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Quelques principes
Afin d’avoir une vision d’ensemble de la question, il est indispensable
d’exposer succinctement différents éléments qui seront ensuite développés et
expliqués dans le présent Directoire.
Le primat de la Liturgie
11. L’histoire enseigne que,
à certaines époques, la foi a été soutenue par des formes et des pratiques de piété,
qui, dans la majorité des cas, ont été souvent considérées par les fidèles
comme des événements particulièrement marquants et indissociables des
célébrations liturgiques. En vérité, "toute célébration liturgique, en
tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action
sacrée par excellence, dont nulle action de l’Église ne peut atteindre
l’efficacité au même titre et au même degré". Cependant, il faut surmonter
l’équivoque qui consiste à soutenir que la Liturgie ne serait pas
"populaire": le renouveau conciliaire s’est fixé comme objectif de
promouvoir la participation du peuple à la célébration de la Liturgie, en
favorisant des moyens et des éléments (les chants, la participation active, les
ministères dévolus aux laïcs...) qui, en d’autres temps, avaient suscité
l’élaboration de prières qui alternaient avec l’action liturgique ou se
substituaient à elle.
La primauté de la Liturgie sur les
autres formes de prières chrétiennes, qui sont possibles et légitimes, doit
trouver un écho dans la conscience des fidèles: si les sacrements sont indispensables
pour pouvoir vivre unis au Christ, les diverses formes de la piété
populaire ont, en revanche, un caractère facultatif. On peut citer, à
titre d’illustration particulièrement importante et vénérable, le précepte de
la participation à la Messe dominicale; de leur côté, les pieux exercices, qui,
pourtant, peuvent être recommandés et répandus parmi les fidèles d’une manière
habituelle, ne font jamais l’objet d’une obligation, même si certaines
communautés ou des fidèles, à titre personnel, ont toujours la possibilité de
considérer qu’ils ont un caractère impératif.
Ce principe doit être enseigné aux
prêtres et aux fidèles dans le cadre de leur formation respective; en effet, il
faut affirmer sans ambiguïté la primauté de la prière liturgique et de l’année
liturgique sur toutes les autres pratiques de dévotion. Il est vrai, toutefois,
que cette même primauté ne peut en aucun cas être synonyme d’exclusion,
d’opposition et de marginalisation.
Valorisation et renouveau
12. Le caractère facultatif
des pieux exercices ne peut en aucun cas signifier une quelconque
méconnaissance, ni même le mépris à leur égard. L’attitude juste qu’il convient d’adopter est, au contraire, celle qui
consiste à valoriser d’une manière adéquate et avec sagesse, les richesses non
négligeables de la piété populaire, avec ses potentialités et la qualité de la
vie chrétienne qu’elle est capable de susciter.
Puisque l’Évangile est la mesure et le critère de toute forme, ancienne et
nouvelle, de la piété chrétienne, la valorisation des pieux exercices et des
pratiques de dévotion doit aller de pair avec un travail de purification, en
vue de les harmoniser avec le mystère chrétien. Cette remarque vaut
particulièrement pour les éléments de la piété populaire assumés par la
Liturgie chrétienne, car cette dernière "ne peut absolument pas accueillir
des rites de magie, de superstition, de spiritisme, de vengeance ou à
connotation sexuelle".
Ainsi, on comprend que le renouveau liturgique voulu par le Concile Vatican
II doive aussi, en quelque sorte, inspirer l’évaluation et le renouveau des
pieux exercices et des pratiques de dévotion. La piété populaire doit faire
apparaître les éléments suivants: l’inspiration biblique, car on ne peut
concevoir une prière chrétienne sans référence directe ou indirecte à un
passage de la Bible; l’inspiration liturgique, puisque la piété
populaire met en relief ou du moins se fait l’écho des mystères célébrés dans
les actions liturgiques; l’inspiration œcuménique, c’est-à-dire la prise
en compte des sensibilités et des traditions chrétiennes diverses, tout en
évitant de se prêter à des expériences inopportunes; l’inspiration anthropologique,
qui s’exprime, soit dans l’accueil de symboles et d’expressions propres à un
peuple, en évitant, toutefois, un archaïsme qui serait privé de toute
signification, soit dans l’effort qui vise à engager un dialogue avec les
sensibilités contemporaines. Un tel renouveau ne sera fructueux que s’il est
réalisé graduellement et avec pédagogie, en tenant compte des lieux et des
circonstances.
Distinction et harmonie avec la
Liturgie
13. La différence objective
entre, d’une part, les pieux exercices et les pratiques de dévotion, et,
d’autre part, la Liturgie, doit apparaître clairement dans les expressions du
culte chrétien. Cela signifie, d’une part, que les formes particulières des
pieux exercices ne peuvent pas se mêler aux actions liturgiques, et, d’autre
part, que les actes de piété et de dévotion ont une place qui leur est propre,
en dehors de la célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements.
De plus, il faut éviter le
phénomène de la superposition, afin que le langage, le rythme, la
configuration, les accents théologiques de la piété populaire se différencient
bien des éléments correspondants dans les actions liturgiques. De même, si cela
est nécessaire, il convient de remédier à une éventuelle concurrence ou
opposition avec les actions liturgiques, en garantissant en particulier le
caractère primordial du dimanche, des solennités, des temps et des jours
liturgiques.
Enfin, il faut éviter de qualifier
les pieux exercices de "célébrations liturgiques", car ils doivent
conserver leur propre style, leur simplicité et leur langage particulier.
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