Scène XVI. Bénédict
BÉNÉDICT
(sortant de sa cachette)
Ce n'est pas une plaisanterie; leur conversation est sérieuse.
Ils plaignent Béatrice; il paraît que sa passion est au comble.
Elle m'aime! Je dois la payer de retour.
J'ai entendu le blâme dont je suis l'objet…
(Il se cache.)
DON PEDRO
(revenant avec Claudio et Léonato)
Eh bien! nous reparlerons de cela avec votre fille;
en attendant, laissons les choses comme elles sont!
J'aime Bénédict et je souhaiterais que, jetant sur lui-même un regard modeste,
il s'avouât en toute humilité combien il est indigne d'une telle femme.
LÉONATO
Voulez-vous venir, Général? le dîner est prêt.
CLAUDIO
(bas)
Si après cela, il n'en est pas amoureux fou,
je ne veux plus compter sur rien.
(Ils sortent à gauche.)
BÉNÉDICT
(se montrant tout-à-fait)
Non, il faut que le monde soit peuplé.
Quand je disais que je mourrais garçon,
je ne pensais pas devoir vivre jusqu'à ce que je fusse marié.
Ils disent que Béatrice est belle, c'est vertueuse,
je n'en disconviens pas; qu'elle montre une raison supéreuse en tout,
hormis dans l'amour qu'elle a pour moi.
En effet, ce n'est pas une grande preuve de raison qu'elle donne là;
ce n'est pas non plus une preuve de folie,
car je vais être effroyablement amoureux d'elle.