| Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText |
| Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements Directoire sur piété populaire IntraText CT - Lecture du Texte |
|
|
|
|
Le culte des Saints et des Bienheureux 226. Les rapports mutuels entre la Liturgie et la piété populaire, et leur influence réciproque, sont particulièrement importants dans le domaine spécifique du culte des Saints et des Bienheureux. Il paraît opportun de rappeler brièvement les principales formes de vénération prévues dans la Liturgie de l’Église: ces diverses dispositions sont destinées à éclairer et à guider les expressions de la piété populaire. La célébration des Saints 227. La célébration d’une fête en l’honneur d’un Saint - et cela vaut aussi à leur propre niveau pour les Bienheureux - est sans aucun doute une expression éminente du culte de la communauté ecclésiale: elle inclut très souvent la célébration de l’Eucharistie. La détermination du "jour de fête" du Saint est une décision très importante sur le plan cultuel, mais elle est souvent complexe, parce qu’elle dépend de nombreux facteurs d’ordre historique, liturgique et culturel, qui ne sont pas faciles à harmoniser. Dans l’Église de Rome et dans d’autres Églises locales, la célébration la plus ancienne fut celle de la mémoire des martyrs, le jour anniversaire de leur passion, qui marquait à la fois leur suprême identification au Christ et leur naissance au ciel; elle fut suivie par la célébration du conditor Ecclesiae, c’est-à-dire les évêques qui avaient dirigé ces Églises et les autres confesseurs de la foi, ainsi que de la commémoration annuelle de la dédicace de l’église cathédrale. La multiplication de ces diverses célébrations rendirent nécessaire la constitution progressive des calendriers liturgiques locaux, où furent mentionnés la date et le lieu de la mort de chacun des Saints ou groupe de Saints. Ces calendriers particuliers permirent d’élaborer des calendriers généraux, dont les plus célèbres sont le Martyrologe syriaque (V siècle), le Martyrologium Hieronimianum (VI siècle), celui de saint Bède (VIII siècle), de Lyon (IX siècle), de Usardo (IX siècle) et d’Adone (IX siècle). Le 14 janvier 1584, Grégoire XIII promulgua l’édition typique du Martyrologium Romanum, destiné à l’usage liturgique. Jean-Paul II a promulgué la première édition typique du Martyrologe Romain, qui a été révisé à la suite du Concile Vatican II; tout en se référant à la tradition romaine et en incorporant les données des différents martyrologes anciens les plus importants, cette édition typique rassemble les noms de très nombreux Saints et Bienheureux, et il constitue un témoignage extrêmement riche des multiples formes de sainteté que l’Esprit du Seigneur suscite dans l’Église à toutes les époques et en tous lieux. 228. Le Calendrier Romain est intimement lié à l’histoire du Martyrologe; il a pour objet de mentionner le jour et le degré des célébrations en l’honneur des Saints. Conformément à la disposition du Concile Vatican II, le Calendrier Romain Général comprend seulement les mémoires des "saints qui présentent véritablement une importance universelle", en laissant aux calendriers particuliers, qu’ils soient nationaux, régionaux, diocésains ou des familles religieuses, le soin d’indiquer les mémoires des autres Saints. Il est opportun de rappeler la raison pour laquelle le nombre des célébrations des Saints a été réduit, ainsi que la nécessité d’en tenir compte sur le plan pastoral: cette décision a été prise pour que "les fêtes des saints ne l’emportent pas sur les fêtes qui célèbrent les mystères du salut eux-mêmes". Au cours des siècles, en effet, "la multiplication des fêtes, des vigiles et des octaves, ainsi que la complication progressive des diverses parties de l’année liturgique" avaient "souvent poussé les fidèles aux dévotions particulières, de telle sorte que leurs esprits ont été quelque peu détournés des mystères fondamentaux de notre rédemption". 