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Exigences de la vie religieuse
44. - En ce qui concerne la pratique
pastorale des Religieux, le Concile déclare expressément: «Tous
les Religieux, exempts et non exempts, sont soumis au pouvoir des Ordinaires
des lieux, pour ce qui concerne l'exercice public du culte divin (dans le
respect toutefois de la diversité des rites), le soin des âmes, la
sainte prédication à faire au peuple, l'éducation
religieuse et morale, l'enseignement catéchétique et la formation
liturgique des fidèles, surtout des enfants, la bonne tenue du
clergé. Il en va de même pour les oeuvres diverses en ce qui regarde
l'exercice de l'apostolat. Les
écoles catholiques des religieux sont aussi soumises aux Ordinaires des
lieux, pour ce qui est de leur organisation générale et de leur
surveillance, sans préjudice du droit des religieux à les
gouverner. De même les religieux sont tenus d'observer tout ce dont les
Conciles ou les Conférences d'Evêques auront légitimement
prescrit l'observation par tous» (CD, 25, 4; cf. 35, 5; Eccl. Sanc. 1, 39).
45. - Pour porter chaque jour des fruits
plus riches, les relations entre les Evêques et les Supérieurs
devront toujours se réaliser dans le respect bienveillant des personnes
et des Instituts, dans la conviction que les Religieux doivent donner le
témoignage de docilité envers le Magistère et
d'obéissance à leurs supérieurs, ainsi que dans la
volonté réciproque que chacun respecte les limites de la
compétence des autres.
46. - Pour ce qui regarde les Religieux
accomplissant leur activité apostolique en dehors des oeuvres de leur
Institut, il convient de veiller à sauvegarder leur participation
substantielle à la vie de la communauté et leur
fidélité à leurs Règles ou Constitutions: «les Evêques
eux-mêmes ne manqueront pas de recommander cette obligation» (CD, 35, 2).
Aucun engagement apostolique ne doit détourner de la vocation propre.
La situation de certains Religieux,
désireux de se soustraire à l'autorité de leur
Supérieur et de recourir à celle de l'Evêque sera
étudiée dans chaque cas; toutefois, après un
échange convenable d'avis et une sincère recherche de solution,
il est nécessaire que l'Evêque appuie la décision du
Supérieur compétent, à moins qu'il n'ait la preuve qu'elle
comporte quelque injustice.
47. - Les Evêques et leurs collaborateurs
immédiats chercheront non seulement à avoir une connaissance
exacte du caractère propre des Instituts, mais aussi à s`informer
sur leur situation actuelle et leurs critères de rénovation. De
leur côté, les Supérieurs religieux, dans une vision doctrinale
actualisée de l'Eglise particulière, chercheront à se
tenir concrètement informés de l'état actuel de l'action
pastorale et du programme apostolique établi par le diocèse dans
lequel ils doivent travailler.
Quand un
Institut se trouve dans la situation de ne plus pouvoir soutenir la gestion
d'une oeuvre, les Supérieurs manifesteront en temps opportun et avec
confiance les obstacles à la poursuite de l'oeuvre, au moins dans sa
forme actuelle, surtout quand il s'agit de l'insuffisance du personnel. L'Ordinaire
du lieu considérera avec bienveillance la demande de suppression de
l`oeuvre (cf. Eccl. Sanc. I, 34, 3) et d'un commun accord, cherchera avec les
Supérieurs la solution convenable.
48. - Une
nécessité profondément ressentie et riche
d'espérance pour la vie active et le dynamisme apostolique de l'Eglise
locale, est celle de promouvoir avec empressement, entre les divers Instituts
travaillant dans le diocèse, des échanges réciproques
d'informations et d'accords plus importants. Les Supérieurs s'emploieront donc afin que ce dialogue se
réalise selon des modes et des rythmes convenables. Sans aucun doute,
ces contacts accroîtront la confiance, l'estime, l'échange
réciproque d'aide, l'approfondissement des problèmes et la
communication des expériences où pourra s'exprimer avec une
évidence accrue la profession commune des conseils
évangéliques.
49. - Dans le vaste champ pastoral de
l'Eglise, une place nouvelle et très importante est
réservée aux femmes. Autrefois précieuses auxiliaires des
Apôtres (cf. Act. 18, 26; Rom. 16, 1 ss.), les femmes devront aujourd'hui
insérer leur activité apostolique dans la communauté
ecclésiale, réalisant fidèlement le mystère de leur
identité créée et révélée (cf. Gen.
