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Les Saints Anges
213. L’Église, dans son
enseignement, présente, dans un langage clair et sobre, "l’existence des
êtres spirituels et incorporels, que la Sainte Écriture appelle les Anges,
comme une vérité de foi. À ce
témoignage explicite de l’Écriture correspond l’unanimité de la
Tradition".
Selon l’Écriture Sainte, les Anges
sont les messagers de Dieu, "invincibles porteurs de ses ordres, attentifs
au son de sa parole" (Ps 103, 20), placés au service de son dessein de
salut, "envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut"
(He 1, 14).
214. Les fidèles n’ignorent
pas généralement les nombreux épisodes de l’Ancienne et de la Nouvelle
alliance, dans lesquels les saints Anges manifestent leur présence. Ainsi, ils
savent notamment que les Anges gardent les portes du paradis terrestre (cf Gn
3, 24), qu’ils sauvent Agar et son enfant Ismaël (cf. Gn 21, 17), qu’ils
retiennent la main d’Abraham qui s’apprête à sacrifier Isaac (cf Gn 22, 11),
qu’ils annoncent des naissances prodigieuses (cf. Jg 13, 3-7), qu’ils gardent
les pas du juste (cf. Ps 91, 11), qu’ils louent sans cesse le Seigneur (cf. Is
6, 1-4), et qu’ils présentent à Dieu les prières des Saints (cf. Ap 8, 3-4).
Ils se souviennent aussi de l’Ange qui intervint en faveur du prophète Elie, en
fuite et à bout de forces (cf. 1 R 19, 4-8), d’Azarias et de ses compagnons
jetés dans la fournaise (cf. Dn 3, 49-50), de Daniel enfermé dans la fosse aux
lions (cf. Dn 6, 23). Enfin, l’histoire de Tobie leur est familière: Raphaël
"l’un des sept Anges qui se tiennent devant le Seigneur" (Tb 12, 15),
rendit de nombreux services à Tobie, au jeune Tobie, son fils, et à Sara, la
femme de ce dernier.
Les fidèles savent aussi que les
anges sont présents dans un certain nombre d’épisodes de la vie de Jésus, où
ils exercent une fonction particulière: ainsi, l’Ange Gabriel annonce à Marie
qu’elle concevra et donnera naissance au Fils du Très-Haut (cf. Lc 1, 26-38),
et, de même, un Ange révèle à Joseph l’origine surnaturelle de la maternité de
la Vierge (cf. Mt 1, 18-25); les Anges annoncent aux bergers de Béthléem la
joyeuse nouvelle de la naissance du Sauveur (cf. Lc 2, 8-14); "l’Ange du
Seigneur" protège la vie de l’enfant Jésus menacée par Hérode (cf. Mt 2,
13-20); les Anges assistent Jésus pendant son séjour dans le désert (cf. Mt 4,
11) et ils le réconfortent durant son agonie (cf. Lc 22, 43); enfin, ils
annoncent aux femmes, qui se rendent au tombeau du Christ, que celui-ci est
"ressuscité" (cf. Mc 16, 1-8), et ils interviennent encore au moment
de l’Ascension pour révéler aux disciples le sens de cet événement et pour
annoncer que "Jésus... reviendra de la même manière que vous l’avez vu
s’en aller vers le ciel" (Ac 1, 11).
Les fidèles comprennent l’importance de l’avertissement de Jésus de ne pas
mépriser un seul des petits qui croient en lui, "parce que leurs Anges
dans les cieux contemplent sans cesse la face de mon Père" (Mt 18, 10),
ainsi que la parole réconfortante selon laquelle "il y a de la joie chez
les Anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit" (lc 15, 10). Enfin,
les fidèles savent que "le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous
les Anges avec lui" (Mt 25, 31) pour juger les vivants et les morts, et
mettre un point final à l’histoire.
215. L’Église qui, à ses
débuts, fut gardée et défendue par le ministère des Anges (Ac 5, 17-20; 12,
6-11) expérimente constamment la"protection mystérieuse et puissante"
de ces esprits célestes, qu’elle vénère et dont elle sollicite l’intercession.