229. À partir de la réflexion sur les faits qui ont marqué l’origine, le développement et les différentes révisions du Calendrier Romain Général, il est possible de présenter les quelques orientations pastorales suivantes: - il est nécessaire d’instruire les fidèles sur le lien existant entre les fêtes des Saints et la célébration du mystère du Christ. En effet, la raison d’être des fêtes des Saints est de mettre en lumière les réalisations concrètes du dessein de salut de Dieu, et de "proclamer les merveilles du Christ chez ses serviteurs"; les fêtes des membres de l’Église, que sont les Saints, sont en réalité aussi des fêtes de la Tête de cette même Église, c’est-à-dire des fêtes du Christ; - il convient d’habituer les fidèles à discerner la valeur et la signification véritable des fêtes de ces Saints et de ces Saintes, dont la mission particulière a marqué l’histoire du salut, et qui ont vécu dans une relation étroite avec le Seigneur Jésus: on peut citer, en particulier, saint Jean Baptiste (24 juin), saint Joseph (19 mars), les saints Pierre et Paul (29 juin), les autres Apôtres et saint Évangélistes, sainte Marie Madeleine (22 juillet) et sainte Marthe de Béthanie (29 juillet), enfin saint Étienne (26 décembre); - il convient d’encourager les fidèles à célébrer en priorité les Saints qui, dans l’Église particulière, sont considérés comme les plus importants: par exemple, les Patrons ou ceux qui, les premiers, ont annoncé la Bonne Nouvelle à la communauté des origines; - enfin, il est utile d’enseigner aux fidèles le critère d’ "universalité", qui caractérise les Saints inscrits dans le Calendrier Général, ainsi que le sens du degré de leur célébration liturgique: solennité, fête et mémoire (obligatoire ou facultative). Le jour de la fête 230. Le jour de la fête du saint revêt une grande importance tant du point de vue de la Liturgie que de la piété populaire. Dans un laps de temps très bref, de nombreuses expressions cultuelles de nature liturgique ou populaire concourent à donner une physionomie propre à ce "jour du Saint", ce qui ne va pas sans poser des difficultés, voire des risques de conflits. Les divergences éventuelles doivent être résolues à la lumière des normes du Missel Romain et du Calendrier Romain Général concernant les degrés de célébrations des Saints et des Bienheureux, qui sont fixées en fonction de leur relation avec la communauté chrétienne (Patron principal du lieu, Titulaire de l’Église, Fondateur ou Patron principal d’une famille religieuse). Il faut aussi tenir compte du transfert éventuel de la fête du Saint au dimanche suivant, et des dispositions concernant la célébration des fêtes des Saints durant certains temps particuliers de l’Année liturgique. Ces normes doivent être observées, non seulement à cause de l’obéissance due à l’autorité liturgique du Saint-Siège, mais aussi et surtout pour les raisons qui justifient l’existence même de ces dispositions: le respect envers le mystère du Christ et la cohérence avec l’esprit de la Liturgie. En particulier, il est nécessaire d’éviter que les raisons qui ont justifié le déplacement de dates de certaines fêtes de Saints ou de Bienheureux - par exemple, du Carême au Temps ordinaire - ne soient pas suivies d’effet dans la pratique pastorale: ainsi, le fait de célébrer la fête liturgique d’un Saint en se conformant à la nouvelle date, tout en continuant de la célébrer à l’ancienne date dans le cadre de la piété populaire, a pour conséquence de rompre gravement l’harmonie entre la Liturgie et la piété populaire, et, surtout, elle donne lieu à une répétition inutile de la même célébration, tout en générant chez les fidèles la confusion et le désarroi. 231. Il est nécessaire que la fête du Saint soit préparée, puis célébrée avec beaucoup de soin, tant du point de vue liturgique que pastoral. Cette exigence comporte avant tout une présentation adéquate de la finalité pastorale du culte des Saints, qui est totalement destiné à célébrer la gloire de Dieu, "admirable dans ses Saints", et aussi à encourager les fidèles à conformer leur vie à l’enseignement et à l’exemple du Christ, en imitant les Saints, qui sont les membres éminents de son Corps mystique. De plus, il est nécessaire que la figure du Saint soit présentée d’une manière appropriée. De fait, en se plaçant dans la perspective de la conception très juste qui prévaut à notre époque, il convient qu’une telle présentation ne se base pas tant sur des faits légendaires, qui entourent parfois la vie du Saint, ni sur ses qualités de thaumaturge, que sur la valeur de sa personnalité chrétienne, la grandeur de sa sainteté et l’efficacité de son témoignage évangélique, ainsi que sur le charisme personnel grâce auquel il a enrichi la vie de l’Église. 