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Le Sanctuaire
Quelques principes
262. Selon la
révélation chrétienne, le sanctuaire suprême et définitif est le Christ
ressuscité (cf. Jn 2, 18-21; Ap 21, 22), autour duquel se rassemble et
s’organise la communauté des disciples, qui est elle-même la nouvelle demeure
du Seigneur (cf. 1 P 2, 5; Ep 2, 19-22).
Du point de vue théologique, le sanctuaire, dont l’origine provient assez
souvent de la piété populaire, est un signe de la présence active et rédemptrice
du Seigneur dans l’histoire; il est aussi un lieu où le peuple de Dieu, qui
chemine sur les routes du monde vers la Cité future (cf. He 13, 14), fait une
halte et reprend des forces avant de poursuivre son pèlerinage.
263. Le sanctuaire,
comme les églises, a une grande valeur symbolique: il est l’icône de la
"demeure de Dieu parmi les hommes" (Ap 21, 3), et il évoque "le
mystère du Temple", qui s’accomplit dans le corps du Christ (cf. Jn 1, 14;
2, 21), dans la communauté ecclésiale (cf. 1 P 2, 5), et dans la personne de
chaque fidèle baptisé (cf. 1 Co 3, 16-17; 6, 19; 2 Co 6, 16).
Pour les fidèles, les sanctuaires
sont souvent, à cause de leur origine, la mémoire d’un événement considéré par
eux comme extraordinaire, et qui a provoqué l’émergence de manifestations de
dévotion durable, ou des témoignages de piété et de reconnaissance de tout un
peuple pour les grâces reçues en ce lieu. À cause des nombreux signes de
miséricorde qui se manifestent dans les sanctuaires, ces derniers sont aussi
des lieux privilégiés où Dieu vient en aide aux hommes, et où se manifeste
l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, des Saints ou des Bienheureux.
De même, leur emplacement, souvent élevé ou solitaire, leur beauté austère ou,
au contraire, agréable, font des sanctuaires des témoins privilégiés de
l’harmonie du cosmos, et des lieux où se reflète la beauté de Dieu. La
prédication, qui résonne constamment dans les sanctuaires est, pour les fidèles
à la fois un appel efficace à la conversion, une invitation à vivre dans la
charité et à multiplier les œuvres de miséricorde, enfin, une exhortation à
vivre en suivant fidèlement le Christ. Les sacrements, qui peuvent être reçus
dans ces lieux, permettent de consolider la foi des fidèles; ils leur
permettent aussi de croître dans la grâce, et ils leur procurent le secours et
l’espérance dans les épreuves qu’ils peuvent rencontrer. Les sanctuaires, en
mettant en valeur un aspect particulier du message évangélique, peuvent être
considérés comme une illustration et même un prolongement de la Parole de Dieu.
Enfin, l’orientation eschatologique des sanctuaires contribue à transmettre aux
fidèles le sens de la transcendance; leur présence dans ces lieux les incitent à
diriger leurs pas, à travers les chemins de la vie d’ici-bas, vers le
sanctuaire du ciel (cf. He 9, 11; Ap 21, 3).
"Toujours et partout, les
sanctuaires chrétiens ont été ou ont voulu être des signes de Dieu, de son
irruption dans l’histoire humaine. Chacun
d’eux est un mémorial du mystère de l’Incarnation et de la Rédemption".
La reconnaissance canonique
264. "Par
sanctuaire on entend une église ou un autre lieu sacré où les fidèles se
rendent nombreux en pèlerinage pour un motif particulier de piété avec
l’approbation de l’Ordinaire du lieu".
La reconnaissance canonique d’un
lieu sacré comme sanctuaire diocésain, national ou international dépend
respectivement de l’Évêque diocésain, de la Conférence des Évêques ou du
Saint-Siège. L’approbation canonique équivaut à une reconnaissance officielle du
lieu sacré et de sa finalité spécifique; cette dernière consiste à accueillir
les pèlerinages du peuple de Dieu organisés en ce lieu pour adorer le Père,
professer la foi, se réconcilier avec Dieu, avec l’Église et avec ses frères,
et implorer l’intercession de la Mère du Seigneur ou d’un Saint.
