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| Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements Directoire sur piété populaire IntraText CT - Lecture du Texte |
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Le temps ordinaire La solennité de la Très Sainte Trinité 157. L’Église célèbre la solennité de la Très Sainte Trinité le dimanche après la Pentecôte. À la fin du Moyen Âge, la dévotion croissante des fidèles à l’égard du mystère de Dieu Un et Trine, qui, depuis l’époque carolingienne, avait occupé une place importante dans le domaine de la piété privée et avait donné naissance à diverses expressions de la piété liturgique, incita Jean XXII à étendre, en 1334, la fête de la Trinité à toute l’Église latine. Cette décision eut à son tour une influence déterminante dans l’apparition et le développement de certains pieux exercices. En ce qui concerne les diverses formes qu’emprunte la piété populaire pour évoquer l’incomparable Trinité, qui est "le mystère central de la foi et de la vie chrétienne", il est sans doute moins important de présenter tel ou tel pieux exercice en particulier, que de souligner à leur propos que toute forme authentique de piété chrétienne doit avoir pour référence incontournable le seul vrai Dieu Un et Trine, c’est-à-dire "le Père tout-puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint". Tel est le mystère de Dieu, qui a été révélé dans le Christ et par le Christ. Telle est sa manifestation dans l’histoire du salut. Celle-ci, en effet, n’est autre que "l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché". Il existe effectivement un grand nombre de pieux exercices qui ont un aspect et une dimension trinitaire. La plus grande partie d’entre eux débutent avec le signe de la croix, accompagné des paroles: "au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit"; or c’est cette même forme qui est employée lors du baptême des disciples de Jésus (cf. Mt 28, 19), au moment où commence pour chacun d’entre eux une vie de communion intime avec Dieu, en tant que fils du Père, frères du Fils incarné et temples de l’Esprit Saint. D’autres pieux exercices, qui adoptent des formes semblables à celles de l’actuelle Liturgie des Heures, s’ouvrent en rendant "Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit". D’autres encore s’achèvent par la bénédiction donnée au nom des trois Personnes divines. Et il existe aussi de nombreux exercices qui, en s’inspirant du schéma typique de la prière liturgique, sont adressés "au Père par le Christ et dans l’Esprit", et présentent donc des formules doxologiques inspirées des textes liturgiques. 158. Le culte représente le dialogue de Dieu avec l’homme par le Christ et dans l’Esprit Saint; une telle affirmation est déjà présente dans la première partie de ce Directoire. Il est donc nécessaire que l’orientation trinitaire soit aussi un élément constant de la piété populaire. Ainsi, il convient d’aider les fidèles à prendre conscience que les pieux exercices en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, des Anges et des Saints ont comme finalité ultime le Père, de qui tout procède et vers qui tout conduit; de même que le Fils, le Verbe incarné, mort et ressuscité, unique médiateur (cf. 1 Tm 2, 5), sans lequel il est impossible d’accéder au Père (cf. Jn 14, 6), et enfin l’Esprit Saint, seule source de grâce et de sanctification. Il est important d’écarter le risque d’entretenir l’idée d’une "divinité" qui fasse abstraction des Personnes Divines. 159. Parmi les pieux exercices qui s’adressent directement à Dieu Un et Trine, il est important de mentionner, en plus de la brève doxologie (Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit) et de la doxologie développée (Gloire à Dieu au plus haut des cieux...), le Trisagion biblique (Saint, Saint, Saint), et liturgique (Dieu Saint, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous), très répandu en Orient et dans certains pays, ordres et congrégations de l’Occident. Le Trisagion liturgique, qui s’inspire d’autres chants composés à partir du Trisagion biblique - comme, par exemple, le Sanctus de la célébration eucharistique, de l’hymne du Te Deum, et des Impropères du rite de l’adoration de la Croix du Vendredi Saint, qui proviennent eux-mêmes de Isaïe 6, 3 et de Apocalypse 4, 8 -, est un pieux exercice durant lequel les participants prient, unis aux puissances angéliques, en glorifiant de façon réitérée le Dieu Saint, Fort et Immortel, avec des expressions de louange tirées de la divine Écriture et de la Liturgie. La solennité