Scène XVIII. Héro, Ursule
HÉRO
Je sais bien bon gré à mon père
de m'avoir dispensée d'assister à ce banquet.
Je suis si fatiguée de tous ces préparatifs…
Nous signons le contrat ce soir…Mon cœur est plein de joie;
mais le bruit et la foule me sont insupportables.
URSULE
Voilà votre mélancolie qui vous reprend.
Vous étiez si gaie tout à l'heure.
HÉRO
Oui, j'étais entré dans l'esprit du rôle
que mon père a voulu me faire jouer.
C'était si plaisant de savoir ma cousine aux écoutes
dans la chambre voisine de la mienne,
pendant que nous faisons l'éloge de Bénédict,
et que nous parlons de son violent amour pour elle!
Amour qu'il est si loin d'éprouver et qu'il n'éprouvera je sais!
URSULE
Ah! non, certes! pas plus qu'elle n'aimera Bénédict.
Ce sont deux êtres incapables d'un tendre sentiment,
et surtout d'un tendre sentiment l'un pour l'autre.
HÉRO
Pourtant, la porte étant ouverte,
je la voyais dans une glace sans qu'elle s'en doutât,
et, au moment où tu as dit: "Le malheureux en mourra!",
elle a fait un mouvement si brusque que j'ai failli partir
d'un éclat de rire qui eût tout compromis.
URSULE
M'importe! j'ai peine à croire que la ruse ait chance de succès.
HÉRO
Je ne le crois guère non plus.
C'est pourquoi il ne faut pas pousser trop loin cette plaisanterie.
Béatrice nous en voudrait à la mort,
si elle se doutait que nous avons voulu nous moquer d'elle.
(soupirant)
Ah!…
(Elles vont s'asseoir sur un banc de gazon.)
No. 8. Duo - Nocturne
URSULE
(récit.)
Vous soupirez, madame!
HÉRO
(récit.)
Le bonheur oppresse mon âme!
Je ne puis y songer sans trembler malgré moi.
Claudio! Claudio! je vais donc être toi!
URSULE et HÉRO
Nuit paisible et sereine!
La lune, douce reine,
Qui plane en souriant;
L'insecte desprairies,
Dans les herbes fleuries, dans les herbes fleuries,
En secret bruissant;
Philomèle
Qui mêle
Aux murmures du bois
Les splendeurs de sa voix;
L'hirondelle Fidèle
Caressant sous les toits
Sa niché en émois;
Dans sa coupe de marbre
Ce jet d'eau retombant,
Ecumant,
L'ombre de ce grand arbre
En spectre se mouvant
Sous les vent
Harmonies Infinies
Que vous avez d'attraits
Et de charmes secrets
Pour les âmes attendries!
URSULE
(récit.)
Quoi? vous pleurez, madame!
HÉRO
(récit.)
Ces larmes soulagent mon âme; tu sentiras couler les tiennes a ton tour,
Le jour où tu verras couronner ton amour!
URSULE et HÉRO
Respirons en silence
Ces roses que balance le souffle du zéphyr!
A sa fraîche caresse, à sa fraîche caresse
Livrons, livrons nos fronts il cesse…
(Silence.)
…il cesse…
(Silence)
Et meurt dans un soupir.
Nuit paisible et sereine,
La lune, douce reine,
Qui plane en souriant;
L'insecte des prairies,
Dans les herbes fleuries, dans les herbes fleuries
En secret bruissant; Philomèle
Qui mêle
Aux murmures du bois
Les splendeurs de sa voix;
L'hirondelle Fidèle
Caressant sous nos toits
Sa nichée en émois.
Dans sa coupe de marbre
Ce jet d'eau retombant
Ecumant
L'ombre de ce grand arbre
En spectre se mouvant
Sous le vent;
Harmonies Infinies,
Que vous avez d'attraits
Et de charmes secrets
Pour les âmes attendries! Pour les âmes attendries!
(Les deux jeunes filles passent, les bras enlacés,
sur le devant de la scène. Héro pleurant d'attendrissement,
cache son visage en l'appuyant sur l'épaule d'Ursule.
Ursule essuie doucement les yeux d'Héro
qui sourit et semble devenir plus calme.
Ursule va cueillir un bouquet de roses pendant
qu'Héro reste plongée dans sa rêverie.
Ursule présente le bouquet à Héro.
Héro le bras droit appuyé sur l'épaule d'Ursule effeuille lentement
ses roses en marchant avec elle vers le fond du théâtre.
Les deux personnages disparaissent. Le toile s'abaisse lentement.)
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