Toutefois, il ne faut pas oublier
que, localement, de nombreux autres lieux de culte, souvent humbles - comme
certaines petites églises situées dans les villes ou à la campagne - assument
un rôle similaire à celui des sanctuaires, tout en ne bénéficiant pas d’une
reconnaissance canonique. Ils font eux aussi partie de la
"géographie" de la foi et de la piété du peuple de Dieu, puisqu’ils
marquent l’emplacement d’une communauté qui demeure sur un territoire déterminé
et qui, dans la foi, chemine vers la Jérusalem céleste (cf. Ap 21).
Le sanctuaire, lieu des
célébrations cultuelles
265. Le sanctuaire a une
fonction principalement cultuelle. Les fidèles se rendent, en effet, dans ce
lieu pour participer aux célébrations liturgiques et aux pieux exercices.
Toutefois, cette fonction cultuelle reconnue du sanctuaire ne doit pas
obscurcir, dans la conscience des fidèles, l’enseignement évangélique selon
lequel le lieu n’est pas un élément déterminant pour rendre un culte authentique
au Seigneur (cf. Jn 4, 20-24).
La valeur exemplaire du
sanctuaire
266. Les responsables des
sanctuaires ont le devoir de veiller à la qualité exemplaire des cérémonies:
"La promotion d’une Liturgie de qualité fait partie des fonctions, qui
sont dévolues aux sanctuaires; il s’agit même d’une obligation inscrite dans le
Code de droit canonique. Cette
promotion concerne moins l’obligation d’augmenter le nombre des célébrations
que celle d’améliorer la qualité de celles qui existent déjà. Les
recteurs des sanctuaires doivent être bien conscients de leur responsabilité
dans ce domaine. Ils doivent comprendre, en effet, que les fidèles, qui se
rendent dans les différents sanctuaires, doivent en repartir réconfortés sur le
plan spirituel et édifiés par les célébrations liturgiques auxquelles ils ont
participé: celles-ci auront su leur transmettre le message du salut par la
noble simplicité de leurs rites et le respect fidèle des normes liturgiques.
Ces mêmes recteurs doivent savoir aussi que les effets d’une célébration
liturgique exemplaire ne se limitent pas à ladite célébration accomplie dans le
sanctuaire: en effet, les prêtres et les fidèles, qui participent à des
cérémonies de qualité, sont portés à les faire connaître dans leurs propres
lieux de culte d’origine".
La célébration de la Pénitence
267. Pour de nombreux
fidèles, la visite du sanctuaire est une occasion particulièrement favorable,
et qui équivaut souvent à une recherche très ardente, de s’approcher du
sacrement de Pénitence. Il est donc nécessaire de préparer avec soin les
différents éléments qui font partie de ce sacrement. Parmi ces derniers, on
peut citer, en particulier:
- le lieu de la célébration: en plus des confessionnaux
traditionnels disposés dans l’église, il est souhaitable que, dans les
sanctuaires les plus fréquentés, un lieu soit réservé à la célébration du
sacrement de Pénitence, qui puisse convenir à des moments de préparation
communautaire et à des célébrations pénitentielles, dans le respect des normes
canoniques et tout en garantissant la discrétion requise pour la confession; de
plus, un tel lieu doit offrir un espace adapté pour le dialogue du pénitent
avec le confesseur.
- La préparation au sacrement: les fidèles ont souvent besoin d’être
aidés dans l’accomplissement de certains actes qui font partie du sacrement: ce
soutien a surtout pour but d’orienter leur cœur vers Dieu, "parce que la
vérité de la Pénitence dépend d’une sincère conversion". Il est donc utile
d’organiser des rencontres de préparation, qui sont proposées dans l’Ordo
Paenitentiae, grâce auxquelles, par l’écoute et la méditation de la Parole
de Dieu, les fidèles sont conduits à célébrer fructueusement le sacrement. Il
convient du moins de mettre à la disposition des fidèles, des personnes idoines
qui puissent les aider, non seulement à préparer la confession de leurs péchés,
mais encore et surtout à éprouver un sincère repentir pour les fautes commises.
