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| P. Michael F. Czerny, SJ Resituer les charismes IntraText CT - Lecture du Texte |
Peu après Vatican II, un nouveau poste a été créé à la Curie généralice de la Compagnie de Jésus, semblable à celui du coordonnateur ou promoteur de justice et paix.
Ce poste, maintenant appelé "Secrétaire pour la Justice Sociale", comprend trois aspects: assister le Père Général dans la sphère sociale tout entière; coordonner et soutenir le secteur social, qui comprend des ministères sociaux de toutes sortes comme la promotion humaine, le développement, la conscientisation, la formation, les droits humains, la recherche sociale et veiller à la promotion de la justice qui doit marquer/caractériser le charisme jésuite tout entier.
Après avoir œuvré au Jesuit Centre for Social Faith and Justice de Toronto pendant dix ans, puis, après le meurtre des jésuites du Salvador en 1989, pendant deux ans à l'Institut des droits humains de l'Université Centro-Americaine, en 1995 je suis arrivé à Rome comme quatrième Secrétaire pour la Justice Social. J'aimerais partager une brève histoire du secteur social dont je suis responsable en manière d'étude de cas dans la récupération et le déplacement d'un charisme.
Lorsque, en 1540 et en 1550, la Formule de l'Institut définit le but et la fin de la Compagnie de Jésus, elle inclut des éléments comme ceux-ci: "se consacrer principalement à la défense et à la propagation de la foi et au bien des âmes dans la vie et la doctrine chrétiennes ... à réconcilier ceux qui sont dans la discorde, à secourir et servir pieusement ceux que se trouvent en prison ou à l'hôpital et à pratique d'autres œuvres de charité comme cela paraîtra convenir pour la gloire de Dieu et pour le bien commun" Cela ne suffit-il pas pour décrire tout ce dont, 450 ans plus tard, le Secrétaire pour la Justice Sociale devrait être responsable?
Les révolutions industrielles de l'Europe et de l'Amérique du 19e siècle et celle du 20e siècle ailleurs ont suscité des changements sociaux et culturels qui sont à ce point profonds et d'une telle envergure qu'ils ne peuvent qu'affecter l'essence même de toute mission ecclésiale. Ce changement d'époque se reflète d'abord dans l'enseignement officiel de l'Église il y a juste un peu plus de cent ans, avec l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, alors que l'Église commence à découvrir sa mission évangélisatrice auprès non seulement des individus ou des communautés, mais aussi de la société moderne elle-même: faire la critique des structures injustes, défendre les droits de l'homme fondamentaux, appeler les gens à transformer la société à la lumière de l'Évangile.
La nouvelle manière de penser de l'Église et sa nouvelle pratique s'installent lentement. Par exemple, dans une importante Instruction de 1949, le Père Général Jean-Baptiste Janssens définissait le but de l'apostolat social dans les termes suivants: "Obtenir que la plupart des hommes, et même, dans la mesure où le permet la condition terrestre, tous les hommes aient cette quantité ou du moins ce minimum de biens temporels et spirituels, même dans l'ordre naturel, dont l'homme a normalement besoin pour ne pas se sentir humilié et méprisé". Quelle différence d'avec la Formule de 1540, surtout à première vue, et pourtant, combien compatible et fidèle!
Avec Vatican II et l'élection du Père Pedro Arrupe comme Général, un décret de 1965 prit la peine de déclarer énergiquement que "l'apostolat social est tout en pleine conformité avec la fin apostolique de la Compagnie de Jésus". Ce qui veut dire que certains se demandaient si cet exercice d'activité sociale était réellement fidèle à notre charisme.
En 1975, la 32e Congrégation Générale effectua une solennelle ricollocazione appelée "Décret 4": elle reformulait la mission de la Compagnie de Jésus comme "le service de la foi, dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue en tant qu'elle appartient à la réconciliation des hommes demandée par leur réconciliation avec Dieu". Comme dans un grand nombre de Congrégations Religieuses, cette option suscita un grand élan qui fit surgir des initiatives de promotion et de libération humaines; elle poussa l'effort social sous les feux de la rampe; elles engendra des tensions et des conflits, les ministères traditionnels se sentant sous-estimés, menacés, ou sévèrement jugés; et elle suscita des martyrs, dont le premier donna sa vie seulement deux ans plus tard, en 1977. Les martyrs n'ont-ils pas été de tous temps le sceau divin d'approbation d'un charisme?
En 1989, le mur de Berlin tombait et le 20e siècle est arrivé à son terme, et dans des perspectives nouvelles et imprévues nous commencions à relire notre expérience depuis Vatican II. Par exemple, en 1995, la 34e Congrégation Générale demanda pardon pour nos manquements dans le service de la foi et la promotion de la justice et rendit grâce pour les bienfaits que cette option pour les pauvres nous avait valus. La Congrégation affirma de nouveau et approfondit notre mission: le service de la foi qui promeut la justice du Royaume de Dieu en dialogue avec les cultures et les religions.
La même Congrégation déclara que l'apostolat social découle de la mission universelle de la Compagnie et a comme but spécifique d'essayer "que les structures de la vie en société soit animées par tous les moyens d'exprimer plus pleinement la justice et la charité". Derrière cette expression adoucie se cachent une espérance audacieuse, vraiment évangélique et un engagement contre-culturel (pour ne pas dire révolutionnaire)!
L'heure sembla venue pour l'apostolat social d'entreprendre une révision en profondeur et un renouveau, courageusement appelée "Initiative 1995-2005". Une question apparemment sans malice, comme posée par quelque étranger, lança ce processus: "Comment vous, jésuites engagés dans le ministère social, apportez-vous la Bonne nouvelle à la société? Veuillez décrire votre vision, le travail que vous faites, la vie que vous menez." Dans sa quasi-naïveté, la question visait, en fait, un haut degré d'intelligibilité ou de communicabilité, tout en soumettant à l'examen tous les aspects du secteur social.
À travers toute la Compagnie, certains jésuites se mirent à poser des questions sur notre travail et notre vision, à la lumière de l'Évangile: comment vivons-nous en communauté et parmi les pauvres? Comment lisons-nous la réalité sociale et comment notre effort social transforme-t-il culture et structures? Comment travaillons-nous avec nos collègues?
Dans plus de trente rencontres à travers le monde, les questions stimulèrent le débat et les découvertes comme les premières réponses commencèrent à se formuler et de tout le matériel brut surgirent les domaines principaux de préoccupation: la spiritualité et la vision de notre apostolat social (pourquoi?); les contextes dans lesquels nous travaillons (où?); et les moyens et méthodes que nous employons (comment?).
Un Congrès international, en juin 1997, explora ces thèmes, que nous avons ramassés dans un manuel, Caractéristiques de l'Apostolat Social de la Compagnie de Jésus (1998). Par caractéristiques, nous entendons les préoccupations essentielles, ce qu'on appelle "les questions qui ne peuvent pas ne pas être posées" et les "tensions à conserver" que doivent continuellement affronter nos ministères sociaux, s'il veulent être socialement et culturellement efficaces pour la justice et évangéliquement expressifs de la Bonne nouvelle.
Voilà, donc, l'étude de cas que j'aimerais présenter sur demande, comme la chose se produit de temps en temps, en vue de convaincre certains que notre apostolat social est authentiquement jésuite et de faire voir à d'autres comment il rencontre vraiment les souffrances scandaleuses et les exigences urgentes des pauvres partout.