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2. Les principales caractéristiques d’une spiritualité missionnaire comme témoignage de la Vie consacrée
Jean-Paul II conclut son encyclique Redemptoris Missio par un chapitre
consacré à la Spiritualité missionnaire où il en souligne quelques
traits:
Ces traits appartiennent, comme c’est évident, à toute spiritualité
chrétienne. Ils revêtent, sans doute, de nuances particulières lorsque, vécus
par des personnes qui, par vocation spéciale, se consacrent à proclamer l’Évangile parmi
les chrétiens. En relation avec ces caractéristiques mentionnées par le pape et
dérivant d’elles,
il faut en ajouter quelques autres:
A. Une Spiritualité de l’Incarnation
Dans l’oeuvre
missionnaire, la vie chrétienne fait l’expérience, de manière renouvelée, du
mystère de l’Incarnation
dans l’histoire,
dans les différentes cultures, dans le service préférentiel des pauvres et des
marginaux et dans l’engagement pour la construction du Royaume de Dieu.
Dans cette Spiritualité de l’Incarnation, on vit l’expérience de
Dieu dans les réalités historiques, dans les conflits, dans ceux qui souffrent,
en qui l’on
reconnaît les traits souffrants du Christ qui questionne et interpelle. L’expérience de
Dieu dans le travail missionnaire est l’expérience de Quelqu’un qui est
présent chez tous les peuples, dans lesquels sont répandus les semences du
Verbe.
B. Une Spiritualité prophétique attentive aux défis de l’Esprit dans les signes des temps
La spiritualité missionnaire a intégré progressivement la nécessité d’être fidèle à l’Esprit qui
parle non seulement à l’intérieur de l’être humain, mais aussi à travers les signes des temps.
La spiritualité missionnaire met en évidence qu’être dociles à
l’Esprit signifie
prendre des décisions et ne pas fuir les médiations, toujours imparfaites et
limitées; ne point attendre d’avoir une certitude totale; se familiariser avec les chemins imprévisibles
de l’Esprit
dans une attitude de foi profonde, d’espérance engagée et d’amour disposé à
servir.
L’Esprit
communique aussi la liberté évangélique, ou " parresía ",
pour annoncer les exigences du Royaume et pour dénoncer tout ce qui s’y oppose, dans
un engagement en faveur de la justice et de la paix, et en assumant les aspects
conflictuels et éprouvants du témoignage chrétien, considérés dans la
perspective du mystère pascal.
C. Une spiritualité fondée dans un amour à dimension
sociale
Un aspect fondamental de toute Spiritualité chrétienne est l’amour vécu,
synthèse de la loi et des prophètes (cf Mt 22,37-40). Cet amour s’est
progressivement accru dans la spiritualité missionnaire, non seulement dans sa
dimension individuelle, d’assistance et de promotion, mais également dans sa dimension sociale.
Cette nouvelle dimension de l’amour chrétien a fait comprendre que si
la libération chrétienne ne peut se réduire aux seules dimensions d’un projet
purement temporel, elle ne peut pas non plus "se limiter au seul
terrain religieux, se désintéressant des problèmes temporels de l’homme ".
Les liens anthropologiques, théologiques et évangéliques qui existent entre
évangélisation et promotion humaine, développement et libération, ont fait
saisir à l’Église
"que sa mission évangélisatrice comporte une partie indispensable d’activité en
faveur de la justice et les tâches de la promotion de l’homme ".
D. Une Spiritualité faite de pauvreté et d’espérance
Dans le domaine missionnaire, on expérimente les limites et la pauvreté
humaines, qui requièrent de vivre l’espérance chrétienne. Or c’est dans les
pauvres que l’espérance
déploie toute sa force. C’est là que se comprend la nécessité de l’aide de Dieu et comment Il souhaite que
l’être humain
collabore au processus de sa propre libération.
La pauvreté, comme renoncement à s’appuyer sur le pouvoir, sur ses
ressources propres et sur les chemins de la logique humaine, alimente une
espérance active enracinée dans la faiblesse de l’être humain, dans la bonté et la
fidélité divines et dans la nécessité de la croix, force de Dieu et sagesse de
Dieu (cf 1 Cor 1,17-25).
E. Une contemplation dans l’engagement missionnaire
La Spiritualité missionnaire devra témoigner d’une synthèse
dans laquelle, sans mépriser les temps forts de la prière, l’accent est mis
sur l’oraison
comme attitude de vie. Il faut prier de manière nouvelle, en relation intime
avec l’existence.
Dans l’expérience
spirituelle missionnaire, l’oraison communautaire occupe une place centrale. On cherche à y partager l’expérience de Dieu
et à discerner ses chemins; on y reconnaît ses failles, on y évalue ses
attitudes, on y maintient son dynamisme permanent de conversion, on y
renouvelle son espérance active dans l’engagement missionnaire.
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