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2. DES PROBLÉMATIQUES AUX PERSPECTIVES
Certaines tensions à l'intérieur des Instituts missionnaires et entre
Instituts et Églises locales sont réelles et font partie de la vie qui change.
Il faut reconnaître cependant que le bilan global de la vie des Églises locales
et des Instituts de vie consacrée est très positif et est très prometteur pour
l'avenir. La vie consacrée dans les pays de mission est en croissance en nombre
et en qualité; elle promet d'influer favorablement dans la vie des Instituts et
des Églises locales et de l'Église universelle. Il y a certes des défis et des
problèmes. Pour les résoudre de façon positive et féconde, il me semble que
nous devons répondre à cinq défis avec cinq attitudes de fond.
2.1 Reconnaître les changements et discerner ce qui vient
de l'Esprit
Beaucoup de difficultés proviennent du fait qu'on n'accepte pas les changements
objectifs survenus ces dernières années. Il faut s'adapter à un monde qui
change et répondre aux défis nouveaux, avec discernement, mais aussi sans
préjugés. C'est ce monde concret que le Seigneur aime et auquel il nous invite
pour accomplir la mission. L'encyclique missionnaire en donne l'exemple; elle a
consacré le chapitre IV à la mission qui change: c'est en partant des
situations mouvantes qu'on identifie les défis et qu'apparaissent les
perspectives nouvelles.
2.2 Cheminer théologiquement avec l'Église et son
Magistère
L'Église est un corps vivant, qui croît, qui se renouvelle. L'Esprit, en
effet, est le protagoniste de la vie et de la mission de l'Église. En elle, les
changements ne sont pas un nouveau commencement radical, qui supprime la vie
précédente. Les nouveautés font partie de la croissance et s'intègrent dans la
vie existante. L'Église croît dans la vie et dans la conscience de soi, même si
le chemin n'est pas toujours rectiligne. L'encyclique missionnaire s'est
efforcée d'accueillir les nouveautés concernant la mission, en les intégrant
dans la foi vécue. Parmi celles-ci on peut rappeler la compréhension du salut
dans le Christ, de l'Église et du Royaume, de la mission et de ses activités,
de la nature et du rôle de la vie consacrée.
I) Le salut dans le Christ
Une confusion diffuse sur le concept de salut est ce qui a le plus
bouleversé l'engagement missionnaire. La liberté de conscience, le respect pour
les personnes, les religions et les cultures, le dialogue et la promotion
humaine ont obscurci chez beaucoup le concept du salut dans le Christ et le
rôle de l'Église dans le salut. Pour cette raison, Jean-Paul II a traité du
salut dans le Christ dans le premier chapitre de Redemptoris Missio.
Jésus Christ, l'unique sauveur et médiateur, expression complète et définitive
de la Révélation (cf. RM 4-6), offre une nouveauté radicale de vie à qui
l'accueille (cf. RM 7), et en même temps rejoint chaque homme de bonne volonté
en lui offrant le salut (cf. RM 10). C'est pourquoi l'Église et le disciple du
Christ ne peuvent se dispenser de témoigner du message du Christ (cf. RM 11),
en respectant la liberté des personnes et les valeurs des cultures (cf. RM 8).
II) L'Église et le Royaume
La réflexion sur l'Église a été centrale dans la réflexion de Vatican II.
Qu'il suffise de penser aux deux Constitutions Lumen Gentium et
Gaudium et Spes, qui forment le point de départ des autres documents
conciliaires. L'Église y est vue comme mystère, comme communion et comme
mission. Née dans la Trinité, elle a pour vocation de vivre cette vie divine et
de la transmettre à toute l'humanité.