232. Le "jour du Saint" a aussi une grande valeur anthropologique: c’est un jour de fête. Et il est notoire que la fête répond à une nécessité vitale de l’homme, et qu’elle se fonde ultimement sur son aspiration à la transcendance. Par ses manifestations empreintes de joie et de gaieté, la fête affirme la valeur de la vie et de la création. En rompant avec la monotonie de la vie quotidienne et avec certaines formes de vie trop conventionnelles, en libérant aussi momentanément les fidèles de leur asservissement à l’égard de trop nombreuses contraintes matérielles, la fête exprime à la fois la recherche d’une liberté sans entraves, l’aspiration à un bonheur parfait et l’exaltation de la pure gratuité. Sur le plan culturel, la fête met en évidence le génie particulier d’un peuple, c’est-à-dire les valeurs qui le caractérisent et le distinguent des autres peuples, et les expressions les plus réussies de sa propre culture, y compris de son folklore. La fête est aussi un moyen de socialisation qui permet d’étendre le cercle de ses amis, et d’ouvrir ses relations de voisinage à de nouveaux membres de la communauté. 233. Divers facteurs menacent la qualité de la "fête du Saint" tant du point de vue religieux qu’anthropologique: Du point de vue religieux, il peut arriver que la "fête du Saint", appelée "fête patronale" dans le cadre de la paroisse, soit progressivement vidée du contenu spécifiquement chrétien qui était le sien à l’origine - et qui consistait à honorer le Christ dans l’un de ses membres -, et qu’elle devienne surtout une manifestation sociale ou folklorique, et, dans le meilleur des cas, une occasion privilégiée de rencontre et de dialogue entre les membres d’une même communauté. Du point de vue anthropologique, il convient de noter qu’il n’est pas rare que des groupes ou des personnes, en croyant "faire la fête", se détachent en réalité du véritable sens de cette expression en raison de leurs comportements. En effet, la fête est la participation de l’homme à la domination de Dieu sur la création et à son "repos" actif, qui est toute autre chose qu’une oisiveté stérile; elle est aussi la manifestation d’une joie simple et communicative, et non la la soif démesurée d’un plaisir égoïste; enfin, elle est l’expression d’une vraie liberté, et non la recherche de formes de divertissement ambiguës, qui génèrent elles-mêmes sournoisement de nouvelles formes d’esclavage. On peut donc affirmer avec certitude que la transgression des normes éthiques, non seulement contredit la loi du Seigneur, mais encore constitue une blessure à la signification anthropologique de la fête. Au cours de la célébration de l’Eucharistie 234. Le jour de la fête d’un Saint ou d’un Bienheureux n’est pas l’unique forme de présence de ces derniers dans le cadre de la Liturgie. De fait, la célébration de l’Eucharistie constitue un moment privilégié de communion avec les Saints du ciel. Dans le cadre de la Liturgie de la Parole, les lectures de l’Ancien Testament présentent souvent les figures des grands patriarches, des prophètes et d’autres personnes réputées pour leur vertu et pour leur attachement à la Loi du Seigneur. De leur côté, les lectures du Nouveau Testament évoquent souvent les Apôtres et les autres Saints et Saintes qui vécurent dans une relation de proximité et d’amitié avec le Seigneur. En outre, les vies de certains Saints constituent des illustrations tellement lumineuses des pages de l’Évangile, qu’il suffit de proclamer ces quelques passages pour évoquer leurs figures. Les rapports constants entre la Sainte Écriture et l’hagiographie chrétienne ont donné lieu, dans le contexte de la célébration eucharistique, à la formation d’un ensemble de Communs, dans lesquels sont proposés des passages de la Bible qui illustrent les divers aspects de la vie des Saints. À propos de la relation étroite entre la Sainte Écriture et la vie des Saints, on peut observer encore que la Sainte Écriture oriente et jalonne le chemin des Saints vers la plénitude de la charité, et qu’ils sont donc, chacun pour leur part, des commentateurs vivants de la Parole de Dieu. Les Saints sont mentionnés à divers moments de la Liturgie eucharistique. Durant l’offrande du Sacrifice, il est fait mémoire des "présents d’Abel le Juste, du sacrifice de notre père dans la foi, Abraham, et de l’oblation pure et sainte que t’offrit Melchisédech, ton grand prêtre". De fait, la Prière eucharistique