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Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements
Directoire sur piété populaire

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  • DEUXIÈME PARTIE ORIENTATIONS EN VUE DE L’HARMONISATION DE LA PIÉTÉ POPULAIRE AVEC LA LITURGIE
    • Chapitre IV ANNÉE LITURGIQUE ET PIÉTÉ POPULAIRE
      • Le Triduum pascal
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Le Triduum pascal

140. Chaque année, "durant le très saint Triduum de la crucifixion, de l’ensevelissement et de la résurrection du Christ" ou Triduum pascal, qui se situe entre la Messe de la Cène du Seigneur du soir du Jeudi Saint et les Vêpres du Dimanche de la Résurrection, l’Église célèbre, "uni au Christ, son Époux dans une intime communion" les grands mystères de la Rédemption de l’humanité.

 

LE JEUDI SAINT

La visite au reposoir

141. La piété populaire est particulièrement sensible à l’adoration du Saint-Sacrement, qui suit la célébration de la Messe de la Cène du Seigneur. À la faveur d’un développement historique, dont les diverses phases n’ont pas encore été totalement clarifiées, le lieu du reposoir, où est placé le Saint-Sacrement,a été considéré de plus en plus comme une évocation du "saint-sépulcre"; de fait, les fidèles y venaient en grand nombre pour vénérer le corps de Jésus, qui, après avoir été détaché de la Croix, avait été déposé dans le tombeau, où il devait demeurer durant Quarante heures.

Il est nécessaire d’éclairer les fidèles sur la vraie signification du reposoir: ce geste de déposer le Saint-Sacrement au reposoir, qui doit être accompli avec une austère solennité, est accompli essentiellement dans le but de conserver le Corps du Seigneur en vue de la communion des fidèles, durant l’Action liturgique du Vendredi Saint, ainsi que pour la communion en Viatique des malades; il est aussi une invitation à une adoration silencieuse et prolongée de l’incomparable Sacrement qui a été institué en ce jour.

Il conviendra donc que le lieu du reposoir ne soit pas qualifié de "sépulcre", et il faudra veiller, au moment de sa préparation, à ne pas lui donner l’aspect d’une sépulture: le tabernacle, en particulier, ne doit pas avoir la forme d’un sépulcre ou d’une urne funéraire. Ainsi, le Saint-Sacrement devra être conservé dans un tabernacle fermé, et il ne sera donc jamais exposé dans un ostensoire.

En cette nuit du Jeudi Saint, après minuit, l’adoration se fait sans solennité, puisque le jour de la Passion du Seigneur a déjà commencé.

 

LE VENDREDI SAINT

La procession du Vendredi Saint

142. Le Vendredi Saint, l’Église célèbre la Mort rédemptrice du Christ. Durant la Liturgie de l’après-midi, elle médite donc sur la Passion de son Seigneur, elle intercède pour le salut du monde, elle adore la Croix et elle évoque sa propre origine, en se souvenant qu’elle est issue du Cœur transpercé du Sauveur (cf. Jn 19, 34).

Parmi les manifestations de la piété populaire du Vendredi Saint, outre la Via Crucis, la procession évoquant la "mort du Christ" tient une grande place. Cette dernière représente, avec les accents propres de la piété populaire, le petit groupe des amis et des disciples de Jésus qui, après avoir détaché son corps de la Croix, le portèrent jusqu’au lieu où se trouvait le "sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé" (Lc 23, 53).

L’atmosphère particulière de la procession évoquant la "mort du Christ", qui est caractérisée par l’austérité, le silence et la prière, permet aux nombreux fidèles, qui y participent, de mieux percevoir les diverses significations du mystère de la sépulture de Jésus.

143. Il est nécessaire que de telles manifestations de la piété populaire, tant du point du choix de l’horaire que de la manière de rassembler les fidèles, n’apparaissent pas aux yeux de ces derniers comme des éléments qui viendraient remplacer les célébrations liturgiques du Vendredi Saint.

Dans le projet pastoral du Vendredi Saint, il faudra donc veiller à accorder la première place à la Liturgie solennelle qui doit être célébrée, tout en la mettant particulièrement en valeur; il sera donc nécessaire de montrer aux fidèles qu’aucun pieux exercice ne peut être préféré à cette célébration et se substituer à elle.

Enfin, pour éviter de se trouver en présence de célébrations hybrides, la procession évoquant la "mort du Christ" ne doit pas être insérée dans le cadre solennel de la Liturgie du Vendredi Saint.

