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Sentir l'Eglise
La vie consacrée n'a pas de sens
si elle ne se perçoit pas comme un charisme de l'Eglise et pour l'Eglise. Nous
savons bien quelle est l'image de l'Eglise dans notre société et quelles
difficultés rencontrent bon nombre de chrétiens pratiquants pour "sentir
avec l'Eglise", nous connaissons aussi le climat de désaffection
ecclésiale qui s'étend de façon diffuse.
Nous nous trouvons aussi dans ce
climat et nous sentons ces mêmes difficultés que, fréquemment nous vivons dans
la tension parce que nous prenons conscience que notre identité de consacré est
indissolublement liée à l'Eglise, et nous souhaitons qu'il en soit ainsi dans
la pratique.
Une tension qui, d'une certaine
manière, a été rappelée dans quelques documents du Saint-Siège comme Mutuae
Relationes quand il affirme: " Tout charisme authentique porte en
lui une certaine dose de vraie nouveauté dans la vie spirituelle de l'Eglise et
d'initiative dans l'action, qui peut parfois sembler incommode et même soulever
des difficultés parce qu'il n'est pas toujours aisé de reconnaître
immédiatement l'action de l'Esprit" (n. 12).
Jean Paul II aussi, dans
l'exhortation postsynodale reconnaît que "Dans l'histoire de l'Eglise,
à côté d'autres chrétiens, il y a toujours eu des hommes et des femmes
consacrés à Dieu qui, par un don particulier de l'Esprit, ont un authentique
ministère prophétique parlant au nom de Dieu à tous même aux Pasteurs de
l'Eglise" (VC 84).
Nous parlons peu de l'Eglise, et
encore moins avec enthousiasme, et pourtant il est impossible de ressentir un
authentique appel du Seigneur à le suivre en marge de l'Eglise; et on peut
rester en "marge" de l'Eglise quand on la regarde seulement comme une
institution humaine, nécessaire pour la seule raison d'organisation, sans
aucune référence explicite à son mystère.
Nous devrions nous demander
parfois si l'on nous perçoit comme aimant l'Eglise et engagés avec elle dans
ses douleurs et ses espérances; sans oublier que nous sommes l'Eglise, et c'est
ainsi que les gens nous voient, par notre devoir de contribuer pour qu’on la
voie plus authentique, plus crédible, plus évangélique, plus servante.
L'expérience d'animation
vocationnelle de nos milieux, sous cet aspect de "sentir avec
l'Eglise", est inégale, et il ne manque pas d'exemples d'une certaine
ambiguïté, comme lorsque des candidats se présentent au noviciat motivés par la
pensée que dans la vie consacrée il pourront "trouver une plus grande
liberté dans l'Eglise".
La vocation religieuse contient
cependant un élément sublime d'identification et de cohésion avec l'Eglise
institutionnelle, et il faudra développer, avec un engagement plus grand, une
estime explicite de l'Eglise, dans les groupes de jeunes, si nous voulons
éveiller en eux des vocations religieuses. Notre identité de consacré doit nous
motiver aussi à retrouver une mystique ecclésiale, c'est-à-dire une
compréhension dans la prière, du mystère de l'Eglise pour qu'ainsi nous
apprenions et que nous enseignions à la regarder comme génératrice de sainteté,
dans le sein de laquelle nous a été offerte, comme un don, la foi en Jésus.
Si maintenant je synthétise en
questions et propositions quelques-uns des aspects de la visibilité que je
viens d'exposer, pourra ider le travail de ces jours et favoriser ultérieurement
la réflexion et une prise de décisions des Supérieurs Généraux:
Les
Supérieurs Généraux croient-ils que la visibilité, ainsi comprise,
est un des éléments déterminants en ce moment, pour une refondation ou
rénovation de la vie consacrée dans notre milieu culturel?
En tenant
compte de la situation socioculturelle et religieuse de notre monde, il
faudrait encourager dans les conseils généraux et provinciaux, dans nos
communautés et dans une atmosphère de discernement, un dialogue ouvert et
sincère, sur les comportements et les attitudes de notre vie et de notre
mission qui obscurcissent la visibilité de la vie consacrée et empêchent
une transparence capable de susciter des vocations. De même, il
conviendrait de réfléchir pourquoi nous ne pouvons pas transmettre aux
jeunes le désir de partager notre vie.
La rénovation
de la vie consacrée, pour être capable de susciter des vocations, passe
nécessairement par la revitalisation de la vie de fraternité;
c'est-à-dire, par l'existence de communautés où il est possible de
témoigner, de rendre transparente l'attitude d'accueil, de sincérité de
vie, de dialogue, de pauvreté, de solidarité, de réconciliation… des
communautés ouvertes, disponibles pour partager avec les autres la prière,
la liturgie, le service …
La mission
occupe une place privilégiée dans notre vocation de disciples de Jésus;
nous y consacrons une grande partie de nos énergies et de nos ressources.
Il semble évident que dans la perspective d'une visibilité capable de
transmettre le désir de suivre Jésus, nous nous posions la question:
Dans notre
culture, quelles images donnent nos Institutions apostoliques et les
travaux de pastorale que nous réalisons? Nous perçoit-on comme des ONG à
"services multiples" (enseignement, hôpitaux, marginalisation,
culture...) ou comme des personnes engagées à l'annonce de Jésus, ce qui
entraîne nécessairement le service et la solidarité avec les plus
délaissés de la société?
Comment
nous, consacrés, sommes-nous perçus par ceux qui nous côtoient
(spécialement les jeunes)? Comme des ouvriers infatigables, responsables,
bien préparés, soucieux du service des faibles,... des évangélisateurs,
des hommes de Dieu, des gens séduits par Jésus, des amis, des gens
disponibles...?
Ressentons-nous,
personnellement et corporativement, la passion pour l'annonce explicite de
Jésus à notre monde? nous efforçons-nous de trouver un langage qui soit
propre pour un dialogue avec la culture actuelle et qui rende possible
l'accueil de cette annonce?
La
conscience, la sûreté de notre propre identité et la capacité de la
formuler sont fondamentales pour l'animation vocationnelle. Avons-nous des
réponses simples et compréhensibles quand on nous pose des questions comme:
qui sommes-nous dans l'Eglise, pourquoi sommes-nous consacrés,
qu'avons-nous de particulier dans nos vies, pour quelles motivations
travaillons-nous? Il est bien difficile de provoquer la contagion,
d'éveiller le désir et l'attrait d'une vocation religieuse, quand elle
n'est pas perçue socialement sous des traits qui incitent à suivre
radicalement la personne de Jésus.
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