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4. Société d’aventure
Il y quelques années, le
sociologue Gerhard Schulze a décrit le scénario culturel en Allemagne par la
formule: "Société d’aventure". Ce qu'il disait de l'Allemagne
vaut aussi certainement pour plusieurs autres pays européens: au centre se
trouve "l'esthétisation du quotidien". Les choses quotidiennes
(vêtements, divertissements, auto, temps libre) sont gérées de manière que tout
reçoive un caractère d’aventure, que tout paraisse beau et cause des sensations
agréables. Un tel milieu d’aventure remplace les milieux traditionnels,
formés d’après la condition sociale ou la confession religieuse, et elle crée
de nouveaux milieux qui proviennent plus de l'état, de l'âge et surtout du
style de vie et de la sensation de la vie. Derrière ce développement, il y a
d'une part une sensation de la vie fortement individualiste, de l'autre, une
tendance à l'orientation et au refuge, selon la devise: être en relation
sans attaches. Concernant les générations plus jeunes, on parle assez
souvent d'égocentriques qui ont besoin d'appui. Selon Schulze prédomine
une ambiance d'ethnocentrisme du milieu avec une nette orientation vers
l'intérieur et des frontières fermées. Ou pour parler plus simplement, pour
beaucoup de jeunes d'aujourd'hui, peu importe que demain eux-mêmes et les autres
aient encore du pain et des habits; par contre, ils vont discuter sur le genre
de pain et sur le la coupe des vêtements, du software et des véhicules qu'ils
ont ou qu'ils voudraient avoir. L'expérience immédiate, l'image et la sensation
(feeling) deviennent presque une " religion
civile ". La socialisation ne se fait pas nécessairement d’après
les modèles sociaux et culturels traditionnels. Au contraire, dans le jeu de
l’individualisation et de la fragmentation des groupes et des milieux nouveaux
se forment avec rapidité, par exemple, le modèle de l'expérience commune (Club
de vacanciers-safari) ou celui de l’engagement commun dans le sport ou dans les
services sociaux (volontariat). La vie personnelle est formée et gérée encore
tout à fait par des valeurs culturelles et religieuses. Cependant, cela ne se
fait plus d’après des modèles uniformes et préexistants, mais "à la
carte", de manière sélective et individualiste: un peu de Bouddhisme, une
prise de New Age, un chapitre du Nouveau Testament, un cours de méditation
orientale. Le problème du temps moderne n'est pas l'absence de religion, mais
le mélange de divers éléments de religions et la consommation rapide de ces
éléments, presque dans le sens du "fast-food". Il est alors
évident que notre Eglise avec ses options pour la gestion de la vie n'a plus le
monopole dans un tel contexte.
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