Le Concile a établi les prémisses pour approfondir les liens entre Église
et Royaume, thème central de la Bonne Nouvelle du Christ. Jean-Paul II lui a
consacré le deuxième chapitre de son encyclique. Dans ce contexte, le Royaume
de Dieu est compris dans ses cinq acceptions ou dimensions: il est le projet
d'amour du Père pour toute l'humanité (cf. RM 12), il est la réalité que Jésus
annonce et réalise pleinement dans sa personne (cf. RM 13-16, 18), il est
réalité qui se fait présente dans l'Église sans cependant s'identifier avec
elle (cf. RM 18), il peut être présent au-delà des confins de l'Église (cf. RM
19-20), il est orienté à la plénitude eschatologique (cf. RM 20). Les diverses
dimensions sont liées et la "dimension temporelle du Royaume est
incomplète si elle ne s'articule pas avec le Règne du Christ, présent dans
l'Église et destiné à la plénitude eschatologique. Les multiples perspectives
du Royaume de Dieu n'affaiblissent pas les fondements et les finalités de
l'activité missionnaire, elles les renforcent plutôt et les élargissent.
L'Église est sacrement du salut pour toute l'humanité et son action ne se
limite pas à ceux qui acceptent son message" (RM 20). Le Règne de Dieu
dans ses diverses dimensions est l'horizon de la mission.
Un autre élément essentiel de l'ecclésiologie de Vatican II est son
caractère missionnaire. L'Église est par sa nature missionnaire, affirme le
Concile (LG 2, AG 2). Et cela apparaît depuis les débuts tels qu'ils nous ont
été transmis par les Actes des Apôtres (cf. RM 26-27). "Ce qui a
été fait au début du christianisme pour la mission universelle conserve sa
valeur et son urgence aujourd'hui. L'Église est missionnaire par nature, car le
précepte du Christ n'est pas quelque chose de contingent ni d'extérieur, mais
il est au coeur même de l'Église. Il en résulte que toute l'Église, que chaque
Église, est envoyée aux païens" (RM 62).
La communion interne des Églises locales ne doit pas faire perdre l'élan
missionnaire vers l'extérieur (cf. RM 49, 62), prenant conscience que les
Églises locales n'existent pas partout (cf. RM 37), que les peuples et les
groupes non touchés par l'Évangile demeurent nombreux (cf. RM 3, 40), et que
les besoins missionnaires sont immenses (cf. RM 30, 35, 86).
III) Le Protagoniste et les collaborateurs
L'Esprit Saint est le protagoniste de la mission. Ce thème du troisième
chapitre ne substitue pas et n'affaiblit pas l'engagement missionnaire de
l'Église, mais le place dans sa juste perspective. Certes, c'est l'Esprit qui
donne la force pour remplir le mandat (cf. RM 22-23), qui guide la mission (cf.
RM 24-25), qui rend missionnaire toute la communauté ecclésiale (cf. RM 26-27),
qui précède l'activité même de l'Église parce qu'il est présent et opérant
toujours et partout (cf. RM 28-29). Il fait de l'Église sa collaboratrice (cf.
RM 9) et des missionnaires ses collaborateurs (cf. RM 23, 26). C'est pourquoi
il exige disponibilité et sainteté de vie (cf. RM 87). "On est
missionnaire avant tout par ce que l'on est (...) avant de l'être par ce que
l'on dit ou par ce que l'on fait" (RM 23), à l'exemple du Christ lui-même
(cf. RM 13). "La vocation universelle à la sainteté est étroitement liée à
la vocation universelle à la mission: tout fidèle est appelé à la sainteté et à
la mission" (RM 90). "Le véritable missionnaire, c'est le saint"
(ibid.). "Cette coopération s'enracine et se vit avant tout dans l'union
personnelle au Christ: c'est seulement si l'on est uni à lui comme les sarments
à la vigne que l'on peut porter de bons fruits" (RM 77). Et c'est l'Esprit
qui forme en nous le Christ (cf. RM 87).
Toute l'Église Peuple de Dieu, chacune de ses communautés, est responsable
de la mission (cf. RM 26-27). "Au commencement de l'Église, la mission ad
gentes, tout en disposant de missionnaires 'à vie' qui s'y consacraient en
vertu d'une vocation particulière, était en réalité considérée comme le fruit
normal de la vie chrétienne, l'engagement de tout croyant par le témoignage
personnel et par l'annonce explicite lorsqu'elle était possible" (RM 27).
