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1. Première période: de 1850 à 1930-50
1.1. Présupposés théologiques
Pionniers de l'évangélisation, les missionnaires ont procédé selon l'esprit
et la théologie de leur temps, non exempts de paternalisme. L'opinion courante
selon laquelle ceux qui n'étaient pas baptisés ne pouvaient être sauvés, était
encore très répandue. Une certaine inquiétude caractérisait le travail sur le
terrain: "Pourvu que personne ne se perde par ma faute". On croyait
communément que les autres religions étaient fausses et devaient être
considérées comme l'oeuvre du démon. D'où une certaine agressivité qui allait de
pair avec le sentiment d'inquiétude.
Ils étaient avant tout préoccupés du salut des âmes. L'accent portait
surtout sur la doctrine, la morale et les sacrements considérés comme signes de
l'adhésion à la foi et conditions de salut. Les critères de succès de
l'activité missionnaire étaient le nombre de baptêmes, de confessions, de
communions, de mariages, etc.
Cela ne signifie pas qu'ils aient négligé les corps. De très nombreuses
initiatives sont prises dans le domaine de l'enseignement, de la santé, du développement,
des sports, mais sont plutôt considérées comme des activités auxiliaires de
l'évangélisation. Du point de vue théologique, elles ne faisaient pas partie de
la mission au sens strict.
Trois composantes se trouvaient liées:
1.2. Mise en oeuvre concrète
1.2.1. Lieux
Pendant cette période, les Instituts missionnaires sont de fait engagés
dans un travail spécifique de première évangélisation. concrètement, nous CICM,
sommes partis en Chine en 1865, au Congo en 1888, aux Philippines (Montañosa)
en 1907, en Indonésie en 1937, au Japon en 1948. Une seule exception apparaît
en 1946 avec le départ aux USA, justifié d'abord pour des raisons économiques
(financement). Mais il est vrai que pendant plusieurs années des doutes ont
subsisté sur le caractère authentiquement missionnaire de cette fondation aux
USA.
En toute logique, en Europe, nous n'avions pas d'autres activités que le
recrutement, la formation, la logistique et la recherche de fonds. Certains
missionnaires rentrés au pays pour raisons de santé ou autres sont intégrés
dans ces services, rejoignent le clergé diocésain ou sont nommés à titre
individuel dans une paroisse.
1.2.2. Méthodes
La méthode consiste généralement dans la création de missions centrales
isolées où l'on réunit les catéchumènes, les retirant en quelque sorte de leur milieu
afin de leur garantir un accompagnement dans un environnement chrétien.
Souvent, les néophytes sont encouragés à s'installer autour de la mission,
formant ainsi des foyers de chrétienté, un peu sur le modèle des abbayes du
Moyen-âge. La mission centrale se développe de plus en plus, intégrant écoles,
hôpitaux, ateliers de mécanique et de menuiserie, fermes. On aboutit ainsi à la
création de complexes parfois importants.
Durant cette époque, en vertu du jus commissionis, comme nous étions les
seuls responsables de l'évangélisation de vastes territoires, des initiatives
ont été prises en tous les domaines: fondations de missions, enseignement,
centres de formation, séminaires, imprimeries, procures, garages, menuiseries,
constructions, plantations et élevage.
1.3. Conséquences sur le charisme
Parce que pionniers, nous étions acculés à être des hommes polyvalents,
bons à tout faire. Ceci a contribué à un nivellement des charismes propres (il
n'y avait extérieurement que peu de différence sur le champ de la mission entre
un scheutiste et un oblat ou un rédemptoriste) et a créé la mentalité que tout
entrait dans notre charisme, pourvu que les besoins de la mission le
justifiaient. Et effectivement, en l'absence d'Eglise locale, la mission
d'alors se situait dans un réel contexte de première évangélisation.
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