du Corps et du Sang du Seigneur (la Fête-Dieu) 160. Le jeudi qui suit la solennité de la Très Sainte Trinité, l’Église célèbre la solennité du Très Saint Corps et Sang du Seigneur. La Fête-Dieu, étendue à toute l’Église par le pape Urbain IV, en 1264, constitua, d’une part, une réponse de la foi et du culte aux doctrines hérétiques concernant le mystère de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et, d’autre part, elle représenta le couronnement d’un mouvement de dévotion ardente envers l’incomparable Sacrement de l’autel. La piété populaire participa donc activement au processus qui aboutit à l’institution de la fête du Corpus Domini; et cette dernière, à son tour, fut la cause et le motif de l’apparition de nouvelles formes de piété eucharistique dans le peuple de Dieu. Pendant des siècles, la célébration du Corpus Domini fut le principal point de convergence de la piété populaire avec l’Eucharistie. Aux XVI et XVII siècles, la foi, ravivée par la nécessité de réagir contre les négations du mouvement protestant, et la culture - c’est-à-dire les arts, la littérature et le folklore - ont toutes deux concouru à rendre les multiples expressions de la piété populaire envers le mystère de l’Eucharistie à la fois particulièrement vivantes et significatives. 161. La dévotion eucharistique, qui est tellement enracinée dans le peuple de Dieu, doit toutefois être éduquée, afin de mettre en évidence ces deux réalités fondamentales: - la Pâque du Seigneur est le point de référence suprême de la piété eucharistique; la Pâque chrétienne, est, de fait, selon l’enseignement des Pères, la fête de l’Eucharistie, tout comme, inversement, l’Eucharistie est avant tout la célébration du mystère pascal, constitué par la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus; - toute forme de dévotion eucharistique a une relation intrinsèque avec le Sacrifice eucharistique, soit parce qu’elle est une préparation à sa célébration, soit parce qu’elle constitue un prolongement des aspects cultuels et existentiels présents dans cette même célébration. Le Rituel Romain déclare à ce propos: "Lorsque les fidèles adorent le Christ présent dans le Sacrement, ils doivent se rappeler que cette présence dérive du sacrifice et tend à la communion sacramentelle en même temps que spirituelle". 162. La procession de la solennité du Corps et du Sang du Christ est en quelque sorte la "forme typique" des processions eucharistiques. Elle constitue, en effet, un prolongement de la célébration de l’Eucharistie: aussitôt après la Messe, l’Hostie, qui a été consacrée pendant la célébration, est portée en procession en dehors de l’église afin que le peuple chrétien "rende un témoignage public de foi et de piété envers le Saint-Sacrement". Les fidèles comprennent et manifestent une grande estime pour les valeurs exprimées dans la procession du Corpus Domini: ils prennent conscience qu’ils font partie de ce "peuple de Dieu", qui chemine avec son Seigneur, et qui proclame sa foi en celui qui est vraiment le "Dieu-avec-nous". Toutefois, il est nécessaire que les normes qui régissent le déroulement des processions eucharistiques soient observées, en particulier celles qui garantissent la dignité et le respect dû au Saint-Sacrement; de même, il est tout aussi nécessaire que les éléments typiques de la piété populaire, comme l’ornementation des rues et des fenêtres, l’hommage floral, les autels où sera déposé le Saint-Sacrement durant les haltes de la procession, les chants et les prières, "visent à ce que tous manifestent leur foi au Christ et ne s’occupent que du Seigneur", en écartant toutes formes de compétition. 163. Les processions eucharistiques se concluent ordinairement avec la bénédiction du Saint-Sacrement. Dans le cas spécifique de la procession du Corpus Domini, la bénédiction constitue la conclusion solennelle de la procession tout entière: la bénédiction habituelle du prêtre est remplacée par la bénédiction du Saint-Sacrement. Il est important que les fidèles comprennent que la bénédiction du Saint-Sacrement n’est pas une forme de piété eucharistique qui se suffirait à elle-même, mais qu’elle constitue la conclusion d’une célébration cultuelle suffisamment prolongée. La norme liturgique interdit donc "l’exposition faite uniquement pour donner la bénédiction". L’adoration du Saint-Sacrement 164. L’adoration du Saint-Sacrement est une expression du culte chrétien envers l’Eucharistie, qui est particulièrement répandue, et que l’Église recommande vivement aux Pasteurs et aux fidèles. Sa forme primitive peut être