C'est presque par osmose que la mission s'opérait (cf. RM 26, 51). Dans le
pluralisme des ouvriers de la mission (cf. RM, chap. VI), le premier
responsable de la mission universelle est le collège épiscopal (cf. RM 63). Au
niveau local, l'évêque est le responsable et l'animateur non seulement des
chrétiens, mais aussi des non-chrétiens de son territoire (cf. RM 63-64).
Aujourd'hui, les Instituts de vie consacrée et en particulier les
missionnaires ne peuvent travailler sans l'acceptation théorique et pratique
que chaque Église locale est par sa nature missionnaire, soit à l'intérieur de
ses frontières géographiques soit en rapport avec le pays propre, le continent
et le monde.
IV) Nature, finalité et urgence de la mission
Un des aspects qui préoccupe beaucoup certains missionnaires est le concept
même de mission ad gentes. La Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, par
exemple, se définit encore selon une délimitation territoriale, dont
l'encyclique donne sa propre interprétation: "Dans les territoires confiés
à ces Églises (...) il existe de vastes régions qui n'ont pas été évangélisées:
des peuples entiers et des espaces culturels de grande importance, dans bon
nombre de nations, n'ont pas encore été rejoints par l'annonce de l'Évangile et
par la présence de l'Église locale" (RM 37a).
Le texte clef de l'encyclique se trouve aux numéros 33 et 34, où, du point
de vue de l'évangélisation, on distingue trois situations: une situation
pastorale pour les chrétiens, une de nouvelle évangélisation pour ceux qui ne
sont plus chrétiens, et une de mission ad gentes pour ceux qui n'ont jamais
reçu l'Évangile. "Les frontières (...) ne sont pas nettement définissables
et on ne saurait créer entre elles des barrières ou une compartimentation
rigide". Même si l'unique mission de l'Église se différencie selon les
situations, "sans la mission ad gentes, cette dimension missionnaire de l'Église
serait privée de sa signification fondamentale et de sa réalisation
exemplaire". Il est bon de noter que même dans les pays traditionnellement
chrétiens se forment des groupes non chrétiens qui appellent la mission ad
gentes (cf. RM 82).
La finalité de la mission ad gentes est triple: "elle a pour caractère
propre d'être une action d'annonce du Christ et de son Évangile, d'édification
de l'Église locale et de promotion des valeurs du Royaume" (RM 34). Cette
triple finalité est développée dans un contexte de précisions sur le Royaume
(cf. RM 17-20). Ce prolongement des finalités a des conséquences importantes,
car il peut y avoir une vraie mission même lorsqu'on ne peut promouvoir que les
valeurs du Royaume (cf. RM 20, 57).
L'encyclique est remplie d'appels à la nécessité de la mission: en raison
de la nouveauté chrétienne (cf. RM 7), parce que la foi se renforce en la
donnant (cf. RM 2), parce qu'elle a un impact sur le salut de tous les hommes
(cf. RM 7), parce que c'est le devoir primordial de l'Église (cf. RM 9). Il
s'agit là d'une tâche immense (cf. RM 35, 37, 40), et c'est pourquoi "nous
ne pouvons pas avoir l'esprit tranquille" (RM 86).
V) Les activités complémentaires pour la mission unique
Pour la compréhension de la mission il est aussi important de rappeler les
voies ou les activités avec lesquelles s'accomplit la mission elle-même. Le
chapitre V leur est consacré. "La mission est une réalité globale, mais
complexe, qui s'accomplit de différentes manières dont certaines ont une importance
particulière dans la situation actuelle de l'Église et du monde" (RM 41).
On y développe ainsi les thèmes du témoignage (cf. RM 42-43), de la première
annonce (cf. RM 44-45), de la conversion et du baptême (cf. RM 46-47), de la
formation des Églises locales (cf. RM 48-50), des communautés ecclésiales de
base (cf. RM 51), de l'inculturation (cf. RM 52-54), du dialogue interreligieux
(cf. RM 55-57), de la promotion humaine (cf. RM 58-59).