2; Eph. 5; 1 Tm. 3; etc.) et considérant attentivement l'accroissement
de leur présence dans la société civile.
C'est pourquoi, dans la
fidélité à leur vocation spécifique, et en harmonie
avec leur caractère propre de femmes, les Religieuses, répondant
aussi aux exigences concrètes de l'Eglise et du monde, chercheront et
proposeront de nouvelles formes apostoliques de service.
A l'exemple de Marie qui, parmi les
croyants, occupe dans l'Eglise le sommet de la charité, et
animées de cet esprit «si parfaitement humain, de sensibilité et
de sollicitude», qui constitue leur note caractéristique (cf. Paul VI,
Discours au Congrès National du Centre féminin italien, Oss. Rom.
6-7.XII.1976), à la lumière d'une longue histoire qui offre des
témoignages insignes de leurs initiatives dans l'activité
apostolique, les Religieuses pourront devenir toujours davantage un signe
lumineux de l'Eglise fidèle, diligente et féconde dans l'annonce
du Règne, et apparaître comme telles (cf. Déclaration «
Inter insigniores », S. Congr. pour la Doctrine de la Foi 15.X.1976).
50. - Les Evêques, unis à leurs
collaborateurs dans le champ pastoral, et les Supérieurs religieux
feront en sorte que le service apostolique des Religieuses soit mieux connu,
approfondi et développé. C'est pourquoi, considérant non
seulement le nombre des Religieuses (cf. Int. I), mais surtout leur importance
dans la vie de l'Eglise, ils s'emploieront activement pour actualiser
rapidement le principe de leur promotion ecclésiale, afin que le Peuple
de Dieu ne soit pas privé de l'assistance spéciale que. seules
elles peuvent lui assurer, en vertu des dons qu'elles ont reçus de Dieu
comme femmes. Il faudra cependant prendre garde que les Religieusessoient
tenues en grande estime et justement valorisées pour leur
témoignage de personnes consacrées, avant même que pour
leurs services si généreusement assurés.
51. - Dans certaines régions, on
remarque quelque empressement pour fonder de nouveaux Instituts religieux. Ceux
qui portent la responsabilité de discerner l'authenticité de
chaque fondation, doivent apprécier avec humilité certes, mais
aussi objectivement, avec constance, cherchant à approfondir les
perspectives d'avenir et les signes d'une présence vraisemblable de
l'Esprit-Saint, soit «pour en accueillir les charismes... avec reconnaissance
et consolation» (LG, 12), soit pour éviter de «voir surgir imprudemment
des sociétés inutiles ou dépourvues de la vigueur
indispensable» (PC, 19). En effet, quand le jugement sur la naissance d'un
Institut est formulé uniquement sur l'utilité ou la convenance de
son action, ou sur la base de la manière d'agir de quelque personne
expérimentant des phénomènes de dévotion ambigus,
il est manifeste que le véritable concept de la vie religieuse dans
l'Eglise est d'une certaine manière faussé (cf. I Partie, chap.
III).
Pour donner un jugement sur
l'authenticité d'un charisme, les conditions suivantes doivent
être remplies:
a) une inspiration particulière de l'Esprit-Saint, distincte des
dons personnels, même si elle n'en est pas séparée, et qui
se manifeste dans l'action et l'organisation;
b) un désir profond de l'âme de se conformer au Christ pour
témoigner de quelque aspect de son mystère;
c) un amour constructif de l'Eglise, qui refuse absolument d'y provoquer
quelque discorde.
En outre, la figure des fondateurs
réclame qu'il s'agisse d'hommes et de femmes dont la vertu
éprouvée (cf. LG, 45) révèle une vraie
docilité soit envers la Hiérarchie, soit dans la réponse
à l'impulsion recue de l'Esprit.
Quand il s'agit donc de nouvelles
fondations, il est nécessaire que tous ceux qui doivent porter un
jugement s'expriment avec une prudence claire, une évaluation patiente
et de justes exigences. Cette responsabilité doit être ressentie
principalement par les Evêques, successeurs des Apôtres, «à
l'autorité desquels l'Esprit lui-même soumet jusqu'aux bénéficiaires
des charismes» (LG, 7) et à qui revient, en communion avec le Pontife
Romain, «de fixer la doctrine des conseils évangéliques, d'en
régler la pratique et d'instituer des formes de vie stables sur la base
de ces conseils » (LG, 43).
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