constitue un moment privilégié et unique pour exprimer notre communion avec les Saints; elle permet, en effet, de vénérer leur mémoire et de solliciter leur intercession, puisque "dans la communion de toute l’Église, nous voulons nommer et honorer en premier lieu la bienheureuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus Christ, saint Joseph, son époux, les saints Apôtres et martyrs: Pierre et Paul, André [...] et tous les saints; accorde-nous, par leur prière et leurs mérites, d’être toujours et partout, forts de ton secours et de ta protection". Dans les Litanies des Saints 235. Au cours de certaines grandes célébrations des sacrements, et à d’autres moments où la prière de l’Église se fait plus instante, celle-ci invoque les Saints par le chant simple et populaire des Litanies des Saints, dont l’existence est attestée depuis le début du VII siècle. La prière des Litanies est prévue, en particulier, lors de la Vigile pascale, avant la bénédiction de l’eau baptismale, et aussi au cours de la célébration du baptême et des ordinations à l’ordre sacré de l’épiscopat, du presbytérat et du diaconat, de même que dans le rite de la consécration des vierges et de la profession religieuse, dans le rite de la dédicace d’une église et d’un autel, au cours des rogations, durant les messes comportant des stations et durant les processions pénitentielles, pour ordonner au Malin de s’éloigner dans le cadre des exorcismes, et enfin pour recommander les agonisants à la miséricorde de Dieu. Les Litanies des Saints, qui contiennent des éléments provenant à la fois de la tradition liturgique et de la piété populaire, illustrent la confiance de l’Église dans l’intercession des Saints, et elles mettent en valeur son expérience de la communion qui unit l’Église de la Jérusalem céleste et l’Église qui est encore en pèlerinage sur la terre. Il est permis d’invoquer, dans les Litanies des Saints, les noms de ceux qui sont inscrits dans les Calendriers liturgiques des diocèses et des Instituts religieux. Il est évident qu’il est interdit d’insérer dans les Litanies les noms de personnes, dont le culte n’est pas reconnu. Les reliques des Saints 236. Le Concile Vatican II rappelle que "selon la Tradition, les saints sont l’objet d’un culte dans l’Église, et l’on y vénère leurs reliques authentiques et leurs images". L’expression "reliques des Saints" indique surtout les corps - ou des éléments significatifs de ces corps - de tous ceux qui, par la sainteté héroïque de leur vie, se révélèrent sur cette terre des membres éminents du Corps mystique du Christ et des temples vivants de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 3, 16; 6, 19; 2 Co 6, 16). De plus, les objets qui ont appartenu aux Saints sont aussi considérés comme des reliques: il s’agit des objets personnels, des vêtements, des lettres, et des objets qui ont été mis en contact avec leurs corps ou leurs tombeaux (huiles, morceaux d’étoffe (brandea)), et aussi des objets qui ont touché les images vénérées du Saint. 237. Le Missel Romain renové recommande de "garder l’usage de déposer sous l’autel à consacrer des reliques de saints, même non martyrs". Cette place des reliques, par rapport à l’autel, indique donc que le sacrifice des membres de l’Église a pour origine et prend tout son sens, à partir de l’unique sacrifice de la Tête de cette même Église; de plus, les reliques expriment symboliquement la communion de toute l’Église à l’unique sacrifice du Christ, et donc la mission qui est confiée à cette Église de témoigner, même au prix du sang, de sa fidélité à son Époux et Seigneur. Cette expression éminemment liturgique du culte des reliques n’est pas la seule; en effet, la piété populaire en comprend bien d’autres. Il est vrai néanmoins que les fidèles aiment vénérer les reliques. Il est donc nécessaire de mettre en place une pastorale, qui soit capable de promouvoir le véritable sens du culte des reliques; il s’agit, en effet: - de s’assurer de leur authenticité; lorsqu’un doute subsiste, il convient de soustraire les reliques à la vénération des fidèles, en agissant avec la prudence pastorale requise dans ce genre de situation. - d’empêcher la division excessive des reliques, qui ne respecte pas la dignité du corps humain; les normes liturgiques prévoient, en effet, que les reliques doivent être "assez grandes pour qu’on puisse comprendre