reliée à l’adoration qui suit la célébration de la Messe in Cena Domini du Jeudi Saint, devant les saintes Espèces déposées au reposoir. Cette adoration constitue une expression très élevée de la relation qui existe entre la célébration du mémorial du sacrifice du Seigneur et sa présence permanente dans les Espèces consacrées. La conservation des saintes Espèces, qui est motivée avant tout par la nécessité de pouvoir en disposer dans le but d’administrer le Viatique aux malades, a fait naître chez les fidèles l’habitude tout à fait louable de se recueillir devant le tabernacle pour adorer le Christ présent dans le Saint-Sacrement. En effet, "la foi en la présence réelle conduit connaturellement à la manifestation extérieure et publique de cette même foi. (...) Aussi, la piété qui pousse les fidèles à se rendre près de la sainte Eucharistie les entraîne-t-elle à participer plus profondément au mystère pascal et à répondre avec reconnaissance au don de Celui qui, par son humanité, ne cesse de répandre la vie divine dans les membres de son Corps. Demeurant près du Christ Seigneur, ils jouissent de l’intimité de sa familiarité et, près de lui, ils lui ouvrent leur cœur pour eux-mêmes et pour tous les leurs, prient pour la paix et le salut du monde. Offrant leur vie entière au Père avec le Christ dans l’Esprit Saint, ils puisent à cet admirable échange une augmentation de leur foi, de leur espérance et de leur charité. Ils nourrissent donc ainsi les vraies dispositions leur permettant, avec la dévotion convenable, de célébrer le Mémorial du Seigneur et de recevoir fréquemment ce Pain qui nous est donné par le Père". 165. L’adoration du Saint-Sacrement, vers laquelle convergent des formes liturgiques et des expressions de la piété populaire, dont il est difficile de déterminer les limites, peut revêtir diverses modalités: - la simple visite du Saint-Sacrement présent dans le tabernacle est une rencontre de courte durée avec le Christ, inspirée par la foi dans sa présence, et caractérisée par la prière silencieuse. - l’adoration du Saint-Sacrement exposé, selon les normes liturgiques, dans l’ostensoir ou la pyxide, pour une durée brève ou prolongée; - l’adoration désignée sous le nom d’Adoration perpétuelle, ainsi que celle dite des Quarante Heures, qui mobilisent une communauté religieuse tout entière, ou une association eucharistique, ou encore une communauté paroissiale, et qui sont des occasions de mettre en valeur de nombreuses expressions de la piété eucharistique. Pendant ces moments d’adoration, il conviendra d’aider les fidèles à recourir à la Sainte Écriture, qui est un livre de prières incomparable, à employer des chants et des prières adaptés, à se familiariser avec quelques éléments simples de la Liturgie des Heures, à suivre le rythme de l’Année liturgique, et à demeurer dans la prière silencieuse. Ils comprendront ainsi progressivement qu’ils ne doivent pas insérer des pratiques de dévotion en l’honneur de la Vierge Marie et des Saints durant l’adoration du Saint-Sacrement. Toutefois, à cause du lien étroit qui unit Marie au Christ, la méditation des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption du Rosaire peut contribuer à donner à la prière une orientation profondément christologique. Le Sacré-Cœur de Jésus-Christ 166. Le vendredi qui suit le deuxième dimanche après la Pentecôte, l’Église célèbre la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. De nombreuses expressions de piété, qui s’ajoutent à la célébration liturgique, s’adressent au Cœur du Christ. Il ne fait aucun doute, en effet, que, parmi les expressions de la piété ecclésiale, la dévotion au Cœur du Sauveur a été et demeure l’une des plus répandues et des plus estimées. L’expression "Cœur de Jésus", entendue dans le sens contenu dans la divine Écriture, désigne le mystère même du Christ, c’est-à-dire la totalité de son être, ou le centre intime et essentiel de sa personne: Fils de Dieu, sagesse incréée; Amour infini, principe du salut et de sanctification pour toute l’humanité. Le "Cœur du Christ" s’identifie au Christ lui-même, Verbe incarné et rédempteur; dans l’Esprit Saint, le Cœur de Jésus est orienté, par nature, avec un amour infini à la fois divin et humain, vers le Père et vers les hommes, ses frères. 