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| Hector Berlioz Lélio IntraText CT - Lecture du Texte |
Horatio, ami de Lélio
Un Capitaine de Brigands
Brigands, Spectres
Note: Cet ouvrage doit être entendu immédiatement après la Symphonie fantastique, dont il est la fin et le complément. L'orchestre, le chœur et les chanteurs invisibles doivent être placés sur le théâtre, derrière la toile. L'acteur parle et agit seul sur l'avant-scène. A la fin du dernier monologue il sort, et le rideau, se levant, laisse à découvert tous les exécutants pour le Final.
En conséquence, un plancher devra être établi au-dessus de l'endroit ordinairement occupé dans les théâtres par l'orchestre.
Le rôle de Lélio exige un acteur habile, non chanteur. Il faut en outre un ténor pour la Ballade, un autre ténor pour le Chant du bonheur, et un baryton énergique pour le Capitaine de brigands.
LÉLIO (encore faible et
chancelant)
(Il entre par l'un des côtés de l'avant-scène.)
Dieu! je vis encore ... Il est donc vrai, la vie comme un serpent s'est
glissée dans mon cœur pour le déchirer de nouveau ... Mais si ce perfide poison
a trompé mon désespoir, comment ai-je pu résister à un pareil songe? . . . Comment
n'ai-je pas été brisé par les étreintes horribles de la main de fer qui m'avait
saisi? . . . Ce supplice, ces juges, ces bourreaux, ces soldats, les clameurs
de cette populace, ces pas graves et cadencés tombant sur mon cœur comme des
marteaux de Cyclopes . . . Et l'inexorable mélodies retentissant à mon oreille
jusque dans ce léthargique sommeil, pour me rappeler son image effacée et
raviver la souffrance endormie . . .
La voir, l'entendre, elle!! elle! . . . ses traits nobles et gracieux défigurés par une ironie affreuse, sa douce voix changée en hurlement de Bacchante, puis ces cloches, ce chant de mort religieux et impie, funèbre et burlesque, emprunté à l'Église par l'Enfer pour une insultante parodie! . . . Et, encore elle, toujours elle, avec son inexplicable sourire, conduisant la ronde infernale autour de mon tombeau! . . .
Quelle nuit! au milieu de ces tortures j'ai dû pousser des cris, Horatio m'aurait-il entendu? . . . Non, voilà encore la lettre que je lui avais laissée; s'il fùt entré, il l'eût prise . . . pauvre Horatio! Je crois l'entendre encore si calme et si tranquille, hier à son piano, pendant que je lui écrivais cet adieu suprême . . . Il ignorait les déchirements de mon cœur et ma funeste résolution; et de sa voix la plus douce, poète insoucieux des passions cruelles, il chantait sa ballade favorite.