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Les temps des pieux exercices
mariaux
La célébration de la fête
187. Les pieux exercices
célébrés en l’honneur de la Vierge Marie sont presque tous liés à une fête liturgique
inscrite dans le Calendrier général du Rite Romain, ou dans les Calendriers
particuliers des diocèses ou des familles religieuses.
Il arrive que, parfois, le pieux
exercice précède l’institution de la fête (c’est le cas du saint Rosaire),
parfois aussi la fête est de loin antérieure au pieux exercice (comme pour l’Angelus
Domini). Une telle constatation permet de mettre en évidence le rapport
existant entre la Liturgie et les pieux exercices, et aussi le fait que ces
derniers atteignent leur point culminant dans la célébration de la fête. La fête, parce qu’elle fait partie de la
Liturgie, se rapporte à l’histoire du salut, et elle célèbre un aspect de
l’association de la Vierge Marie au mystère du Christ. Elle doit donc
être célébrée en observant les normes liturgiques, et en respectant la
hiérarchie existant entre les "actes liturgiques" et les "pieux
exercices", qui leur sont associés.
De surcroît, une fête de la bienheureuse Vierge Marie, en tant que
manifestation populaire, comporte des valeurs de nature anthropologique qui ne
doivent pas être négligées.
Le samedi
188. Parmi les jours
plus particulièrement dédiés à la Vierge Marie, le samedi occupe une place
particulière, puisqu’il a été élevé au rang de mémoire de sainte Marie.
Cette mémoire remonte certainement à l’époque carolingienne (IX siècle), mais
on ignore les motifs pour lesquels le samedi fut choisi, à cette époque, comme
un jour dédié à la Vierge Marie. Il est vrai que de nombreuses explications
furent données par la suite, même si ces dernières ne satisfont pas entièrement
les spécialistes de l’histoire de la piété populaire.
De nos jours, tout en faisant abstraction de ses origines historiques
incertaines, certaines valeurs propres à cette mémoire sont fréquemment mises
en évidence avec juste raison: "la spiritualité contemporaine est plus
sensible aux différents aspects qui appartiennent à l’être même de cette
célébration: la mémoire de la fidélité inébranlable de la
"bienheureuse Vierge Marie qui, en tant que mère et disciple, durant le
"grand samedi", au moment où le Christ gisait dans le tombeau,
demeurait forte uniquement grâce à sa foi et son espérance, seule au milieu des
disciples, dans l’attente confiante de la Résurrection du Seigneur"; le prélude
et l’introduction à la célébration du dimanche, en tant que fête
primordiale et mémoire hebdomadaire de la Résurrection du Christ; le signe, avec
son rythme hebdomadaire, que la "Vierge Marie est constamment présente et
active dans la vie de l’Église".
De même, la piété populaire est sensible à la valorisation du samedi, ce
jour dédié à la sainte Vierge Marie. Il n’est pas rare que les statuts
de certaines communautés religieuses et associations de fidèles prévoient de
rendre un hommage particulier à la Mère du Seigneur, chaque samedi, en
prescrivant quelques pieux exercices composés spécialement pour ce jour précis.
Triduums, septénaires, neuvaines
189. Il est fréquent de
préparer et de faire précéder une fête, dont la célébration est un moment
culminant, par un triduum, un septénaire ou une neuvaine. Ces "temps et
ces modes d’expression propres à la piété populaire" doivent être
accomplis en harmonie avec les "temps et les modes d’expression propres à
la Liturgie".
Les triduums, les septénaires et
les neuvaines peuvent non seulement favoriser l’élaboration de nouveaux pieux
exercices en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, mais ils peuvent aussi
aider les fidèles à mieux comprendre la place et le rôle que celle-ci occupe
dans le mystère du Christ et de l’Église.
En effet, les pieux exercices, loin
de demeurer étrangers aux acquis progressifs, qui proviennent de la recherche
biblique et théologique au sujet de la Mère du Sauveur, doivent devenir, sans
modifier leur nature propre, des moyens catéchétiques en vue de la présentation
et de la diffusion de ces divers éléments doctrinaux.