167. La dévotion au Cœur du Christ a des fondements solides dans la Sainte Écriture, ainsi que les Pontifes Romains l’ont souvent rappelé. Jésus, qui ne fait qu’un avec le Père (cf. Jn 10, 30), invite ses disciples à vivre en communion intime avec lui, à accueillir sa personne et ses paroles comme des références normatives qui doivent inspirer leurs propres comportements, et il se révèle comme un maître "doux et humble de cœur" (Mt 11, 29). Il est possible d’affirmer que, en un certain sens, la dévotion au Cœur du Christ est l’expression cultuelle de ce regard que, selon la parole prophétique et évangélique, toutes les générations chrétiennes portent vers Celui qui a été transpercé (cf. Jn 19, 37; Za 12, 10), c’est-à-dire vers le Cœur du Christ, transpercé par la lance, d’où jaillirent le sang et l’eau (cf. Jn 19, 34), qui sont les signes de "l’admirable Sacrement de toute l’Église". De même, le texte johannique, qui narre la scène où le Christ montre ses mains et son côté à ses disciples (cf. Jn 20, 20), et celle qui présente la demande, que Thomas adresse au Christ, de pouvoir étendre sa main pour la placer dans son côté (cf. Jn 20, 27), a exercé une influence importante sur l’origine et le développement de la piété envers le Sacré-Cœur de la pert des fidèles de l’Église. 168. Ces textes et d’autres encore, qui présentent le Christ comme l’Agneau pascal, certes immolé, mais aussi victorieux (cf. Ap 5, 6), ont fait l’objet d’une méditation assidue de la part des Saints Pères, qui en dévoilèrent les richesses doctrinales, et qui, dès lors, invitèrent les fidèles à approfondir le mystère du Christ en entrant par la porte ouverte de son Cœur. Ainsi, saint Augustin déclare: "l’entrée est accessible grâce au Christ qui en est la porte. Celle-ci s’est ouverte pour toi aussi, quand son Cœur fut ouvert par la lance. Souviens-toi de ce qui en jaillit, et choisis donc par où tu peux entrer. Du côté du Seigneur qui mourait sur la croix, le sang et l’eau jaillirent, au moment où son Cœur fut ouvert par la lance. L’eau te procure la purification et le sang la rédemption". 169. Le Moyen Âge a été une époque particulièrement féconde pour le développement de la dévotion envers le Sacré-Cœur du Sauveur. Des hommes célèbres pour leur sainteté et leur doctrine, comme saint Bernard († 1153) et saint Bonaventure († 1274), et des mystiques comme sainte Lutgarde († 1246), sainte Mathilde de Magdebourg († 1282), les saintes religieuses Mathilde († 1299) et Gertrude († 1302) du monastère de Helfte, Ludolphe de Saxe († 1378), sainte Catherine de Sienne († 1380) approfondirent le mystère du Cœur du Christ, en qui ils virent un "refuge", auprès duquel il est possible de refaire ses forces, le foyer de la miséricorde, le lieu de la rencontre avec Jésus, le Sauveur, la source de l’amour infini du Seigneur, la fontaine d’où surgit l’eau vive du Saint-Esprit, la vraie terre promise et le véritable paradis. 170. À l’époque moderne, le culte rendu au Cœur du Sauveur connut de nouveaux développements. En un temps marqué par le jansénisme, qui insistait sur les rigueurs de la justice divine, la dévotion au Cœur du Christ constitua une antidote efficace, qui contribua à susciter chez les fidèles l’amour du Seigneur et la confiance dans son infinie miséricorde, dont le Cœur est à la fois le gage et le symbole. Parmi les nombreux saints et saintes qui ont été des apôtres insignes de la dévotion du Sacré-Cœur, il convient de citer: saint François de Sales († 1622), qui adopta comme norme de vie et d’apostolat l’attitude fondamentale, qui est celle du Cœur du Christ, caractérisée par l’humilité, la mansuétude (cf. Mt 11, 29), l’amour tendre et miséricordieux; sainte Marguerite-Marie Alacoque († 1690), à qui le Seigneur dévoila à plusieurs reprises les richesses de son Cœur; saint Jean Eudes († 1680), qui promut le culte liturgique du Sacré-Cœur; saint Claude la Colombière († 1682) et saint Jean Bosco († 1888). 171. Les formes de dévotions au Cœur du Sauveur sont très nombreuses; certaines ont été explicitement approuvées et fréquemment recommandées par le Siège Apostolique. Parmi ces dernières, on peut citer: - la consécration personnelle, qui, selon Pie XI, "parmi toutes les pratiques se référant au culte du Sacré-Cœur, est sans conteste la principale d’entre elles"; - la consécration de la famille, qui permet au foyer familial, tout en étant déjà associé au mystère d’unité et d’amour entre le Christ et l’Église en vertu du sacrement de mariage, de s’offrir sans partage au Seigneur afin qu’il puisse régner dans le cœur de chacun de ses membres; - les Litanies du Cœur de Jésus, approuvées en 1891 pour toute l’Église, dont l’inspiration est éminemment biblique, et qui ont été enrichies par l’octroi d’indulgences. - l’acte de réparation est une prière formulée par le fidèle, qui, en se souvenant de