- Le choix du rite, afin de permettre aux fidèles de mieux prendre
conscience de la dimension ecclésiale du sacrement de Pénitence. Dans cette
optique, la célébration du Rite pour la réconciliation de plusieurs
pénitents avec la confession et l’absolution individuelle (seconde forme),
à condition qu’elle soit préparée avec soin, ne devrait pas constituer une exception,
mais un fait normal; de telles célébrations devraient notamment être organisées
à des périodes déterminées ou à l’occasion de célébrations particulièrement
importantes de l’Année liturgique. En effet, "la célébration communautaire
manifeste plus clairement la nature ecclésiale de la Pénitence". La
réconciliation avec absolution générale, qui, par définition, ne comporte pas
la confession individuelle et intégrale des péchés, est une forme tout à fait
exceptionnelle et extraordinaire du sacrement de Pénitence, qui ne peut être
considérée sur le même plan que les deux autres formes ordinaires, comme s’il
s’agissait d’une simple alternative; de plus, la grande affluence des
pénitents, à l’occasion de certaines fêtes et de pèlerinages, n’est pas une condition
suffisante pour justifier le recours à cette forme extraordinaire du sacrement.
La célébration de l’Eucharistie
268. "La
célébration de l’Eucharistie est le sommet et comme le foyer de toute l’action
pastorale des sanctuaires"; c’est pourquoi, il convient de lui prêter la
plus grande attention afin que son déroulement soit exemplaire, et qu’elle
puisse conduire les fidèles à une rencontre profonde avec le Christ.
Il arrive souvent que plusieurs groupes manifestent le désir de célébrer
l’Eucharistie en même temps, et séparément. Un tel choix a pour conséquence de
contredire la dimension ecclésiale du mystère eucharistique, puisque, dans ce
cas, la célébration de la Messe, au lieu d’être un moment d’unité et de
fraternité, est plutôt l’expression d’un particularisme qui ne reflète pas les
valeurs de communion et d’universalité, qui sont propres à l’Église.
Une simple réflexion sur la nature de la célébration de l’Eucharistie,
"sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité", devrait
convaincre les prêtres, qui guident les pèlerinages, de faire tout pour
favoriser la réunion des différents groupes dans une même concélébration, à
condition qu’elle soit bien organisée et attentive - si un tel cas se présente
- à la diversité des langues. De même, à l’occasion des rassemblements de
fidèles appartenant à diverses nationalités, il est vivement recommandé de
chanter en langue latine et en recourant à des mélodies faciles, au moins les
parties de l’Ordinaire de la Messe, spécialement le symbole de la foi et la
prière du Seigneur. Une telle célébration contribue à donner une vraie image de
la nature de l’Église et de l’Eucharistie; elle est aussi une occasion pour les
pèlerins de s’accueillir mutuellement, tout en leur permettant de s’enrichir
réciproquement.
La célébration de l’Onction des
malades
269. L’Ordo unctionis
infirmorum eorumque pastoralis curae prévoit la célébration
communautaire du sacrement de l’Onction des malades dans les sanctuaires,
surtout à l’occasion des pèlerinages auxquels les malades sont invités à
participer. Cette disposition correspond parfaitement à la nature du sacrement
et à la fonction du sanctuaire: il est juste que dans un lieu où l’invocation
de la miséricorde du Seigneur est plus intense, les fidèles puissent faire l’expérience
de la présence maternelle de l’Église en faveur de ses enfants, qui sont
atteints par l’épreuve de la maladie ou de la vieillesse.
Le rite doit se dérouler selon les
indications de l’Ordo, en particulier "s’il y a là plusieurs
prêtres, chacun d’eux impose les mains sur quelques malades et fait l’Onction,
en disant la formule qui l’accompagne. Les prières sont dites par le seul
célébrant principal".
La célébration des autres
sacrements
270. Dans les sanctuaires,
outre l’Eucharistie, la Pénitence et la célébration communautaire de l’Onction
des malades, il arrive que les autres sacrements soient célébrés plus moins
fréquemment. Cela exige de la part des responsables des sanctuaires, outre le
respect des dispositions émises par l’Évêque diocésain:
- la recherche d’une entente sincère et d’une collaboration fructueuse
entre le sanctuaire et la communauté paroissiale;
- l’attention à la nature de chacun des sacrements; ainsi, par exemple, les
sacrements de l’initiation chrétienne, qui requièrent une longue préparation et
ont pour effet d’enraciner le baptisé dans la communauté ecclésiale, devraient
être normalement célébrés dans le cadre de la paroisse;
- l’assurance que la célébration de
chacun des sacrements a bien fait l’objet d’une préparation adéquate; les
responsables d’un sanctuaire ne doivent pas notamment s’engager à célébrer le
sacrement de mariage sans avoir reçu auparavant l’autorisation de l’Ordinaire
ou du curé;
- l’évaluation sereine des
multiples situations concrètes, qui sont souvent imprévisibles, et pour
lesquelles il n’est pas possible d’établir des normes rigides.
