Scène XIII. Les précédents, Bénédict (venant de
droite)
BÉNÉDICT
(à part, dans le fond)
Je ne conçois pas qu'un homme,
qui voit combien est insénsé celui qui se soumet à l'empire d'amour,
puisse en divenant amoureux,
tomber dans l'insigne folie qu'il a ridiculisée dans autrui
et s'offrir en butte à ses propres sarcasmes.
(Somarone, pendant le monologue de Bénédict,
examine attentivement un passage de sa partition.)
SOMARONE
Un instant! je veux changer quelque chose à la seconde ritournelle.
(Il écrit quelques notes au crayon sur son manuscrit.)
BÉNÉDICT
(continuant son monologue)
Et cependant, tel est Claudio.
J'ai vu un temps où l'harmonie la plus délicieuse à son oreille,
c'était le son du fifre et du tambour,
et maintenant il leur préfère de langoureuses mélodies!
J'ai vu un temps où il eût fait dix lieues à pied pour voir une bonne armure;
à présent, il passera dix nuits à combiner la coupe d'un nouveau pourpoint.
Du diable si l'amour fait jamais de moi un sot de ce calibre!
(Il disparaît.)
SOMARONE
(après avoir écrit, il va montrer le passage modifié,
au 1er hautbois)
Essaie-moi cela!
(Le hautbois joue quelques mesures.)
BÉNÉDICT
(pendant le solo de hautbois)
Ah! des musiciens!…une répétition!…Ecoutons!
SOMARONE
Très bien! Peste! á première vue! Oh! tu es un gaillard!
J'écrirai pour toi un joli saltarello dans ma nouvelle messe.