la bonté infinie du Christ, désire implorer sa miséricorde et réparer les nombreuses et diverses offenses qui blessent son Cœur rempli de douceur. - La pratique des neuf premiers vendredis du mois, qui a pour origine la "grande promesse" faite par Jésus à sainte Marguerite-Marie Alacoque. À une époque où la communion sacramentelle des fidèles était très rare, la pratique des neuf premiers vendredis du mois contribua d’une manière significative à la reprise de la pratique plus fréquente des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie. À notre époque, la dévotion des neuf premiers vendredis du mois, si elle est pratiquée d’une manière adéquate sur le plan pastoral, peut encore apporter des fruits spirituels indéniables. Il reste qu’il est nécessaire que les fidèles soient convenablement instruits sur les points suivants: tout d’abord, il convient de ne pas pratiquer cette dévotion avec une confiance qui ressemblerait plutôt à de la vaine crédulité, car, dans l’ordre du salut, une telle attitude a pour effet de supprimer les exigences incontournables, qui dérivent d’une foi vivante, et de détourner l’attention du fidèle de l’obligation de mener une vie conforme à l’Évangile; ensuite, il faut réaffirmer la place absolument prédominante du dimanche, le "jour de fête primordial", qui doit être marqué par la pleine participation des fidèles à la célébration eucharistique. 172. La dévotion à l’égard du Sacré-Cœur constitue, dans l’histoire, une expression majeure de la piété de l’Église envers le Christ Jésus, son Époux et son Seigneur; elle comporte une attitude fondamentale constituée par la conversion et la réparation, l’amour et la gratitude, l’engagement apostolique et la consécration au Christ et à son œuvre de salut. C’est pourquoi le Siège Apostolique et les Évêques la recommandent et en promeuvent le renouveau dans ses expressions linguistiques et iconographiques, dans la prise de conscience de ses racines bibliques et de sa relation avec les principales vérités de la foi, et dans l’affirmation du primat de l’amour envers Dieu et le prochain, en tant que contenu essentiel de la dévotion elle-même. 173. La piété populaire tend à identifier une dévotion avec sa représentation iconographique. Ce phénomène, qui est normal, a sans doute des aspects positifs, mais il peut aussi donner lieu à quelques inconvénients: un modèle iconographique, qui ne correspond plus au goût des fidèles, peut conduire à une dépréciation de l’objet même de la dévotion, indépendamment de son fondement théologique et des éléments qui constituent son contenu historico-salvifique. Ce fait a pu être vérifié dans le domaine de la dévotion à l’égard du Sacré-Cœur: certaines images picturales, parfois mièvres, s’avèrent inadaptées pour exprimer la solidité du contenu théologique de cette dévotion, et elles n’encouragent donc pas les fidèles à s’approcher du mystère du Cœur du Sauveur. À notre époque, la tendance à représenter le Sacré-Cœur au moment de la Crucifixion est bien accueillie, parce que cette image exprime au plus haut degré l’amour du Christ. Le Sacré-Cœur s’identifie au Christ crucifié, dont le côté, ouvert par la lance, laisse jaillir le sang et l’eau (cf. Jn 19, 34). Le Cœur Immaculé de Marie 174. Le lendemain de la solennité du Sacré-Cœur, l’Église célèbre la mémoire du Cœur Immaculé de Marie. La proximité de ces deux célébrations est déjà en elle-même, au niveau liturgique, un signe de leur connexion étroite: le mysterium du Cœur du Sauveur s’imprime et se reflète dans le Cœur de sa Mère, qui est donc associée à ce mystère tout en demeurant dans sa condition de disciple. De même que la solennité du Sacré-Cœur célèbre l’ensemble des mystères du salut accomplis par le Christ, en les synthétisant et en les ramenant à leur source - qui, de fait, est le Cœur -, ainsi la mémoire du Cœur Immaculé de Marie est la célébration complète de l’union du Cœur de la Mère à l’œuvre de salut de son Fils: depuis l’incarnation jusqu’à la mort et à la résurrection, et au don de l’Esprit Saint. La dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’est beaucoup répandue à la suite des apparitions de la Vierge Marie à Fatima, en 1917. À l’occasion de leur 25ème anniversaire, en 1942, Pie XII consacra l’Église et l’humanité au Cœur Immaculé de Marie, et, en 1944, la fête du Cœur Immaculé de Marie fut étendue à toute l’Église. Les expressions de la piété populaire envers le Cœur Immaculé de Marie se calquent sur celles qui s’adressent au Sacré-Cœur du Christ, tout en maintenant la distance infranchissable entre