La célébration de la Liturgie des Heures
271. Le séjour dans
un sanctuaire offre un temps et un lieu favorables pour la prière personnelle
et communautaire, et il est aussi une occasion privilégiée pour aider les
fidèles à apprécier la beauté de la Liturgie des Heures, et à s’associer à la
louange quotidienne que, au cours de son pèlerinage sur la terre, l’Église
élève vers le Père, par le Christ, et dans l’Esprit Saint.
Les recteurs des sanctuaires sont
donc invités à prévoir des célébrations dignes et festives de la Liturgie des
Heures, spécialement celles des Laudes et des Vêpres, qu’ils introduiront d’une
manière opportune dans les programmes destinés aux pèlerins, en leur suggérant
de prier une partie ou la totalité d’un Office votif particulièrement lié au
sanctuaire.
Durant le pèlerinage, et
spécialement au cours des diverses étapes prévues durant le trajet qui mène au
sanctuaire, les prêtres qui accompagnent les fidèles ne doivent pas omettre de
leur proposer de prier au moins quelques Heures de l’Office Divin.
La célébration des sacramentaux
272. Depuis les premiers
siècles, l’Église a coutume de bénir les personnes, les lieux, la nourriture et
les objets. Toutefois, à notre époque, cette pratique se heurte à quelques
difficultés, à cause d’habitudes et de conceptions erronées profondément
enracinées dans la mentalité de certains groupes de fidèles. Les bénédictions
constituent néanmoins, dans le cadre des sanctuaires, une question d’ordre
pastoral assez importante; en effet, les nombreux fidèles, qui se rendent dans
ces lieux pour implorer la grâce et l’aide du Seigneur, ainsi que
l’intercession de la Mère de la miséricorde et des Saints, demandent souvent
aux prêtres de leur accorder les bénédictions les plus variées. Dans le but de
guider les recteurs des sanctuaires dans la pastorale des bénédictions, les
orientations suivantes leur sont donc adressées:
- ils sont tenus d’appliquer
progressivement et patiemment les principes contenus dans le Rituale Romanum,
qui concourent tous à faire en sorte que les bénédictions soient perçues avant
tout par les fidèles comme des expressions authentiques de la foi en Dieu,
dispensateur de tous biens;
- ils doivent mettre en évidence d’une manière adéquate - quand cela
s’avère possible - les deux moments qui constituent "la structure
typologique" de toute bénédiction: d’une part, la proclamation de la
Parole de Dieu, qui donne un sens au signe sacré, et, d’autre part, la prière,
par laquelle l’Église loue Dieu et l’implore de lui accorder ses bienfaits,
comme le rappelle aussi le signe de la croix tracé par le ministre ordonné.
- ils doivent opter pour une
célébration communautaire de préférence à une célébration individuelle ou
privée, et encourager les fidèles à participer activement et consciemment à
cette bénédiction.
273. Il est souhaitable que,
durant les périodes de grande affluence de pèlerins, les recteurs des
sanctuaires prévoient, durant la journée, des moments particuliers réservés aux
célébrations des bénédictions; ils les organiseront de telle manière que les
fidèles puissent comprendre la vraie signification des bénédictions, et qu’ils
prennent l’engagement d’observer les commandements de Dieu, afin que leur vie
corresponde aux exigences qui résultent d’une demande de bénédiction.
Le sanctuaire, lieu
d’évangélisation
274. D’innombrables moyens
de communication sociale propagent quotidiennement des nouvelles et des
messages en tous genres; le sanctuaire est pour sa part le lieu où est
constamment proclamé un message de vie: l’ "Évangile de Dieu" (Mc 1,
14; Rm 1, 1) ou "l’Évangile de Jésus-Christ" (Mc 1, 1), c’est-à-dire
la bonne nouvelle qui vient de Dieu lui-même, et qui concerne Jésus-Christ:
celui-ci est le Sauveur de tous les peuples; c’est en lui seul que la mort et
la résurrection, le ciel et la terre se sont réconciliés pour l’éternité.
