4. L'Académie pontificale Saint Thomas d'Aquin.
« Doctor Humanitatis » [Docteur de l'Humanité] est le nom que l'on
donne à saint Thomas d'Aquin parce qu'il fut toujours prêt
à accueillir les valeurs de toutes les cultures (Allocution aux
participants au VIIIe Congrès thomiste international, 13 septembre
1980 : Insegnamenti, III, 2 [1980] 609). Dans les conditions culturelles
de notre temps, il semble vraiment opportun de développer toujours davantage
cette partie de la doctrine thomiste qui traite de l'humanité, car ses
affirmations sur la dignité de la personne humaine et l'usage de sa
raison, en parfaite harmonie avec la foi, font de saint Thomas un maître
pour notre temps. Les hommes, surtout dans le monde d'aujourd'hui, sont
préoccupés par cette question : qu'est-ce que l'homme ? En
employant cette appellation de « Doctor Humanitatis », je me tiens dans
le sillage du Concile Vatican Il, qui a traité de l'usage de la doctrine
de l'Aquinate dans la formation philosophique et théologique des
prêtres (Décret Optatam totius, 16), comme aussi de
l'approfondissement, dans les Universités, de l'harmonie et de la
concorde entre la foi et la raison (Déclaration Gravissimum
educationis, 10).
Dans ma récente Lettre encyclique Fides
et ratio, j'ai voulu rappeler l'enthousiasme de mon
Prédécesseur Léon XIII quand il promulgua son Encyclique
qui commençait par ces mots : « Aeterni Patris » (4 août
1879 : ASS 11 [1878-1879] 97-115) : « Ce grand Pontife a repris et
développé l'enseignement du Concile Vatican I sur les rapports
entre la foi et la raison, montrant que la pensée philosophique est une
contribution fondamentale pour la foi et la science théologique.
À plus d'un siècle de distance, de nombreux
éléments contenus dans ce texte n'ont rien perdu de leur
intérêt du point de vue tant pratique que pédagogique ; le
premier entre tous est relatif à l'incomparable valeur de la philosophie
de saint Thomas. Proposer à nouveau la pensée du Docteur Angélique
apparaissait au Pape Léon XIII comme la meilleure voie pour retrouver un
usage de la philosophie conforme aux exigences de la foi » (Fides et
ratio, 57). Cette Lettre vraiment
mémorable avait pour titre : « Epistula encyclica de Philosophia
christiana ad mentem sancti Thomae Aquinatis Doctoris Angelici in scholis
catholicis instauranda ».
Pour que les exhortations de cette
Encyclique soient mises en pratique, le même Léon XIII créa
l'Académie romaine Saint Thomas d'Aquin (Lettre apostolique Iampridem
ad. Em.mum Card. Antoninum De Luca, 15 octobre 1879).
L'année suivante, se réjouissant du début des travaux, il
écrivit aux cardinaux chargés de la nouvelle Académie
(Lettre apostolique du 21 novembre 1880). Quinze
ans plus tard, il approuva ses statuts et établit des normes
supplémentaires (Bref apostolique Quod iam inde, 11 mai 1895).
Par la Lettre apostolique In praecipuis laudibus, du 23 janvier 1904,
saint Pie X confirma les privilèges et le règlement de
l'Académie. Les statuts furent amendés et complétés
par les approbations des Pontifes romains Benoît XV (11 février
1916) et Pie XI qui, le 10 janvier 1934, incorpora à cette
Académie l'Académie pontificale de Religion catholique qui, dans
des circonstances alors bien différentes, avait été
fondée en 1801 par le Très Révérend Giovanni
Fortunato Zamboni. Il m'est agréable de rappeler ici les noms d'Achille
Ratti (1882) et de Jean-Baptiste Montini (1922) qui, alors étaient
jeunes prêtres, conquirent en cette Académie pontificale Saint
Thomas le grade de docteur en philosophie thomiste, et qui furent ensuite
appelés au souverain pontificat, prenant respectivement les noms de Pie
XI et de Paul VI.
Pour que se réalisent de fait les
souhaits formulés dans ma Lettre encyclique, il m'a semblé qu'il
était opportun de renouveler les statuts de l'Académie
pontificale Saint Thomas, pour en faire un instrument efficace pour l’Eglise et
pour toute l'humanité. Dans les circonstances culturelles actuelles,
décrites ci-dessus, il semble souhaitable, et même nécessaire,
que cette Académie soit comme un « forum » central et
international pour mieux étudier, et avec plus de soin, la doctrine de
saint Thomas, de sorte que le réalisme métaphysique de l'« actus
essendi », qui imprègne toute la philosophie et la théologie
du Docteur Angélique, puisse entrer en dialogue avec les multiples
impulsions de la recherche actuelle et de la doctrine.
Aussi, en pleine connaissance de cause et
après mûre délibération, dans la plénitude de
mon pouvoir apostolique, en vertu de cette Lettre, j'approuve in perpetuum les
statuts de l'Académie pontificale Saint Thomas d'Aquin,
légitimement élaborés et une nouvelle fois
révisés, et je leur confère la force de l'approbation
apostolique.
|