères
de Marie au début de notre fondation.
Pourquoi cette lettre ?
1. Il y a quelque temps
que je me demande comment aider à ce que les critères évangéliques soient plus
concrètement pris en compte dans l'usage et l'administration des biens. Et cela
concerne plusieurs aspects : la provenance de nos ressources et leur affectation
; les réserves que nous accumulons et les fonds que nous créons pour faire face
à des risques possibles ou hypothétiques ; la mission des Frères économes ; les
structures administratives (leur transparence) ; la séparation des biens de la
communauté de ceux de la gestion des œuvres ; le partage solidaire ; la limite
des plafonds de réserves ; la part que nous laissons à l'insécurité et à
l'abandon à la Divine Providence…
Il existe des différences entre nous quant à la valeur de l'argent et des moyens
matériels, quant à l'équilibre nécessaire entre les moyens matériels et la
" qualité " de l'évangélisation. Je me proposais d'abord de réfléchir
sur la " capitalisation " , comme l'a demandé le
XVIII°Chapitre général de 1985 et comme le Frère Charles l'a souligné avec une
particulière attention. Mais plus j'y réfléchissais, plus il m'a semblé
nécessaire de traiter ce sujet dans une perspective plus large, parce que des
éléments nouveaux ont surgi et ils ont une incidence dans certains aspects
importants de l'usage des biens, ainsi que sur notre vie et sur nos décisions
au niveau local et provincial. En outre, j'ai personnellement l'impression que
nous avons passé ces problèmes sous silence pendant des années et que cela a
fini par créer des confusions dans certaines administrations provinciales.
2.D'autre part, il y a des Frères qui pensent qu'il est incohérent de
promouvoir la vitalité du charisme ou des processus de " refondation
" sans faire un discernement et prendre des décisions quant à l'usage évangélique
des biens. Il est clair que l'usage et l'administration des biens ont des
incidences sur notre vie mariste. Le vœu de pauvreté ne concerne pas
seulement les individus, mais il a aussi une dimension collective et
institutionnelle. Il nous est difficile de séparer pauvreté et économie et vice
versa. Dans notre
mission d'évangéliser les jeunes (les pauvres de préférence), l'administration
des biens est étroitement liée à la vie de pauvreté évangélique. Les personnes
et les institutions doivent vivre la pauvreté et en témoigner, parce qu'elles
disposent de moyens matériels.
J'ai la conviction personnelle que nos " rêves de refondation "
resteront de simples vœux sur le papier si nous n'adoptons pas des attitudes
évangéliques dans les domaines qui touchent à la pauvreté collective et
personnelle. La gestion financière, la quantité des biens que nous accumulons,
l'affectation de notre patrimoine et de notre argent conditionnent les
processus de refondation et la vitalité de notre charisme. La manière dont nous
utilisons nos ressources matérielles conformément aux valeurs évangéliques est
un sujet crucial pour notre identité religieuse aujourd'hui.
Pauvreté et prophétie vont de pair. Notre crédibilité est en jeu et notre
vie institutionnelle, communautaire et personnelle a besoin de retrouver sa
légèreté en se libérant de certains " poids " , de retrouver sa
simplicité et sa liberté de manœuvre pour aller vers les lieux où le Christ est
crucifié : " Si le sel s'affadit, comment lui rendre sa saveur…? Votre lumière doit briller devant
les hommes afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père
qui est dans les cieux " . (Mat 5, 13-16)
Dans la réflexion qui va suivre, le problème central est la pauvreté
collective et institutionnelle. Je ne ferai qu'une légère allusion à la
pauvreté personnelle car je ne me propose pas d'inviter chaque Frère à être
plus pauvre et plus austère. Je pense qu'il est difficile de réaliser tout
cela, si l'Institut comme tel, si les Provinces, les Districts et les
communautés ne vivent pas des attitudes évangéliques de pauvreté, c'est-à-dire
de simplicité de vie, de sobriété et même d'austérité.
Je reconnais que nous
sommes personnellement appelés à nous convertir, mais certaines conversions
personnelles peuvent s'avérer difficiles si nous ne changeons pas en même temps
nos façons d'être et de vivre collectivement dans l'Institut. Je connais des
Frères qui vivent une grande simplicité de vie, mais je me demande comment ils
ont pu y arriver dans un milieu où l'on ne manque de rien et où l'on dispose de
tant de superflu.
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