Les éléments essentiels du message évangélique doivent être proposés, d’une
manière directe ou indirecte, au fidèle qui se rend dans un sanctuaire: on peut
citer, en particulier, le contenu du discours sur la Montagne, qui est un
programme de vie, l’annonce joyeuse de la bonté et de la paternité de Dieu et
de sa providence miséricordieuse, le commandement de la charité, la
signification rédemptrice de la croix, et le destin transcendant de toute vie
humaine.
Beaucoup de sanctuaires sont de
véritables lieux d’évangélisation: le message du Christ est transmis aux
fidèles sous les formes les plus variées, afin de les inciter, et aussi de les
exhorter à la conversion et à la persévérance, à suivre le Christ, et à
conformer leur vie aux exigences de la justice; enfin, le message du Christ
leur apporte aussi une parole de consolation et de paix.
Il ne faut pas non plus oublier la
coopération de beaucoup de sanctuaires à l’œuvre évangélisatrice de l’Église,
qui se présente sous les diverses formes d’un soutien généreux aux missions
"ad gentes".
Le sanctuaire, lieu de la charité
275. La fonction
exemplaire du sanctuaire se déploie aussi dans le domaine de la charité. Chaque
sanctuaire est, en effet, par nature "un foyer qui irradie la lumière et
l’ardeur de la charité", du fait qu’on y célèbre la présence
miséricordieuse du Seigneur, ainsi que l’exemplarité et l’intercession de la
Vierge Marie et des Saints. Le langage commun et celui des humbles définissent
la charité comme "l’amour qui s’exprime au nom de Dieu". Elle
se manifeste concrètement dans l’accueil et la miséricorde, dans la solidarité
et le partage, dans l’aide et dans le don de soi.
Grâce à la générosité des fidèles et au zèle de leurs responsables, de
nombreux sanctuaires sont des lieux privilégiés, où il est possible de mettre
en relation l’amour de Dieu et la charité fraternelle avec les divers besoins
de la personne humaine. De fait, la charité du Christ se répand largement dans
ces endroits, de même que se manifestent la sollicitude maternelle de la Vierge
Marie et la proximité fraternelle des Saints; cette attention bienveillante
s’exprime notamment:
- dans la fondation et le soutien
permanent d’un grand nombre de centres d’assistance sociale, comme des
établissements hospitaliers, des instituts d’éducation destinés aux enfants
pauvres et des hospices ou des maisons de retraite pour les personnes âgées.
- "dans l’accueil et
l’hospitalité réservés aux pèlerins, surtout les plus pauvres, à qui sont
offerts, dans la mesure du possible, des lieux et des structures pour se
reposer;
- dans la sollicitude et le
dévouement, qui se manifestent à l’égard des personnes âgées, des malades et
des handicapés, à qui sont destinées les attentions les plus délicates, et, en
particulier, les meilleures places dans les sanctuaires; de fait, les
célébrations sont organisées en tenant compte de leur présence, et donc de leur
condition particulière, sans pour autant les isoler des autres fidèles: cela
est vrai notamment en ce qui concerne la fixation des horaires. Enfin, il n’est
pas rare que s’instaure et se développe une collaboration effective du
sanctuaire avec les associations qui assurent généralement le transport de ces
personnes.
- dans la disponibilité et le
service de tous ceux qui se rendent dans le sanctuaire: fidèles érudits et peu
instruits, pauvres et riches, compatriotes et étrangers".
Le sanctuaire, lieu culturel
276. Tout en étant un lieu
de culte, il n’est pas rare que le sanctuaire soit aussi par nature un
"bien culturel": en effet, dans ses différents éléments, il constitue
comme la synthèse des nombreuses manifestations de la culture locale:
témoignages historiques, œuvres d’art, documents littéraires, expressions
musicales typiques.
Le sanctuaire est donc souvent un point de référence sûr qui permet de
définir l’identité culturelle d’un peuple. Et puisque le sanctuaire réalise une
synthèse harmonieuse entre la nature et la grâce, la piété et l’art, il peut se
présenter aussi comme une expression privilégiée de la via pulchritudinis par
la contemplation de la beauté de Dieu, du mystère de la Tota pulchra, et
de la merveilleuse proximité des Saints.