qu’elles sont les restes de corps humains"; - d’exhorter les fidèles de ne pas se laisser gagner par la manie de collectionner des reliques; il est arrivé que, dans le passé, on ait à déplorer les conséquences déplorables de ce genre d’habitudes. - de veiller au bon usage des reliques, afin d’éviter tout risque de fraudes, toute forme de trafic, et toute autre avilissement du culte en superstition. Les différent actes de la dévotion populaire envers les reliques des Saints doivent être accomplis avec une grande dignité, et dans un climat de foi authentique. Parmi les principales expressions de la piété populaire, on peut citer le fait d’embrasser les reliques, de les illuminer et de les orner de fleurs, de les employer pour bénir ou de les porter en procession, et aussi de les apporter aux malades pour les réconforter et mettre ainsi en valeur leur demande de guérison. Il faut éviter dans les tous les cas d’exposer des reliques sur la table de l’autel, car celle-ci est réservée au Corps et au Sang du roi des martyrs. Les saintes images 238. Le Concile de Nicée II a défendu avec vigueur la vénération envers les saintes images en déclarant: "conformément à la doctrine divinement inspirée de nos Saints Pères et à la tradition de l’Église catholique... nous définissons avec certitude que comme les représentations de la Croix précieuse et vivifiante, aussi les vénérables et saintes images, qu’elles soient peintes, en mosaïque ou de quelque autre matière appropriée, doivent être placées dans les saintes églises de Dieu, sur les saints ustensiles et les vêtements, sur les murs et les tableaux, dans les maisons et les chemins, aussi bien l’image de Dieu notre Seigneur et sauveur Jésus-Christ que celle de notre Dame immaculée, la sainte Mère de Dieu, des saints anges, de tous les saints et des justes". Les Saints Pères reconnaissaient dans le mystère du Christ, le Verbe incarné, "l’image du Dieu invisible" (col 1, 15) et aussi le fondement du culte adressé aux saintes images: "l’incarnation du Fils de Dieu a inauguré une nouvelle "économie" des images". 239. La vénération des images, qu’elles soient peintes, ou réalisées sous la forme de statues, de bas-reliefs ou d’autres représentations, est importante aussi bien dans le cadre de la Liturgie que dans le domaine de la piété populaire: les fidèles prient devant elles, tant dans les églises que dans leurs propres maisons. Ils les ornent de fleurs, de lumières et de pierres précieuses; ils emploient des formes diverses pour leur rendre un hommage religieux, ils les portent en procession, ils accrochent auprès d’elles des ex-voto en signe de reconnaissance; ils les déposent dans des cavités ou des petits monuments érigés dans les champs ou le long des routes. Toutefois, afin d’éviter certaines déviations, la vénération des images doit être fondée sur une conception théologique appropriée. Il est donc nécessaire que les fidèles connaissent la doctrine de l’Église concernant le culte des saintes images, qui est contenue dans les décrets des conciles œcuméniques et dans le Catéchisme de l’Église Catholique. 240. Selon l’enseignement de l’Église, les images sacrées sont: - la traduction iconographique du message évangélique, dans la mesure où l’image et la parole révélée s’éclairent mutuellement; la tradition ecclésiale exige, en effet, que la sainte image "s’accorde avec la lettre du message évangélique"; - des signes saints, qui, comme tous les signes liturgiques, ont comme référence ultime le Christ; de fait, les images des Saints "renvoient à la figure du Christ qui est glorifié en eux"; - une évocation de nos Frères les Saints, "qui continuent à participer à l’histoire du salut du monde et auxquels nous sommes unis, spécialement dans la célébration des sacrements"; - une aide pour la prière: la contemplation des saintes images facilite la supplication et stimule la prière de reconnaissance pour les grâces insignes que Dieu a accomplies dans la vie des Saints; - une exhortation à imiter les Saints, car "plus les yeux se posent sur ces images, plus le souvenir et le désir d’imiter ceux qui y sont représentés sont vifs et augmentent chez celui qui les contemple"; le fidèle est appelé à imprimer dans son cœur ce qu’il contemple avec les yeux: le Saint est une "vraie image de l’homme nouveau", transformé dans le Christ par l’action de l’Esprit Saint, qui est demeuré fidèle à sa propre vocation; - une forme de catéchèse: "le peuple est instruit et confirmé dans la foi à travers l’histoire des mystères de notre Rédemption, qui sont exprimés au moyen des images peintes ou d’autres formes de représentation, et il dispose ainsi des moyens qui lui permettent de se rappeler et de méditer assidument les articles de la foi". 