Ces diverses activités ou voies peuvent être vues en relation aux trois finalités
de la mission. Chacune d'elles est partie de la mission et peut la justifier
pleinement, au cas où les autres formes seraient empêchées. La liberté
religieuse devrait les permettre toutes et la planification pastorale devrait
tenir compte de toutes.
Il existe deux principes importants dans la présentation des activités
missionnaires. Le premier concerne leur hiérarchie au moins théorique, qui
donne à l'annonce la première place. "Toutes les formes de l'activité
missionnaire tendent à cette proclamation qui révèle et introduit dans le
mystère caché depuis les siècles et dévoilé dans le Christ, mystère qui est au
coeur de la mission et de la vie de l'Église, et qui forme le pivot de toute
l'évangélisation. Dans la réalité complexe de la mission, la première annonce a
un rôle central et irremplaçable parce qu'elle introduit dans le mystère de
l'amour de Dieu, qui appelle à nouer des rapports personnels avec lui dans le
Christ et qu'elle ouvre la voie à la conversion. La foi naît de l'annonce et
toute communauté ecclésiale tire son origine et sa vie de la réponse
personnelle de chaque fidèle à cette annonce. De même que l'économie du salut
est centrée sur le Christ, de même l'activité missionnaire tend à la
proclamation de son mystère" (RM 44).
Le second principe est le critère de la charité, qui conclut le chapitre
sur les voies de la mission. En dernière analyse, c'est le discernement de la
charité qui doit inspirer les choix concrets. "L'amour (qui) est et reste
le moteur de la mission et (qui) est également l'unique critère selon lequel
tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou ne pas être changé. C'est le
principe qui doit diriger toute action, et la fin à laquelle elle doit tendre.
Quand on agit selon la charité ou quand on est mû par la charité, rien n'est
désavantageux et tout est bon" (RM 60).
VI) Vie consacrée dans l'Église
Les Synodes des dix dernières années ont mis en lumière les états du Peuple
de Dieu: les laïcs, les prêtres, les consacrés. Participant au même corps
ecclésial, tous remplissent des tâches distinctes et complémentaires tant à
l'intérieur de l'Église qu'a l'extérieur de celle-ci.
Dans la théologie de la communion reconnue par le Synode extraordinaire de 1985
comme étant la ligne de fond du Concile a surgi aussi la réalité des charismes.
Ceux-ci peuvent être institutionnalisés comme dans la hiérarchie et dans le
sacerdoce, ils peuvent être personnels ou communautaires. Ainsi, un des
critères qui définit le mieux la vie consacrée est-il celui du charisme.
La vie consacrée, dans son ensemble, est pour l'Église un charisme, une
manière d'être inspirée par l'Esprit et au service du Peuple de Dieu. Mais
chaque Institut de vie consacrée a également son charisme suscité par l'Esprit,
et qui s'explicite dans les diverses modalités de spiritualité, de mission, de
vie fraternelle, d'organisation.
Cette réalité des charismes spécifiques et complémentaires propres de la
vie consacrée a des répercussions dans l'insertion missionnaire. L'encyclique
missionnaire sous-entend cette vision. "Dans la richesse inépuisable et
multiforme de l'Esprit, prennent place les vocations des Instituts de vie
consacrée (...). L'Église doit faire connaître les grandes valeurs évangéliques
dont elle est porteuse, et personne ne témoigne de façon plus convaincante de
ces valeurs que ceux qui font profession de vie consacrée dans la chasteté, la
pauvreté et l'obéissance, par un don total à Dieu et une pleine disponibilité
pour servir l'homme et la société à l'exemple du Christ" (RM 69).
Évidemment, la contribution spécifique des charismes est mieux reconnue
dans l'exhortation apostolique Vita Consacrata. "La vie consacrée
est placée au coeur même de l'Église comme un élément décisif pour sa mission"
(VC 3). Toute forme de vie consacrée a une dimension missionnaire (cf. VC 72).