Au cours de l’Année liturgique,
l’Église célèbre la participation des Anges aux événements du salut; elle
consacre aussi à leur mémoire certains jours particuliers: le 29 septembre
(fête des Archanges Michel, Gabriel et Raphaël) et le 2 octobre (mémoire des
Anges Gardiens). L’Église célèbre encore en leur honneur une Messe votive, dont
la préface proclame que "la gloire de Dieu resplendit dans les
Anges"; dans la célébration des mystères divins, elle s’associe au chant
des Anges pour proclamer la gloire du Dieu trois fois saint (cf. Is. 6, 3) et
elle sollicite leur aide pour porter l’offrande eucharistique "sur l’autel
céleste, en présence de la gloire de Dieu"; elle célèbre l’office de
louange en leur présence (cf. Ps. 137, 1); elle confie les prières des fidèles
au ministère des Anges (cf. ap. 5, 8; 8, 3), ainsi que la douleur des
pénitents, et la défense des innocents contre les attaques du Malin; à la fin
de chaque journée, elle implore Dieu d’envoyer ses anges pour garder ceux qui
prient dans la paix; elle prie les esprits célestes de venir en aide aux
agonisants; et, au cours du rite des obsèques, elle supplie les Anges
d’accompagner l’âme du défunt jusqu’au paradis et de garder son tombeau.
216. Tout au long des
siècles, les fidèles ont exprimé leur foi dans le ministère des Anges en
recourant à de nombreuses formes de piété: ainsi, ils ont choisi les Anges
comme patrons des villes et protecteurs des corporations; ils ont érigé en leur
honneur des sanctuaires célèbres (le Mont-Saint-Michel en Normandie,
Saint-Michel de Cluse dans le Piémont, et Saint-Michel du Mont-Gargan dans les
Pouilles), et fixé des jours de fête; enfin, ils ont composé des hymnes et des
pieux exercices.
La piété populaire a contribué, d’une manière particulière, au
développement de la dévotion envers l’Ange Gardien. Saint Basile le Grand
(+379) enseignait déjà que "chaque fidèle a, près de lui, un Ange qui le
protège et le conduit sur le chemin qui mène à la vie éternelle". Cette
doctrine vénérable s’est peu à peu consolidée tout au long des siècles en se
rattachant à des fondements bibliques et patristiques, et elle a donné
naissance à des expressions variées de la piété populaire, jusqu’à l’œuvre de
saint Bernard de Clairvaux (+ 1153), qui est considéré comme le grand docteur
et l’apôtre éminent de la dévotion envers les Anges Gardiens. Pour saint
Bernard, les Anges Gardiens sont la preuve que "le ciel ne néglige rien de
ce qui peut nous être utile", c’est pourquoi il place "à nos côtés
ces esprits célestes qui ont pour mission de nous protéger, de nous instruire
et de nous guider".
La dévotion envers les Anges
Gardiens suscite aussi un style de vie qui est caractérisé par:
- l’action de grâces adressée à
Dieu qui accepte de placer des esprits d’une si grande sainteté et dignité au
service des hommes;
- une attitude de droiture et de
piété, suscitée par la conscience de vivre constamment en présence des saints
Anges;
- une confiance sereine dans les
situations difficiles, inspirée par la conviction que le Seigneur guide et
assiste le fidèle sur le chemin de la justice, en recourant en particulier au
ministère des Anges.
Parmi les prières adressées à
l’Ange Gardien, celle de l’Angele Dei est particulièrement répandue;
dans de nombreuses familles, elle fait partie de la prière du matin et du soir,
et, en de nombreux endroits, elle accompagne aussi la prière de l’Angelus
Domini.
217. Les expressions de la piété
populaire envers les saints Anges sont légitimes et bienfaisantes, mais elles
peuvent donner lieu à des déviations, parmi lesquelles il convient de citer:
- l’erreur suivante peut
progressivement s’immiscer dans l’âme de certains fidèles: le monde et la vie
seraient soumis à des tensions démiurgiques, c’est-à-dire à la lutte incessante
entre les bons esprits et les esprits mauvais, ou entre les Anges et les
démons; l’homme serait alors terrassé par des puissances supérieures contre
lesquelles il ne pourrait rien faire. Une telle conception a pour effet d’affaiblir le sens de la responsabilité
personnelle; de plus, elle ne concorde pas avec l’enseignement authentique de
l’Évangile à propos de la lutte contre le Malin; l’Évangile exige, en effet, du
disciple du Christ la droiture morale, l’engagement pour l’Évangile, l’humilité
et la prière;
- certains fidèles peuvent être tentés de considérer les événements de la
vie quotidienne d’une manière schématique et simpliste, voire infantile, en
rendant le Malin responsable de leurs difficultés, y compris les plus minimes,
et, au contraire, en attribuant à l’Ange Gardien leurs succès et leurs
réalisations positives; or, de telles interprétations n’ont aucun rapport, ou
si peu, avec le véritable progrès spirituel de la personne qui consiste à
rejoindre le Christ. Il faut aussi réprouver l’usage de donner aux Anges des
noms particuliers, que la Sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel,
Gabriel et Raphaël.
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