241. Il est nécessaire avant tout d’enseigner aux fidèles le caractère relatif du culte chrétien des images. En effet, les images ne sont pas vénérées pour elles-mêmes, mais pour ceux qu’elles représentent. C’est pourquoi "on doit leur rendre l’honneur et la vénération qui leur sont dus, non qu’on croie qu’il y a en elles du divin ou quelque vertu qui justifieraient leur culte, ou qu’on doive leur demander quelque chose, ou qu’on doive mettre fermement sa confiance dans les images, comme il arrivait autrefois aux païens qui mettaient leur espérance dans les idoles, mais parce que l’honneur qu’on leur rend remonte aux modèles originaux qu’elles représentent". 242. À la lumière de ces enseignements, les fidèles doivent éviter de commettre l’erreur d’établir des comparaisons entre les saintes images. Le fait que certaines images soient l’objet d’une vénération particulière, jusqu’à devenir le symbole de l’identité religieuse et culturelle d’un peuple, d’une ville ou d’un groupe, doit être expliqué à la lumière de la grâce particulière qui est à l’origine du culte rendu à ces images, et à partir des événements historiques et des éléments culturels qui ont concouru à les établir dans cette fonction de représentation: il est compréhensible que le peuple veuille commémorer fréquemment un événement de ce genre; une telle célébration renforce sa foi, glorifie Dieu, sauvegarde sa propre identité culturelle, et lui permet d’adresser avec confiance des prières incessantes, que le Seigneur, selon sa parole (cf. Mt 7, 7; Lc 11, 9; Mc 11, 24) est prompt à exaucer; ainsi, par ce moyen, l’amour de Dieu et du prochain augmente, l’espérance se dilate et la vie spirituelle du peuple chrétien ne cesse de croître. 243. Les saintes images sont, par nature, autant des signes sacrés que des œuvres d’art. De fait, "surtout quand elles sont remarquables de beauté artistique et de noblesse religieuse, elles sont comme un écho de cette beauté qui vient de Dieu et conduit à Dieu". Toutefois, l’image sacrée n’a pas d’abord pour fonction de procurer une satisfaction esthétique, mais d’introduire au Mystère. Lorsque l’aspect esthétique prend le dessus, ce qui arrive parfois, l’image est considérée plus comme un "thème" artistique que comme un moyen de transmettre un message spirituel. En Occident, la production iconographique, dont les thèmes sont très variés, n’est pas soumise, à la différence de l’Orient, à des normes strictes contenues dans des canons vénérables, qui sont en vigueur depuis des siècles. Cela ne signifie pas pour autant que l’Église latine ait négligé d’exercer une certaine vigilance sur la production iconographique: ainsi, elle a interdit à de nombreuses reprises d’exposer dans les églises des images, qui seraient contraires à la foi, de même que celles qui ne seraient pas dignes ou qui pourraient induire les fidèles en erreur, ou encore qui seraient l’expression d’une abstraction désincarnée ou déshumanisante; de fait, certaines images sont plus le reflet d’un humanisme clos sur lui-même que les exemples d’une spiritualité authentique. Il faut réprouver aussi la tendance qui consiste à retirer systématiquement les images des lieux sacrés, ce qui a pour effet de nuire gravement à la piété des fidèles. La piété populaire est attachée aux saintes images, en qui les fidèles reconnaissent des éléments de leur propre culture: ils sont donc sensibles aux représentations réalistes, aux personnages, qu’ils peuvent facilement identifier, et aux évocations des différents aspects de la vie de l’homme: la naissance, la souffrance, le mariage, le travail et la mort. Il convient, toutefois, d’éviter que l’art religieux populaire ne dégénère en des représentations superficielles ou mièvres, qui seraient privés de contenu véritable: c’est pourquoi les œuvres d’art destinées à l’usage liturgique ne doivent pas s’affranchir des règles de l’iconographie, et elles sont appelées à former un art chrétien véritable, dont les expressions diffèrent en fonction des époques et des divers courants culturels. 