Les triduums, les septénaires et
les neuvaines peuvent être considérés comme une vraie préparation à la fête
mariale, s’ils contribuent à stimuler les fidèles dans leur résolution de
s’approcher des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, et
d’approfondir leur vie chrétienne, en suivant l’exemple de la Vierge Marie, qui
fut le premier et le plus parfait disciple du Christ.
Dans certaines régions, les
apparitions de La Vierge Marie à Fatima inspirent aux fidèles des rencontres de
prières mariales, qui ont lieu le 13 de chaque mois.
Les "mois de Marie"
190. Au sujet de la pratique
du mois particulièrement dédié à la Vierge Marie, qui est répandue dans de
nombreuses Églises, tant de l’Orient que de l’Occident, il est opportun de
rappeler des orientations essentielles.
En Occident, les mois dédiés à la
Vierge Marie, surgis à une époque, où les références à la Liturgie en tant que
forme normative du culte chrétien étaient peu abondantes, se sont développés
parallélement au culte liturgique. Cette situation a engendré des problèmes de
caractère liturgico-pastoral, qui demeurent encore et qui, du fait de leur
importance, méritent d’être évalués très soigneusement.
191. En se limitant à
l’évocation de la coutume occidentale de célébrer un "mois marial" en
mai (en novembre, dans certains pays de l’hémisphère sud), il est opportun de
tenir compte à la fois des exigences de la Liturgie, des diverses attentes des
fidèles, et de leur maturation dans la foi, et il convient aussi d’étudier
l’ensemble des problèmes, que pose cette pratique des "mois de
Marie", dans le cadre de la "pastorale d’ensemble" de l’Église
locale; ainsi, il est nécessaire de remédier aux situations, qui sont marquées
par des orientations contradictoires au niveau pastoral, et qui ont pour effet
de désorienter les fidèles, comme cela pourrait advenir, par exemple, en
présence d’initiatives visant à la suppression du "mois de Marie".
Dans la plupart des cas, la
solution la plus opportune vise à harmoniser les éléments du "mois
marial" avec le temps de l’Année liturgique, dans lequel il se situe.
Ainsi, par exemple, durant le mois de mai, qui coïncide en grande partie avec
les cinquante jours du temps liturgique de Pâques, les pieux exercices doivent
mettre en évidence la participation de la Vierge Marie au mystère pascal (cf.
Jn, 19, 25-27) et à l’événement de la Pentecôte (cf. Ac 1, 14), qui inaugure le
chemin de l’Église, c’est-à-dire un itinéraire qu’elle-même, en participant à
la nouveauté inaugurée par le Ressuscité, parcourt sous la conduite de l’Esprit
Saint. Et puisque cette période des "cinquante jours" est le temps
liturgique particulièrement consacré à la célébration et à la mystagogie des
sacrements de l’initiation chrétienne, les pieux exercices du mois de mai
peuvent utilement mettre en évidence la place éminente que la Vierge Marie,
glorifiée dans le ciel, occupe sur la terre, "ici et maintenant",
dans la célébration des sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie.
Il est nécessaire, dans tous les
cas, de se conformer très soigneusement à la directive de la Constitution Sacrosanctum
Concilium, selon laquelle "on orientera les esprits des fidèles
avant tout vers les fêtes du Seigneur, par lesquelles se célèbrent pendant
l’année les mystères du salut", auxquels il est certain que la
bienheureuse Vierge Marie a été associée.
Il est sans doute opportun de
dispenser un enseignement catéchétique aux fidèles, dans le but de les
convaincre que le dimanche, mémoire hebdomadaire de la Pâque, est vraiment
"le jour de fête primordial". Enfin, en tenant compte du fait que,
dans la Liturgie Romaine, les quatre semaines de l’Avent constituent un temps
marial, qui est inséré d’une manière harmonieuse dans l’Année liturgique, il
faut aider les fidèles à découvrir et à mettre en évidence, d’une manière
convenable, les nombreuses références à la Mère du Seigneur, qui sont proposées
durant toute cette période.
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