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4. "Et vous
autres que dites-vous que je suis?" (Mc 8,29)
L'image de Jésus que nous présentons est évidemment très liée à l'aspect
évangélisateur de la vie consacrée. La demande de Jésus aux disciples "Et
vous autres, que dites-vous que je suis?" (Mc 8,29) a toute son
actualité pour nous aujourd'hui...comment présentons-nous Jésus, que
disons-nous de Lui.. et cela fait partie aussi de notre visibilité. Nos
prédications, nos catéchuménats, spécialement des jeunes, que produisent-ils,
des admirateurs de Jésus ou des croyants au Christ? Sans doute nous les
chrétiens nous sommes des admirateurs de Jésus, mais beaucoup de ses
admirateurs ne sont pas chrétiens; et ils ne le sont pas, simplement parce
qu'ils ne confessent pas que Jésus de Nazareth est le Christ, le Seigneur.
C'est probablement un des problèmes majeurs de l'évangélisation de notre
culture.
Du point de vue de l'animation
vocationnelle ( et plus encore ensuite du point de vue de l'annonce de la foi
en Jésus), l'approche de l'image de Jésus dépouillé de sa divinité suppose une
théologie qui rencontrera des difficultés pour susciter des vocations
religieuses; sociologiquement il est possible que chaque jour augmente le
nombre des admirateurs de Jésus "comme ami intime", "prophète
engagé pour la justice", "serviteur et libérateur des opprimés",
mais chaque jour aussi, selon des enquêtes, la foi en sa divinité est en baisse
continue.
Cette image de Jésus dans
laquelle l'aspect éthique se détache tellement qu'il étouffe les autres
éléments de sa personne, n'éveille ni la nécessité d'une attitude de prière, ni
la relation intime du cœur à cœur, ni la nécessité d'entendre de ses lèvres:
"Fils, tes péchés te sont remis"… Elle éveille uniquement le
travail et, à la fois, probablement "expulser les démons",
"guérir les malades". La dimension contemplative de la suite
de Jésus reste en second plan.
Cependant cette figure d'un
Christ éthique porte difficilement à l'option pour la virginité et pour les
pauvres en vue du Règne des cieux et au renoncement à faire sa propre volonté.
Le choix vocationnel naît d'une expérience de Jésus qui est à la fois ami et
Seigneur, prophète et Sauveur, défenseur des pauvres et accueillant les
pécheurs; il jaillit de l'expérience d'un Jésus qui appelle "pour
rester avec Lui" (Mc 3, 14) dans l'intimité de la prière et pour
envoyer en mission vers les plus petits et les nécessiteux, parce que la
vocation exige le don gratuit et entier de sa personne à Dieu et une telle
option ne provient pas de la seule proposition d'un travail.
Ce que nous, les consacrés, nous
disons de Jésus, l'image que nous en présentons est sans doute un signe
révélateur de ce que nous vivons, de ce qui nous pousse et nous motive pour le
suivre dans la radicalité; mais la capacité d'amener d'autres à l'expérience de
Dieu est aussi une transparence de l'intériorité; c'est-à-dire, conduire d'autres
au mystère, à se laisser surprendre et à s'ouvrir au mystère qui est dans
chaque personne humaine et au mystère qu'est Dieu lui-même. Il y a pas mal de
jeunes aujourd'hui à la recherche d'expériences religieuses et survient alors
la nécessité de les accompagner et de les orienter pour que ces expériences
puissent être des expériences chrétiennes, des expériences de fondation d'une
vie qui s'interroge sur la volonté de Dieu envers eux... Consacrés et
consacrées sommes-nous les mystagogues que ces jeunes cherchent? Sommes-nous
disponibles pour prendre le temps de les écouter et les accompagner dans ce
travail dont on ne peut montrer des fruits quantifiables et humainement
efficaces? ou doivent-ils aller chercher d'autres "gourous" parce que
la tâche que nous avons en main nous semble plus significative et peut-être
plus gratifiante pour notre soif d'activité?
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