le Fils, vrai Dieu, et la Mère, dans sa condition de créature: il convient de citer, en particulier, la consécration personnelle des fidèles, de même que celle des familles, des communautés religieuses et des nations; la réparation, accomplie au moyen de la prière, la mortification et les œuvres de miséricorde; la pratique des Cinq premiers samedis du mois. Il faut noter que les observations faites à propos des Neuf premiers vendredis s’appliquent à la communion sacramentelle des Cinq premiers samedis consécutifs: il s’agit, en particulier, de la nécessité d’évaluer à sa juste mesure le signe de ces cinq premiers samedis, et de la manière adéquate de s’approcher de la communion dans le contexte de la célébration de l’Eucharistie; ainsi, cette dévotion doit être considérée comme une occasion propice pour vivre intensément, avec une attitude inspirée de celle de la Vierge Marie, le Mystère pascal qui se célèbre dans l’Eucharistie. Le Très Précieux Sang de Jésus-Christ 175. Dans le contexte de la révélation biblique, c’est-à-dire aussi bien dans les figures de l’Ancien Testament que dans la phase d’accomplissement et de perfectionnement apportés par le Nouveau Testament, le sang est intimement lié à la vie et donc, par antithèse, à la mort, avec les thèmes de l’exode et de la Pâque, du sacerdoce et des sacrifices cultuels, de la rédemption et de l’alliance. Les figures vétérotestamentaires relatives au sang et à sa valeur dans l’ordre du salut trouvent leur parfait accomplissement dans le Christ, surtout dans sa Pâque, c’est-à-dire dans sa mort et sa résurrection. Le mystère du sang du Christ se situe donc au cœur même de la foi et du salut. Les principaux passages de la Bible, qui illustrent le mystère du salut exprimé par le sang, sont les suivants: - l’événement de l’incarnation du Verbe (cf. Jn 1, 14), et le rite de l’insertion du nouveau-né Jésus dans le peuple de l’Ancienne Alliance, au moyen de la circoncision (cf. Lc 2, 21); - la figure biblique de l’Agneau, particulièrement riche tant du point de vue du contenu que des diverses implications qu’elle comporte: ainsi, la figure de cet "Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde" (Jn 1, 29. 36), sur laquelle se fixe l’image du "Serviteur souffrant" d’Isaïe 53, qui porte sur lui les souffrances et le péché de l’humanité (cf. Is 53, 4-5); c’est aussi la figure de "l’Agneau pascal" (cf. Ex 12, 1; Jn 12, 36), symbole de la rédemption d’Israël (cf. Ac 8, 31-35; 1 Co 5, 7; 1 P 1, 18-20); - le "calice de la passion", dont parle Jésus, en faisant allusion à l’imminence de sa mort rédemptrice, en particulier lorsqu’il pose la question suivante aux fils de Zébédée: "pouvez-vous boire au calice que je vais boire ?" (Mt 20, 22; cf. Mc 10, 38), et le calice de l’agonie, celui du jardin des oliviers (cf. Lc 22, 42-43), qui est marqué par la sueur de sang (cf. Lc 22, 44); - le calice de l’Eucharistie qui, sous le signe du vin, contient le sang de la nouvelle et éternelle Alliance, versé pour la rémission des péchés, et qui est à la fois le mémorial de la Pâque du Seigneur (cf. 1 Co 11, 25), et la boisson du salut selon les paroles du Maître: "celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour" (Jn 6, 54); - l’événement de la mort du Christ, car par son sang versé sur la croix, Jésus donne la paix au ciel et sur la terre (cf. 1 Col 1, 20); - le coup de lance qui transperce l’Agneau immolé, dont le côté ouvert laisse jaillir le sang et l’eau (cf. Jn 19, 34), signe tangible de l’accomplissement de la Rédemption, et expression de la vie sacramentelle de l’Église - l’eau et le sang s’appliquant respectivement au Baptême et à l’Eucharistie -, symbole aussi de l’Église, née du Cœur transpercé du Christ endormi sur la croix. 176. Le mystère du sang versé par Jésus se relie aux titres christologiques suivants: tout d’abord celui de Rédempteur: le Christ, en effet, nous a rachetés de l’esclavage antique avec son sang innocent et précieux (cf. 1 P 1, 19) et "nous purifie de tout péché" (1 Jn 1, 7); puis celui de souverain Prêtre "des biens à venir", parce que le Christ "entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle" (He 9, 11-12); celui de Témoin fidèle (cf. Ap. 1, 5), vengeur du sang des martyrs (cf, Ap 6, 10) qui "furent immolés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu" (Ap 6, 9); celui de Roi, qui, étant Dieu, "règne par le bois de la croix", orné de la pourpre de son propre sang; enfin, celui d’Époux et d’Agneau de Dieu, dans le sang duquel les membres de la communauté ecclésiale - c’est-à-dire son Épouse - ont lavé leurs vêtements (cf. Ap 7, 14; Ep 5, 25-27). 