244. L’usage cultuel des images des Saints incite l’Église à les bénir, surtout celles qui sont destinées à la vénération publique des fidèles. l’Église demande donc que, en suivant l’exemple des Saints, "nous imitions leur exemple pour suivre le Seigneur et parvenir à la plénitude de l’homme parfait, qu’est le Christ". De même, l’Église a promulgué des normes concernant l’accueil et la disposition des images dans les édifices du culte; celles-ci doivent être strictement suivies. Ainsi, il est interdit de poser sur l’autel des statues et des images de Saints, ainsi que des reliques pour les proposer à la vénération des fidèles. L’Ordinaire a le devoir de veiller à ce que ne soient pas vénérées des images indignes, ou qui induiraient les fidèles en erreur, ou encore qui les inciteraient à s’adonner à des pratiques superstitieuses. Les processions 245. Les relations entre la Liturgie et la piété populaire sont particulièrement importantes dans le domaine des processions; cette forme de culte, répandue dans le monde entier, a une valeur à la fois religieuse et sociale extrêmement riche et variée. En s’inspirant des modèles contenus dans la Sainte Écriture (cf. Esd. 14, 8-31; 2 S 6, 12-19; 1 Co 15, 25-16, 3), l’Église a institué un certain nombre de processions liturgiques, qui appartiennent à des catégories différentes: - certaines processions ont pour but d’évoquer des événements du salut qui concernent le Christ lui-même: ainsi, la procession du 2 février qui commémore la présentation du Seigneur au Temple (cf. Lc 2, 22-38), celle du Dimanche des Rameaux, qui évoque l’entrée messianique de Jésus dans la ville de Jérusalem (cf. Mt 21, 1-10; Mc 11, 1-11; Lc 19, 28-38; Jn 12, 12-16). Il convient aussi de mentionner la procession de la Vigile pascale, qui fait mémoire du "passage", accompli par le Christ, des ténèbres du tombeau à la gloire de la Résurrection; cette procession constitue aussi une synthèse et un accomplissement de tous les exodes de l’ancien Israël, et elle est le prélude des différents "passages" que le disciple du Christ est appelé à effectuer dans la célébration des divers sacrements, surtout dans le rite du baptême, de même que dans la célébration des obsèques; - d’autres processions correspondent à une dévotion particulière: il s’agit, en particulier, de la procession de la solennité du Corps et du Sang du Seigneur: les fidèles expriment leur action de grâces envers le Saint-Sacrement, qui traverse la cité des hommes, et ils proclament leur foi en l’adorant; le Saint-Sacrement, porté en procession, est aussi une source de bénédictions et de nombreuses grâces (cf. Ac 10, 38). On peut citer aussi la procession des rogations, dont la date est fixée actuellement dans chaque pays par la Conférence des Évêques: elle a pour objet de demander publiquement la bénédiction de Dieu sur les champs et sur le travail de l’homme, et elle a aussi un caractère pénitentiel. Enfin, il convient de mentionner la procession au cimetière du 2 novembre, le jour de la Commémoration de tous les fidèles défunts; - diverses autres processions sont encore prévues dans le cadre de certaines célébrations liturgiques: ainsi, les processions des stations de Carême, durant lesquelles la communauté se rend du lieu fixé pour la collecta à l’église de la statio; la procession organisée pour recevoir, dans l’église paroissiale, le saint chrême et les autres saintes huiles, qui ont été bénits durant la Messe chrismale du Jeudi Saint; la procession de l’adoration de la Croix, prévue dans la célébration liturgique du Vendredi Saint; la procession qui a lieu durant les Vêpres du jour de Pâques, pendant laquelle "en chantant des psaumes, on va en procession aux fonts baptismaux"; les "processions" qui sont prévues à certains moments de la célébration eucharistique: à l’entrée du célébrant et des ministres, au moment de la proclamation de l’Évangile, lors de la présentation des dons, au moment de la communion au Corps et au Sang du Seigneur; la procession organisée pour porter le Viatique aux malades, dans les endroits où elle est encore en vigueur; le cortège funèbre qui accompagne le corps du défunt de sa maison à l’église, et de l’église au cimetière; enfin, la procession organisée à l’occasion de la translation des reliques. 