Chapitre V
LA VÉNÉRATION ENVERS LA SAINTE MÈRE DU SEIGNEUR
Quelques principes
183. La piété populaire, à
la fois variée dans ses expressions et profonde dans ses motivations, qui s’adresse
à la Vierge Marie, est un fait ecclésial remarquable et universel. Elle jaillit
de la foi et de l’amour du peuple de Dieu envers le Christ, Rédempteur du genre
humain, et de la compréhension de la mission que, dans l’ordre du salut, Dieu a
confiée à Marie de Nazareth; la Vierge Marie n’est donc pas seulement la Mère
du Seigneur et du Sauveur, mais elle est aussi, sur le plan de la grâce, la
Mère de tous les hommes.
De fait, "les fidèles comprennent facilement le lien vital qui unit le
Fils à la Mère. Ils savent que le Fils est Dieu, et que elle, la Mère, est
aussi leur mère. Ils en déduisent la sainteté immaculée de la Vierge et, tout
en la vénérant comme une reine glorieuse dans le ciel, ils sont certains que
Marie, très miséricordieuse, intercède en leur faveur; ils invoquent donc sa
protection avec une grande confiance. Les plus pauvres sentent
particulièrement sa proximité. Ils savent qu’elle connut comme eux la pauvreté,
qu’elle souffrit beaucoup, et qu’elle fit preuve de patience et de douceur. Ils
ressentent à son égard de la compassion pour la douleur qu’elle éprouva au
moment de la crucifixion et de la mort de son Fils, et ils se réjouissent avec
elle pour la résurrection de Jésus. Ils célèbrent avec joie ses fêtes, ils
participent volontiers aux processions organisées en son honneur et ils se
rendent en pèlerinage dans les sanctuaires qui lui sont consacrés, ils aiment
chanter ses louanges et ils lui offrent leurs hommages en formulant des vœux.
Enfin, ils ne tolèrent pas qu’on l’offense et ils prennent spontanément sa
défense contre ceux qui refusent de l’honorer".
L’Église elle-même exhorte tous ses
fils - les ministres sacrés, les religieux et les fidèles laïcs - à développer
leur piété personnelle et communautaire à l’aide des pieux exercices, qu’elle
approuve et recommande. En effet, le culte liturgique, nonobstant son
importance objective et sa valeur irremplaçable, son efficacité exemplaire et
son aspect normatif, n’épuise pas toutes les possibilités mises en œuvre par le
peuple de Dieu pour exprimer sa vénération envers la sainte Mère du Seigneur.
184. Les relations entre la
Liturgie et la piété populaire mariale doivent être établies à la lumière des
principes et des normes, qui ont été énoncés à plusieurs reprises dans le
présent document. Il reste que, par rapport à la piété mariale du peuple de
Dieu, la liturgie doit toujours apparaître comme une "forme
exemplaire", une source d’inspiration, un point de référence constant et
un but ultime.
185. Toutefois, il convient
de rappeler brièvement quelques dispositions que le Magistère de l’Église a
promulguées au sujet des pieux exercices relatifs à la Vierge Marie. Il faut en
tenir compte dans le travail de composition de nouveaux pieux exercices, ou
lorsqu’il est nécessaire de procéder à la révision de ceux qui existent déjà,
ou, simplement, dans le cadre de leur application dans les célébrations
cultuelles. L’attention des Pasteurs à l’égard de cette catégorie de pieux
exercices doit être proportionnelle à leur importance; de fait, ces derniers
sont, d’une part, le fruit et l’expression de la piété mariale d’un peuple ou
d’une communauté de fidèles, et, d’autre part, ils constituent à leur tour la
cause et un facteur non négligeable dans l’élaboration de la "physionomie
mariale" des fidèles, c’est-à-dire de ce "style" particulier qui
caractérise la piété des fidèles envers la bienheureuse Vierge Marie.
186. La disposition
fondamentale du Magistère au sujet de ces pieux exercices est qu’ils doivent être
orientés vers "ce centre du culte unique appelé à bon droit chrétien,
car c’est du Christ qu’il trouve son origine et son efficacité, c’est dans le
Christ qu’il trouve sa pleine expression et c’est par le Christ que, dans
l’Esprit, il conduit au Père". Ainsi, les pieux exercices célébrés en l’honneur
de la Vierge Marie doivent comporter les caractéristiques communes suivantes,
même si celles-ci peuvent varier en fonction des particularités propres de
chacun d’entre eux:
- ils expriment la note trinitaire
qui distingue et qualifie le culte rendu à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit,
révélé dans le Nouveau Testament, de même que l’élément christologique, qui est
une composante essentielle de ce culte et met en lumière la médiation unique et
nécessaire du Christ, ainsi que sa dimension pneumatologique, puisque toute
forme authentique de piété provient de l’Esprit et qu’elle est accomplie dans
l’Esprit; enfin, ils soulignent le caractère ecclésial du culte chrétien: en
effet, les baptisés, qui forment le peuple de Dieu, prient ensemble au nom du
Seigneur (cf. Mt 18, 20) et ils sont unis dans la Communion des Saints;
- ils se réfèrent constamment à la
Sainte Écriture, interprétée dans le cadre de la sainte Tradition; tout en se
conformant à la profession de la foi catholique dans son intégralité, ils respectent
les exigences du mouvement œcuménique; ils considèrent avec attention les
aspects anthropologiques des expressions cultuelles, de telle sorte que ces
dernières soient bien le reflet d’une conception juste et vraie de la personne
humaine, et qu’elles correspondent à ses exigences; ils mettent en évidence la
dimension eschatologique de l’existence, qui est essentielle dans le message de
l’Évangile; enfin, ils illustrent le caractère missionnaire de l’Église, et
donc l’obligation de témoigner qui incombe aux disciples du Seigneur.
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