De même, il faut noter la tendance,
toujours plus forte, de faire du sanctuaire un "centre culturel"
spécifique, c’est-à-dire un lieu où se tiennent des cours et des conférences,
et dans lequel sont promues des initiatives intéressantes dans le domaine de l’édition;
il est aussi un endroit où sont organisées des représentations sacrées, des
concerts, des expositions et d’autres manifestations artistiques et
littéraires.
L’activité culturelle du sanctuaire
se présente donc comme un ensemble d’initiatives qui contribuent à la promotion
de la personne humaine; ce rôle supplémentaire, qui est assumé grâce à l’œuvre
d’évangélisation et à l’exercice de la charité, s’ajoute utilement à la
fonction primordiale du sanctuaire, en tant que lieu destiné à la célébration
du culte divin. Dans ce contexte, les responsables des sanctuaires ont
l’obligation de veiller à ce que cette dimension culturelle du sanctuaire
n’occulte pas sa fonction cultuelle.
Le sanctuaire, lieu de
l’engagement œcuménique
277. En tant que lieu
d’annonce de la Parole de Dieu et d’exhortation à la conversion, et aussi lieu
d’intercession, de vie liturgique intense et d’exercice de la charité, le
sanctuaire peut être défini, dans une certaine mesure et selon les indications
du Directoire œcuménique, comme un "bien spirituel"
commun à tous les chrétiens, c’est-à-dire ouvert aux frères et sœurs qui ne
sont pas en pleine communion avec l’Église catholique.
Le sanctuaire est donc appelé à
être un lieu où doit se manifester l’engagement œcuménique, et où l’on témoigne
d’une attention particulière à la nécessité, à la fois grave et urgente, de
réaliser l’unité de tous les disciples du Christ, unique Seigneur et Sauveur.
Les recteurs des sanctuaires sont
donc appelés à aider les pèlerins à mieux prendre conscience de cet "œcuménisme
spirituel", dont parlent le décret conciliaire Unitatis redintegratio et
le Directoire œcuménique; en effet, les chrétiens doivent toujours avoir
présent à l’esprit le but ultime de réaliser l’unité, en manifestant ce désir
dans la prière, la célébration eucharistique et la vie quotidienne. Il convient
donc que, dans les sanctuaires, la prière pour l’unité des chrétiens soit
intensifiée pendant certaines périodes de l’Année liturgique, en profitant, en
particulier, de l’occasion donnée par la semaine de prières pour l’unité des
chrétiens, et aussi durant les jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte,
pendant lesquels les chrétiens évoquent la communauté de Jérusalem réunie dans
la prière et dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint, qui est destinée à
la confirmer dans l’unité et dans sa mission universelle.
De plus, les recteurs des
sanctuaires sont incités à saisir toutes les opportunités qui peuvent se
présenter pour organiser des rencontres de prières entre les chrétiens des
diverses confessions. Durant ces rencontres, qui doivent être préparées avec
soin et en commun, il convient de donner la première place à la Parole de Dieu,
et de mettre en valeur les manières de prier, qui sont propres aux différentes
confessions chrétiennes.
Selon les circonstances, il peut
être opportun de prêter attention aux membres des autres religions, même si
cette démarche doit demeurer exceptionnelle: de fait, il arrive que des
sanctuaires soient fréquentés par des non-chrétiens; ces derniers les visitent,
car ils sont attirés par les valeurs propres du christianisme. Il importe donc
que les actes du culte chrétien, qui se déroulent dans les sanctuaires, soient
strictement conformes avec l’identité catholique de ces lieux, sans jamais
cacher ce qui appartient en propre à la foi de l’Église.
278. Dans les sanctuaires
dédiés à la Vierge Marie, l’engagement œcuménique présente des aspects
particuliers. En effet, sur le plan surnaturel, sainte Marie, qui a
donné naissance au Sauveur de tous les peuples, et fut à la fois le modèle et
le premier des disciples du Christ, exerce certainement une mission de concorde
et d’unité à l’égard des disciples de son Fils; cela explique pourquoi l’Église
catholique la salue sous le vocable de Mater unitatis. En revanche, sur
le plan historique,la figure de Marie a été souvent à l’origine de
polémiques et de divisions entre les chrétiens, du fait d’interprétations
diverses de son rôle dans l’histoire du salut. Toutefois, il faut reconnaître
que, de nos jours, le dialogue œcuménique s’avère particulièrement fructueux
dans le domaine de la mariologie.
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