Scène III. 2d Couplet (Chœur a boire)
VOIX DIVERSES
Bravo! bravo! voyons le second couplet.
SOMARONE
(entrant, en scène, suivi d'une partie du chœur.)
Le second! ah, le second,
je ne suis pas plus embarrassé que le premier…
Je vous en improviserais trente.
VOIX DIVERSES
Non, non, c'est assez de deux!
Allez Maestro! silence! silence donc!
SOMARONE
Le vin…le vin…(Hum!) le vin fin de Syracuse…
le vin de Syracuse accuse…oui, certes…
le vin de Syracuse…le vin de Syracuse
LES CHORISTES
Poète divin,
Ta muse
Abuse,
Tu le vois,
De notre patience.
Assez d'éloquence!
Rimeur aux abois, bois!
SOMARONE et LES CHORISTES
Le vin de Syracuse,
Accuse
Une grande chaleur
Au cœur de notre île.
De notre île
De Sicile
Vive ce fameux vin
Si fin!
Mais la plus noble flamme
Douce à l'âme au cœur du buveur,
c'est la liqueur vermeille de la treille
Des coteaux de Marsala qui l'a!
C'est le vin de Marsala, c'est le vin de Marsala,
c'est le vin de Marsala qui l'a!
(Le domestique entre avec son panier
plein d'énormes bouteilles.)
VOIX DIVERSES
Viva! viva! à la bonne heure! Voilà un garçon intelligent!
SOMARONE
Portons le panier le panier dans le jardin, nous y boirons au clair de lune.
VOIX
Oui, oui, c'est une idée.. nous danserons la Saltarello.
SOMARONE
Mais dansons et buvons vite, car l'heure de la cérémonie approche
et nous devons tous nous y présenter décemment, s'il est possible.
VOIX
Au jardin! au jardin!
(Ils sortent en chantant le refrain suivant.)
SOMARONE et LES CHORISTES
Mais la plus noble flamme,
C'est le vin de Marsala qui l'a!
No. 10. Air
(Elle entre, très agitée.)
BÉATRICE
(récit, sotto voce)
Dieu! que viens-je d'entendre? qui viens-je d'entendre?
Je sens un feu secret,
Dans mon sein, se répandre,
Bénédict…se peut-il?
Bénédict m'aimerait?
Il m'en souvient, il m'en souvient, le jour du départ de l'armée,
Je ne pus m'expliquer
L'étranger sentiment, l'étranger sentiment de tristesse alarmée
Qui de mon cœur vint s'emparer.
Il part disais-je, il part, je reste!
Est-ce la gloire, est-ce mort
Que réserve le sort
A ce railleur que je déteste?
Des plus noires terreurs
La nuit suivante fut remplie…
Les Mores triomphaient, j'entendais leurs clameurs,
Des flots du sang chrétien ;a terre était rougie.
En rêve je voyais Bénédict haletant.
Sous un monceau de morts, sans secours, expirant.
Je m'agitais sur ma brûlante couche.
Des cris d'effroi s'échappaient de ma bouche,
des cris 'effroi s'échappaient de ma bouche.
(Le mouvt doit être devenu ici, plus animé du double.)
En m'éveillant, enfin, je ris de mon émoi.
Je ris de Bénédict, de moi,
De mes sottes alarmes…
Hélas! hélas ce rire était baigné de larmes.
Il m'en souvient, il m'en souvient, le jour du départ l'armée,
Je ne pus m'expliquer
L'étranger sentiment, l'étrange sentiment de tristesse alarmée
Qui, de mon cœur, vint s'emparer. Il m'en souvient, il m'en souvient.
Je l'aime donc? Je l'aime donc?
(avec explosion)
oui, Bénédict, je t'aime! je t'aime
Je ne m'appartiens plus, je ne suis plus moi-même
…je ne suis plus moi-même.
Sois mon vainqueur,
Dompte mon cœur!
Viens, viens, déjà ce cœur sauvage vole,
vole au-devant de l'esclavage!
Oui Bénédict! Je t'aime! je t'aime, je t'aime, je t'aime.
Je ne m'appartiens plus! Je ne suis plus moi-même.
Viens! viens! déjà ce cœur sauvage
Vole au devant de l'esclavage!
Vole, ce cœur sauvage, ce cœur sauvage vole,
vole au-devant de l'esclavage! adieu,
ma frivole gaîté! adieu, ma liberté,
Adieu dédains, adieu folies,
Adieu, mordantes raille ries!
Béatrice, à son tour,
Tombe victime de l'amour!
Tombe victime, tombe victime de l'amour!
Tombe victime, tombe victime, tombe victime de l'amour!
Tombe victime de l'amour!