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102.
Aux Vénérables Frères, Patriarches,
Primats, Archevêques et Evêques et autres Ordinaires locaux en paix et
communion avec le Siège Apostolique
Vénérables Frères, salut et Bénédiction
Apostolique.
Par sa mort sur l’autel de la Croix,
Jésus-Christ avait consommé la rédemption du genre humain; et, voulant amener
les hommes à acquérir la vie éternelle par l’obéissance à ses préceptes, il
n’usa que d’un seul moyen la voix de ses prédicateurs chargés d’annoncer au
monde tout entier ce qu’il faut croire et faire pour être sauvé. Il plut à Dieu, par la
folie de la prédication, de sauver ceux qui croyaient (1 Cor 1, 21). Il
choisit donc les Apôtres et, après les avoir remplis, par le ministère de
l’Esprit Saint, des dons proportionnés à une fonction aussi importante: Allez,
leur dit-il, prêcher l’Evangile dans le monde entier (Mc 16, 15). Et
cette prédication renouvela la face du globe. Car, si les esprits des hommes,
se détachant de leurs multiples erreurs, ont fait retour à la vérité; si leurs
cœurs, souillés de vices, se sont convertis à l’excellence de toutes les
vertus, cette conversion, qui est l’effet de la foi chrétienne, est
véritablement l’œuvre de la prédication elle-même: La foi est le fruit de
l’audition, mais celle-ci s’opère par la parole du Christ (Rm 10, 17).
C’est pourquoi – puisque par la volonté de Dieu les choses se conservent par
les mêmes causes qui les ont produites – il est évident que la prédication de
la sagesse chrétienne est destinée, d’une manière divine, à continuer l’œuvre
du salut éternel et qu’elle est comptée à bon droit parmi les choses les plus
importantes et les plus graves. Aussi devons-Nous y appliquer de préférence Nos
sollicitudes et Nos pensées, surtout si elle semble perdre quelque chose de son
intégrité première, au détriment de son efficacité.
Voilà, en effet, Vénérables Frères, ce
qui s’ajoute aux autres misères de ces temps, dont, plus que tout autre, Nous
avons le souci. Car, si Nous considérons combien sont nombreux ceux qui
s’adonnent à la prédication de la parole divine, Nous constatons que leur
abondance est telle qu’elle dépasse peut-être tout ce qu’on avait connu
auparavant. Cependant, si Nous observons à quel point en sont les mœurs
publiques et privées, ainsi que les institutions des peuples, Nous voyons, de
jour en jour, croître partout le dédain et l’oubli des choses surnaturelles :
insensiblement l’on s’écarte de la vertu chrétienne qui est austère, et chaque
jour on rétrograde vers la vie infâme des païens.
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