Les éléments constitutifs de la vie consacrée sont au nombre de trois: la
consécration (cf. VC 18, 25, 26-27), la mission spécifique (cf. VC 72), la vie
fraternelle en commun (cf. VC 21, 50-51). Elle s'insert dans l'Église
particulière, en y apportant sa contribution spécifique propre. "La nature
de chaque Institut comporte un style particulier de sanctification et
d'apostolat, qui tend à se fixer dans une tradition déterminée, caractérisée
par des éléments objectifs" (VC 48). Certes, le charisme n'est pas quelque
chose de statique. "Les Instituts sont donc invités à retrouver avec
courage l'esprit entreprenant, l'inventivité et la sainteté des fondateurs et
des fondatrices, en réponse aux signes des temps qui apparaissent dans le monde
actuel. Il s'agit là surtout d'un appel à persévérer sur la voie de la
sainteté, à travers les difficultés matérielles et spirituelles rencontrées
dans les vicissitudes quotidiennes. Mais c'est aussi un appel à acquérir une
bonne compétence dans son travail et à garder une fidélité dynamique dans sa
mission, en adaptant lorsque c'est nécessaire les modalités aux situations
nouvelles et aux besoins différents, en pleine docilité à l'inspiration divine
et au discernement ecclésial" (VC 37). Le discernement des signes des
temps est souligné (cf. VC 73, 79, 81). C'est l'Esprit qui "appelle la vie
consacrée à élaborer de nouvelles réponses aux problèmes nouveaux du monde
d'aujourd'hui" (VC 73).
La vie consacrée apporte une contribution spéciale à la mission ad gentes
et elle se trouve renforcée par elle (cf. VC 78). La vie contemplative joue un
rôle spécial (cf RM 69, VC 78). Des champs apostoliques pour le service de
l'Évangile s'ouvrent à tous les Instituts en réponse aux défis d'aujourd'hui,
champs qui sont autant d'aréopages à évangéliser (cf. VC 96-103, RM 37-38).
Dans leurs choix concrets, les Instituts doivent tenir compte des défis
d'aujourd'hui en y répondant selon leur charisme propre dans le discernement
(cf. VC 73, 81).
Tous les consacrés et toutes les consacrées appelés à vivre dans un nouveau
contexte ont le devoir de s'inculturer, en y apportant une contribution
spéciale grâce à ce qu'ils réalisent selon leur charisme propre (cf. VC 80). Il
ne s'agit pas seulement d'un processus personnel. L'inculturation concerne
aussi les Instituts, spécialement dans leurs subdivisions provinciales. Les
circonscriptions telles que les provinces ne doivent pas être seulement en
Afrique et en Asie, mais elles doivent devenir africaines et asiatiques dans le
respect et dans l'égalité de tous leurs membres.
En guise de conclusion de cette partie, je dirais que pour collaborer de
façon efficace à la mission dans les Églises, une solide vision missiologique est
nécessaire, soit de la part des membres des Instituts de vie consacrée soit de
la part des évêques et des ouvriers évangéliques.
2.3 Réveiller le sens missionnaire
Un des défis majeurs pour toute l'Église est de réveiller le sens
missionnaire, d'assumer les motivations authentiques pour s'y consacrer, de
trouver des formes concrètes de réalisation. C'était là le but de l'encyclique Redemptoris
Missio; c'est une des préoccupations majeures du Pape. La situation du
monde l'exige, où le nombre des non-chrétiens ne cesse d'augmenter aussi en
proportion. La nature même de l'Église l'exige, de chaque Église et de chaque
communauté chrétienne. C'est seulement si l'Église est missionnaire dans le
sens fort, face aux non-chrétiens, qu'elle est authentique. C'est là le
commandement principal que le Seigneur lui a donné (cf. RM 22-23). "La
mission renouvelle l'Église, renforce la foi et l'identité chrétienne, donne un
regain d'enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi s'affermit lorsqu'on
la donne! La nouvelle évangélisation des peuples chrétiens trouvera inspiration
et soutien dans l'engagement pour la mission universelle" (RM 2). C'est là
le premier devoir des Églises et des pasteurs aux divers niveaux, dans le
territoire qui leur est propre et en faveur de la mission universelle.