La représentation de la Passion du Christ

144. En de nombreux pays, la Semaine Sainte, et surtout le Vendredi Saint, donnent lieu à des représentations de la Passion du Christ. Il s’agit souvent de véritables "représentations sacrées", qu’il est possible de considérer, à bon droit, comme des pieux exercices. De fait, de telles représentations sacrées s’enracinent dans la Liturgie elle-même. Certaines d’entre elles qui, sont nées, pour ainsi dire, dans les sanctuaires monastiques, en suivant un processus de dramatisation progressive, sont parvenues sur les parvis des églises.

En de nombreux endroits, la préparation et l’exécution de la représentation de la Passion du Seigneur est confiée à des confréries, dont les membres assument des obligations particulières de vie chrétienne. Durant les représentations, les acteurs et les spectateurs sont unis dans une même manifestation de foi et de piété authentiques. Il est très souhaitable que les représentations sacrées de la Passion du Seigneur demeurent des manifestations, durant lesquelles s’exprime une piété sincère et gratuite, et qu’elles ne soient donc pas dominées par des éléments folkloriques, qui font moins appel à l’esprit religieux qu’à l’intérêt des touristes.

À l’occasion de ces représentations sacrées, les fidèles doivent être instruits de la différence essentielle qui existe entre, d’une part, la "représentation" qui est une répétition commémorative d’une action passée, et, d’autre part, "l’action liturgique", qui est une anamnèse, c’est-à-dire la présence mystérieuse de l’événement unique de la Passion, durant laquelle s’est accomplie la Rédemption de l’humanité.

De même, il faut rejeter toutes les pratiques pénitentielles consistant à se faire clouer sur une croix.

L’évocation de la Vierge des douleurs

145. À cause de son importance doctrinale et pastorale, il est recommandé de ne pas oublier d’évoquer "la mémoire des douleurs de la Bienheureuse Vierge Marie". La piété populaire, en se référant au récit évangélique, a mis en valeur l’association de la Mère à la Passion rédemptrice du Fils (cf. Jn 19, 25-27; Lc 2, 34 s), et elle a donc suscité différents pieux exercices, parmi lesquels il convient de citer:

- Le Planctus Mariae, exprimé dans des œuvres litteraires et musicales illustres, traduit d’une manière particulièrement intense la douleur ressentie par la Vierge Martie, qui pleure non seulement à cause de la mort de son Fils, innocent et saint, son bien le plus cher, mais aussi à cause de l’égarement de son peuple et du péché de l’humanité.

- L’Heure de la "Desolata", durant laquelle les fidèles, avec des expressions de dévotion intense, "tiennent compagnie" à la Mère du Seigneur, demeurée seule, immergée dans une profonde douleur, après la mort de son Fils unique; en contemplant la Pietà, c’est-à-dire la Vierge serrant son Fils mort sur sa poitrine, ils comprennent qu’en la personne de Marie se concentre la douleur de l’univers due à la mort du Christ. De plus, Marie personnifie aussi toutes les mères qui, tout au long de l’histoire, ont pleuré la mort d’un fils. Ce pieux exercice qui, en certains endroits de l’Amérique latine, est appelé El pésame, ne devra pas se limiter à exprimer des sentiments humains face à la douleur d’une mère, mais, dans la foi en la résurrection, il aidera à mieux comprendre la grandeur de l’amour rédempteur du Christ, auquel sa Mère est associée.

 

LE SAMEDI SAINT

146. "Le Samedi Saint, l’Église demeure auprès du tombeau de son Seigneur, méditant la Passion et la Mort du Christ, ainsi que sa descente aux enfers, et elle attend sa Résurrection dans la prière et le jeûne."

La piété populaire ne doit pas demeurer extérieure au caractère particulier du Samedi Saint; c’est pourquoi les coutumes et les traditions de nature festive qui caractérisaient cette journée, à une époque où la célébration anticipée de la Résurrection était prescrite, doivent être réservées à la nuit et au jour de Pâques.

"L’Heure de la Mère"

147. La tradition enseigne que Marie réunit en quelque sorte en sa personne le corps de l’Église tout entière: elle est la "credentium collectio universa". Ainsi, la Vierge Marie qui se tient près du sépulcre de son Fils, selon les diverses représentations de la tradition ecclésiale, est l’icône de l’Église Vierge, qui veille près du tombeau de son Époux, dans l’attente de la célébration de la Résurrection.