246. La piété populaire a réservé une place très importante aux processions, surtout à partir du Moyen Âge, et ce mouvement a atteint son apogée à l’époque baroque: pour honorer les Saints patrons d’une cité, d’une contrée ou d’une corporation, les fidèles prirent alors l’habitude de porter en procession les reliques ou une statue, ou encore une image du Saint à travers les rues de la ville. Les processions, dans ses formes les plus authentiques, permettent au peuple d’exprimer sa foi; de plus, leur enracinement dans la culture locale contribue à réveiller le sentiment religieux des fidèles. Il reste que, au même titre que les autres pieux exercices, les "processions de dévotion en l’honneur des Saints" sont susceptibles d’engendrer quelques erreurs préjudiciables à la foi chrétienne: ainsi, il peut arriver que ces dévotions l’emportent sur les sacrements, qui sont alors relégués au second plan, et que ces manifestations externes prévalent sur les dispositions intérieures des fidèles; de même, la procession peut être considérée à tort comme le moment le plus important de la fête du Saint. On peut citer aussi la tendance, qui prévaut chez certains fidèles insuffisamment instruits, de considérer le christianisme uniquement comme la "religion des Saints". Enfin, il faut prendre garde à ne pas transformer la procession, qui doit constituer avant tout un témoignage de foi, en un simple spectacle ou une parade de type folklorique. 247. Afin que la procession conserve dans chaque cas son caractère authentique de manifestation de la foi, il est nécessaire que les fidèles soient instruits de sa nature particulière du point de vue théologique, liturgique et anthropologique. Sur le plan théologique, il faut mettre en évidence le fait que la procession est un signe de la nature profonde de l’Église: celle-ci est le peuple de Dieu qui chemine avec le Christ, et derrière lui, tout en étant conscient de ne pas avoir de demeure définitive dans ce monde (cf. He 13, 14), ou encore un peuple qui marche sur les routes de la cité terrestre vers la Jérusalem céleste. La procession est aussi le signe du témoignage de foi que la communauté chrétienne doit rendre à son Seigneur à l’intérieur des structures de la société civile. Elle est, enfin, le signe de l’engagement missionnaire de l’Église, qui, depuis ses débuts, et selon le commandement du Seigneur (cf. Mt 28, 19-20), s’est lancée sur toutes les routes et les chemins du monde entier pour annoncer l’Évangile du salut. Du point de vue liturgique, les processions, y compris celles qui ont un caractère plus populaire, doivent être orientées vers la célébration de la Liturgie: ainsi, il convient de présenter une procession organisée d’une église jusqu’à une autre église, comme le signe du chemin que doit accomplir la communauté vivant dans le monde pour rejoindre la communauté, qui demeure dans les cieux. De même, il est important que la procession soit organisée par l’Église, et que ce soit elle qui la préside, afin d’éviter des manifestations irrespectueuses et dégradantes. Il faut faire en sorte de prévoir, au début de la procession, un moment de prière, qui doit nécessairement inclure la proclamation de la Parole de Dieu. Le chant doit être mis en valeur, de préférence celui des psaumes, avec l’apport éventuel des instruments de musique. Durant la procession, il est opportun de munir les fidèles de cierges ou de flambeaux allumés, et de prévoir des haltes, qui doivent alterner avec la marche, donnant ainsi l’image de toute vie humaine, qui comporte elle aussi des moments de marche, ponctués par des arrêts. La procession doit se conclure par une prière doxologique, adressée à Dieu, source de toute sainteté, et par la bénédiction de celui qui la préside, l’Évêque, le prêtre ou le diacre. Enfin, du point de vue anthropologique, il faut insister sur le sens de la procession en tant que "chemin accompli ensemble"; en effet, unis par la prière et par les chants, et tendus vers le même but, les fidèles découvrent qu’ils sont solidaires les uns des autres; cette expérience les incite à mettre en pratique, dans leur propre vie, les résolutions chrétiennes qu’ils ont formulées dans leur cœur au cours de la procession.
|
Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText |
Best viewed with any browser at 800x600 or 768x1024 on Tablet PC IntraText® (V89) - Some rights reserved by EuloTech SRL - 1996-2007. Content in this page is licensed under a Creative Commons License |