Transmettre le souffle missionnaire avec toutes ses exigences est le grand
défi pour les Instituts missionnaires et pour les Églises locales. L'avenir se
joue sur la mission.
L'encyclique missionnaire rappelle la contribution spécifique des divers
Instituts (cf. RM 69-70). A ceux qui par vocation se dédient aux missions ad
gentes elle rappelle qu'ils sont pour l'Église le modèle de l'engagement
missionnaire. "Ces Instituts demeurent absolument nécessaires, non
seulement pour l'activité missionnaire ad gentes selon leur tradition, mais
aussi pour l'animation missionnaire tant dans les Églises de chrétienté
ancienne que les jeunes Églises" (RM 66).
Pour répondre aux besoins de la mission ad gentes il faut des missionnaires
qui proviennent de toutes les Églises. Les Églises elles-mêmes y trouvent une
nouvelle vigueur et l'évangélisation des peuples se trouve favorisée, ce qui
est le devoir principal de l'Église. La promotion des vocations missionnaires
incombe aux évêques (cf. RM 64) et à toutes les communautés (cf. RM 79-80).
2.4 Respecter et favoriser la variété des charismes
L'Église locale doit favoriser l'identité et la variété des charismes. Elle
n'est pas constituée de façon exclusive par un des trois états, mais par leur
complémentarité. Un diocèse n'est pas formé par le seul clergé diocésain, mais
par tout le Peuple de Dieu qui pour vivre et croître a besoin des diverses
expressions.
La vie consacrée est une des composantes essentielles de la vie et de la
mission de l'Église. Comme la vie consacrée comporte des expressions diverses,
il est opportun que l'Église locale cultive au moins quelques-unes de ses
expressions, sans oublier celles de vie contemplative et celles plus
spécifiquement orientées vers la mission pour les non-chrétiens. Le respect des
charismes facilitera une nouvelle façon de faire la mission.
Les Instituts de vie consacrée, dans leurs diverses expressions, ont une
contribution spéciale à apporter à l'évangélisation et en particulier à la
mission ad gentes (VC 76-78). "Restant fermement fidèles à leur charisme,
en vertu de leur très intime consécration à Dieu, elles ne peuvent que se
sentir spécialement engagées à collaborer à l'activité missionnaire de
l'Église" (VC 77). "La mission affermit la vie consacrée, lui donne
un nouvel enthousiasme et de nouvelles motivatios, sollicite sa fidélité"
(VC 78).
Les divers Instituts de vie consacrée doivent être respectés et favorisés
dans tous les aspects de leur charisme: la spiritualité, l'apostolat et la vie
communautaire. Pour les Instituts internationaux, le défi est grand de
transmettre le charisme de fondation, afin qu'il soit vécu avec une fidélité
créatrice et inculturée. Ils doivent aussi être soutenus par les pasteurs, qui
ont la responsabilité de promouvoir tous les états du Peuple de Dieu (cf. VC
48-50).
2.5 Dans la communion
L'Église, aussi l'Église locale, est une, elle est un tout, même si on y
trouve divers états, des charismes divers. Tout se tient, tout est
complémentaire. Il faut mettre en valeur les identités propres spécifiques, et
en même temps intensifier la collaboration, surtout pour répondre aux défis
majeurs.
Aujourd'hui, un de ces défis est la formation du clergé diocésain, des
membres locaux des Instituts diocésains ou internationaux, des laïcs. C'est
surtout grâce à une formation solide qu'on construit l'avenir. Beaucoup
d'Instituts ont comme inscrit dans leur ADN charismatique telle formation,
qu'ils doivent remettre en honneur dans la communion avec l'Église locale.
Une autre contribution des Instituts de vie consacrée est la constitution
de centres de spiritualité (cf. VC 39, 93). Même toute communauté de vie
consacrée devrait être un foyer de rayonnement spirituel (cf. VC 55, 57),
d'esprit missionnaire (cf. VC 42, 47), et de communion (cf. VC 5, 41-42) par le
témoignage qu'elle donne et les oeuvres qu'elle réalise (cf. VC 76).
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