Cette intuition d’une telle relation étroite entre Marie et l’Église provient du pieux exercice appelé "l’Heure de la Mère": tandis que le corps du Fils repose dans le sépulcre et que son âme est descendue aux enfers pour annoncer aux ancêtres dans la foi, qui vivent encore dans l’ombre de la mort, leur libération imminente, la Vierge, anticipant et personnifiant l’Église, attend la victoire de son Fils sur la mort en faisant preuve d’une foi inaltérable.

 

LE DIMANCHE DE PÂQUES

148. Le dimanche de Pâques, qui est la plus grande solennité de l’année liturgique, est marqué lui aussi par un certain nombre de manifestations de la piété populaire: ce sont toutes des expressions cultuelles, qui exaltent la vie nouvelle et la gloire du Christ ressuscité, ainsi que la toute-puissance de Dieu qui jaillit de sa victoire sur le péché et sur la mort.

La rencontre de Jésus Ressuscité avec sa Mère

147. La piété populaire a eu l’intuition de la communion permanente du Fils avec sa Mère, aussi bien dans la douleur et la mort, que dans la joie, à l’heure de la résurrection.

L’affirmation de la Liturgie, selon laquelle Dieu a comblé de joie la Vierge Marie par la résurrection de son Fils, a été traduite et, en quelque sorte, représentée par la piété populaire dans le pieux exercice de la Rencontre de la Mère avec son Fils ressuscité: le matin de Pâques deux processions, la première se formant autour de l’image de la Mère douloureuse, et la seconde autour de celle du Christ ressuscité, vont à la rencontre l’une de l’autre pour signifier que la Vierge fut la première à participer pleinement au mystère de la résurrection de son Fils.

La remarque déjà faite à propos de la procession, qui évoque "la mort du Christ", vaut aussi pour ce pieux exercice: son déroulement ne doit pas revêtir une solennité équivalente, et encore moins supérieure à celle qui caractérise les célébrations liturgiques du dimanche de Pâques, ni donner lieu à des interférences inappropriées entre cette manifestation de la piété populaire et la Liturgie.

La bénédiction de la table familiale

La liturgie pascale est marquée tout entière par la nouveauté: de fait, nouvelle est alors la nature, puisque, dans l’hémisphère nord, la solennité de Pâques coïncide avec le réveil du printemps; nouveaux sont le feu et l’eau; et nouveaux sont les cœurs des chrétiens, renouvelés par le sacrement de Pénitence, et comme cela est de bonne augure, par les sacrements de l’Initiation chrétienne; nouvelle, en quelque sorte, est aussi l’Eucharistie: tous ces éléments et ces signes sensibles évoquent et transmettent la vie nouvelle inaugurée par le Christ dans sa résurrection.

Parmi les pieux exercices qui sont liés à l’événement pascal, il convient de citer la traditionnelle bénédiction des œufs, qui est un symbole de la vie, et la bénédiction de la table familiale; cette dernière est une coutume traditionnelle et quotidienne dans de nombreuses familles chrétiennes, qu’il convient d’encourager; de plus, le jour de Pâques, elle revêt une signification toute particulière: le chef de famille, ou un autre membre de la communauté domestique, bénit le repas de fête en employant l’eau qui a été bénite durant la Vigile pascale, et que les fidèles ont rapportée dans leurs demeures en louant le Seigneur.

Le salut pascal à la Mère du Ressuscité

151. En certains endroits, la fin de la veillée pascale, ou bien celle des deuxièmes Vêpres de Pâques, sont marquées par un pieux exercice d’une courte durée: des fleurs sont présentées pour être bénites, puis elles sont distribuées aux fidèles comme un signe exprimant la joie pascale, enfin l’image de la Vierge douloureuse est vénérée et couronnée, tandis que les participants chantent le Regina caeli. Les fidèles, qui s’étaient associés aux douleurs de la Vierge Marie durant la Passion, manifestent ainsi, en communion avec elle, la joie de la résurrection.

Ce pieux exercice, qui ne doit pas être intercalé dans la Liturgie, reflète les divers aspects du Mystère pascal, et il constitue une preuve supplémentaire de la manière dont la piété populaire perçoit l’association de la Mère à l’œuvre rédemptrice de son Fils.

 




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