177. Du fait de l’importance particulière du sang rédempteur, son évocation occupe une place centrale et essentielle dans la célébration du culte: avant tout, au cœur même de l’assemblée eucharistique, où l’Église adresse à Dieu le Père, en action de grâces, le "calice de bénédiction" (1 Co 10, 16; cf. 115-116, 13) et le présente aux fidèles comme le sacrement de la vraie "communion au sang du Christ" (cf. 1 Co 10, 16), puis,tout au long de l’Année liturgique. En effet, l’Église évoque le mystère du Sang du Christ, non seulement au cours de la solennité du Corps et du Sang du Seigneur (le Jeudi qui suit la solennité de la Très Sainte Trinité), mais aussi à l’occasion de nombreuses autres célébrations, si bien que la célébration cultuelle du Sang versé pour notre rachat (cf. 1 P 1, 18) est présente durant toute l’Année liturgique. Ainsi, par exemple, durant le temps de Noël, durant l’office des Vêpres, l’Église, en se tournant vers le Christ, chante: "Nos quoque, qui sancto tuo / redempti sumus sanguine, / ob diem natalis tui/ hymnum novum concinimus". Toutefois, surtout durant le Triduum pascal, la valeur et l’efficacité rédemptrices du Sang du Christ sont des motifs de célébration et d’adoration constantes de la part des fidèles. Le Vendredi Saint, durant l’adoration de la Croix, l’Église chante: "Mite corpus perforatur, sanguis unde profluit; / terra, pontus, astra, mundus quo lavantur flumine !"; et elle chante le jour même de Pâques: "Cuius corpus sanctissimum/ in ara crucis torridum,/ sed et cruorem roseum/ gustando, deo vivimus". Dans certains lieux et Calendriers particuliers, la fête du Très Précieux Sang du Christ est encore célébrée le 1 juillet: elle évoque les différents titres du Rédempteur. 178. La dévotion à l’égard du Sang du Christ, présente dans le culte liturgique, est passée dans la piété populaire, où elle a trouvé un large espace et de nombreuses expressions. Parmi ces dernières, on peut citer: - la Couronne du Précieux Sang du Christ, constituée de lectures bibliques et de prières, permet aux fidèles de méditer sur les "sept effusions du sang" du Christ, qui sont explicitement ou implicitement évoquées dans les Évangiles: le sang versé lors de la circoncision, dans le jardin des oliviers, lors de la flagellation, du couronnement d’épines, de la montée au Calvaire, au moment de la crucifixion, et du coup de lance qui transperça le côté du Christ; - les Litanies du Sang du Christ: le formulaire actuel a été approuvé par le pape Jean XXIII le 24 février 1960; il contient des éléments historiques se rapportant au mystère du salut, et il est émaillé de nombreuses références bibliques; - l’Heure d’adoration du précieux Sang du Christ, qui revêt des formes très variées, tout en poursuivant un but unique: la louange et l’adoration du Sang du Christ présent dans l’Eucharistie, l’action de grâces pour les bienfaits de la Rédemption, la prière d’intercession pour obtenir la miséricorde et le pardon, et l’offrande du précieux Sang pour le bien de l’Église; - La Via Sanguinis: ce pieux exercice, institué récemment, a pour lieu d’origine, pour des raisons d’ordre anthropologique et culturel, l’Afrique, où il est aujourd’hui très répandu dans les communautés chrétiennes. Durant la Via Sanguinis, les fidèles, en se rendant d’un endroit à un autre comme dans la Via Crucis, revivent les différents épisodes de la vie du Seigneur Jésus, durant lesquels ce dernier versa son Sang pour notre rédemption. 179. La dévotion envers le Sang du Seigneur, versé pour notre salut, et la prise de conscience de sa valeur immense, ont favorisé la diffusion de représentations iconographiques, qui ont été bien accueillies par l’Église. Celles-ci sont essentiellement de deux sortes: d’une part, celles qui se réfèrent à la coupe eucharistique contenant le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, et, d’autre part, celles qui montrent le sang rédempteur jaillissant des mains, des pieds et du côté du Christ crucifié. Parfois, le sang inonde abondamment la terre, comme un torrent de grâces qui lave les péchés; parfois, cinq anges, se tenant près de la croix, tendent un calice dans lequel ils recueillent le sang, qui jaillit de chacune des cinq plaies; il arrive que ce même rôle soit rempli par un personnage féminin, qui représente alors l’Église, l’Épouse de l’Agneau. L’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie 180. Durant le Temps ordinaire, la solennité de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie (15 août) se détache en raison de ses multiples significations d’ordre théologique. Cette célébration de la Mère du Seigneur, qui remonte aux premiers siècles de l’Église, rassemble et unit de nombreuses vérités de la foi. En effet, l’Assomption de la Vierge Marie dans le ciel rappelle que: - la Vierge Marie apparaît comme "le fruit le plus excellent de la Rédemption", le témoignage suprême de l’amplitude et de l’efficacité de l’œuvre de salut opérée par le Christ (signification sotériologique); - l’Assomption constitue le gage de la participation future de tous les membres du Corps mystique à la gloire pascale du Ressuscité (aspect christologique); - l’Assomption est pour tous les hommes "la confirmation consolante que se réalisera l’espérance finale: cette glorification totale est en effet le destin de tous ceux que le Christ a fait frères, ayant avec eux "en commun le sang et la chair" (He 2, 14; cf. Ga 4, 4)" (aspect anthropologique); - la Vierge Marie est l’icône eschatologique de tout ce que l’Église "désire et espère être tout entière" (aspect ecclésiologique); - Elle est enfin la preuve vivante de la fidélité du Seigneur à sa promesse: en effet, celui-ci a préparé à son humble Servante une récompense magnifique en réponse à son adhésion fidèle au projet divin, c’est-à-dire une destinée de plénitude et de bonheur éternel, de glorification de son âme immaculée et de son corps virginal, et de parfaite configuration à son Fils ressuscité (aspect mariologique). 181. La piété populaire est très sensible à la fête mariale du 15 août. De fait, en de nombreux endroits, elle est considérée comme la fête par antonomase de la Vierge, car elle est connue sous le nom de "jour de sainte Marie", ou comme l’Immaculée pour l’Espagne ou pour l’Amérique latine. Dans les pays de culture germanique, la coutume s’est répandue de bénir des herbes aromatiques, le 15 août. Cette bénédiction, qui fut accueillie à une certaine époque dans le Rituale Romanum, constitue un exemple incontestable d’une évangélisation adéquate des rites et des croyances pré-chrétiennes: pour obtenir ce que les païens désiraient en recourant aux rites magiques, en particulier atténuer les dommages dus aux plantes nuisibles et accroître l’efficacité des herbes curatives, il est indispensable de se tourner vers Dieu, puisque, c’est par sa Parole que "la terre produisit l’herbe, les plantes qui portent leurs semences [...] et les arbres qui donnent, selon leur espèce, le fruit qui porte sa semence" (Gn 1, 12). De même, il est possible de rattacher, pour une part, à cette même démarche d’inculturation, l’usage antique d’attribuer à la Sainte Vierge, en s’inspirant de la Sainte Écriture, des symboles et des titres empruntés au monde végétal, comme ceux de la vigne, de l’épi, du cèdre et du lys, et de voir en elle une fleur odoriférante pour ses vertus et plus encore le "rameau sorti de la souche de Jessé" (Is 11, 1), qui a généré le fruit béni, Jésus. La Semaine de prières pour l’unité des chrétiens 182. En se conformant à la prière suivante de Jésus: "Que tous ils soient un, comme toi, Père tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé" (Jn 17, 21), l’Église invoque, à chaque Eucharistie, le don de l’unité et de la paix. De plus, dans la partie concernant les Messes célébrées à des intentions et pour des circonstances diverses, le même Missel Romain contient trois formulaires de Messes "pour l’unité des chrétiens". Cette intention particulière est aussi présente dans les intercessions de la Liturgie des Heures. Afin de respecter les diverses sensibilités de "nos frères séparés", les expressions de la piété populaire doivent elles aussi tenir compte des exigences de l’œcuménisme. En effet, "la conversion des cœurs et la sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout l’œcuménisme et peuvent à bon droit être appelées œcuménisme spirituel". Ainsi, un autre moment privilégié de rencontre entre les catholiques et les chrétiens appartenant à d’autres Églises ou Communautés ecclésiales, peut être constitué par la prière commune des chrétiens, afin d’obtenir la grâce de l’unité, pour présenter à Dieu les nécessités et les préoccupations communes, ou bien encore pour rendre grâces à Dieu et implorer son aide. "La prière commune est particulièrement recommandée pendant la "Semaine de prières pour l’unité des chrétiens", ou pendant la période qui s’écoule entre l’Ascension et la Pentecôte". La prière pour l’unité des chrétiens est aussi enrichie par des indulgences.
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