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5. Patchwork - Identité?
Dans le temps postmoderne les
hommes définissent leur identité d’après ce qu'ils vivent et ce qu'ils
espèrent, et non plus d’après les grands modèles, les exemples et les mythes
traditionnels, que ce soit la religion, la famille, la morale, ou les carrières
professionnelles. Par rapport à la jeunesse de l'époque moderne, avec sa foi
essentiellement intacte dans le progrès, la jeunesse d'aujourd'hui, empreinte
de la culture postmoderne, est sceptique, inquiète, sans illusion; à la
différence de la génération de '68 qui était passionnée de l'utopie elle est
absolument réaliste. Elle se méfie des grands mythes du passé comme des promesses
qui doivent former le futur. Elle expérimente dans son propre corps combien les
institutions, les structures familiales, les occupations et les promesses des
hommes sont éphémères. Si jamais elle a un travail ou une occupation , elle
ignore l'assurance du poste de travail ou la durée de la carrière
professionnelle. Trouver l'identité dans un secteur traditionnel (profession,
famille, religion) n'est plus la règle. Il en résulte le soi-disant "Patchwork-Identité"
(bricolage) qui se compose d'éléments singuliers et d'expériences partielles et
qui ne suit pas un modèle intégral déjà existant. Pour légitimer sa propre
identité on n'a absolument pas besoin de grandes autorités omniscientes.
Pourtant, ce serait une erreur, à mon opinion, de nier aux jeunes générations
d'aujourd'hui la capacité à l'engagement, à la solidarité et à la fidélité.
Mais, c'est un fait que les jeunes d'aujourd'hui ont besoin de larges espaces
pour "se mettre en scène" (essai et erreur) et pour une
éthique "fais le toi-même" (débrouille-toi). L'aversion contre les
grandes institutions et contre les grandes et saintes traditions cependant ne
signifie pas, comme malheureusement on le dit souvent, qu'il n'y a dans la
jeunesse postmoderne que le narcissisme et un individualisme extrême; au
contraire, il y a encore une grande capacité d'engagement, d'altruisme et de
solidarité. Seulement que pour la majorité, les alliances temporaires
suffisent; en outre, la souveraineté personnelle doit être sauvegardée. Ce
n'est pas la volonté de s'engager qui a diminué, mais la volonté de se décider
d'une façon contraignante et à un long terme.
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