3. Trio et Ghazel
Haroun [prenant la main de Djamileh]
Quelle pâleur est sur ta joue?..
Quelle ombre furtive à glissé
Sur ton front si pur où se joue
Un rayon à peine effacé?
Djamileh [sombre]
J'ai fait un rêve!
Haroun
Enfant!
[il l'ambrasse au front]
Djamileh [montrant un visage radieux]
Ah tiens! tout est passé!
Haroun
Mais encor?
Djamileh
Je voyais au loin la mer s'étendre
Et gronder, et gronder autour de moi;
Vainement, vainement je voulais tendre
Mes bras defaillants, mes bras vers toi.
Sous mes mains s'ouvrait le vide
Et dans le désert des flots,
La mer couvrait, voix perfide,
Mes appels et mes sanglots!
La mer couvrait mes cris et mes sanglots!
Haroun
Folle!
Djamileh
Haroun, ti dis vrai, peut être j'étais folle,
Oui, je sentais en moi, comme un pressentiment...
Haroun [à part]
Cette pensée en ce moment...
Peut elle se douter?
Djamileh
Mais un mot me console
Et je bénis mon tourment,
Puisque le rêve qui s'envole,
[avec tendresse]
Me rend ta voix plus douce et ton coeur plus aimant!
Haroun [à part]
De l'amour, pauvre enfant!
Splendiano rentre précédant
les esclaves qui portent et servent le souper.
Haroun [à Djamileh]
Chére, laissons nous vivre,
Le sourire fleurit sur ta lèvre, oublions
Les rêves insensés qu'un doute pourrait suivre, Djamileh!
Mets-toi là, près de moi! soyons gais, et soupons!
Splendiano [épanoui]
Bien dit: bien dit: soupons!
Djamileh
Ah! L'aîle d'un rêve ets legère
L'aîle d'un rêve est legère
Une image passagère
/ Rendait mon front soucieux!
| ah rendait mon front soucieux.
| Mais il parle et j'espère,
| Mais il parle et moi j'espère...
| C'est un avenir prospère
| Que je lis dans ses yeux!
| Il parle et moi j'espère...
| Oui, c'est un avenir prospère
| Que je lis dans ses yeux!
| Haroun
| Oui, l'avenir a son mystère;
| Qu'il soit funeste ou prospère,
| Je n'en suis pas soucieux.
| Cette heure m'est chère;
| Le vin rit dans mon verre
| Et le plaisir et le plaisir, oui le plaisir dans tes yeux!
| Splendiano
| Oh! beauté pure en qui j'espère
| Bientôt viendra l'heure chère,
| L'heure où je te dirai mes voeux!
| Que le vin coule à plein verre!
| Philtre charmant qui doit faire
| Luire l'amour dans ses yeux,
| Luire l'amour dans ses yeux!
\ Luire l'amour dans ses yeux!
Haroun [avec bonté]
Je veux te voir heureuse,
O Djamileh! et ton bonheur peut être
Espère encor quelque chose de moi?..
Djamileh [surprise]
Que puis-je désirer?..
Haroun
La liberté!
Djamileh [simplement]
Pourquoi?
Je ne demande rien, mon maître
Je suis heureuse en ta maison,
Mon âme ne saurait connaître
De plus radieux horizon!
De cette âme un instant troublée
Toute crainte s'est envolée,
Ta voix m'a rendu la raison, non, non, je ne demande rien, mon maître.
Splendiano [avec entrain mirant son verre]
Oh! que la vie est bonne et me semble enviable
Alors qu'on est à table
Et que l'on voit le monde au travers de ceci!
Haroun
Il a raison, buvons ma belle!
Puisque dans la coupe étincelle,
Le vin qui charme le souci!
Djamileh
Aucun souci ne m'inquiète
Et pour avoir le coeur en fête
Oui, pour avoir le coeur en fête
Je n'ai besoin que d'être ici!
Haroun
Si ta lèvre repousse
Cette blonde liqueur
Djamileh!
Dis-moi quelque chanson, notre ivresse est plus douce
Quand la berce,
Une voix au murmure enchanteur!
Djamileh
Haroun, ta servante est prête
Ton désir est ma loi!
Splendiano [qui est allé chercher un luth sur
lequel il prélude comiquement; à part]
Va! chante pour lui, ma fauvette,
Bientôt tu chanteras pour moi!
[il donne le luth à Djamileh]
Ghazel
[Djamileh prélude]
Djamileh [simplement]
Nour-Eddin, roi de Lahore,
Est fier comme un dieu!
Il est beau comme l'aurore
Il est beau,
Ses yeux sont de feu!
Quand son regard, flèche ardente,
Est posé sur moi,
Je reste toute tremblante, toute tremblante,
Je ne sais pourquoi!
Ah! Nour-Eddin, Nour-Eddin est fier comme un dieu,
Il est beau comme l'aurore!
Ainsi parlait dans on rêve,
La naïve enfant!
Ainsi parlait la naïve enfant
Aveu timide qu'achève
Un coeur triomphant!
[douloureusement] la la la la la la
la la la la la la.
Lorsque le Roi dan la foule
S'éloigne à pas lents,
Un ruisseau de larmes coule
Sous mes cils, sous mes cils tremblants!
D'où vient l'émoi qui m'agite!..
Et d'où vient aussi
Dès que son regard me quitte, hélas! d'où vient
Que je pleure ainsi?
Ah! lorsqu'il s'éloigne à pas lents,
Un ruisseau de larmes coule sous mes cils tremblants!
Ainsi voulait la pauvre âme,
Trouver le secret, le secret
De cette invisible flamme de cette flamme
Qui la dévorait!
[douloureusement] la la la la la la
la la la la la la.
Haroun [interrompant doucement Djamileh]
L'histoire sans doute est des plus touchantes,
J'en sais la fin...
[à part] Cherchons des images riantes.
[à Djamileh] Enfant, laissons
Dans les buissons,
Enfant, laissons
La fleur flétrie,
Et dépensons
Gaiment la vie,
À nous l'ivresse et les chansons!
/ Enfant laissons
| Dans les buissons,
| Enfant, laissons
| La fleur flétrie,
| Et dépensons
| Gaiment la vie,
| À nous la folie et les chansons!
| Djamileh
| Laissons, laissons
| La fleur flétrie,
| Et dépensons
| Gaiment la vie,
| À nous l'ivresse et la folie
\ À nous l'ivresse et les chansons!
/ Laissons, laissons
| La fleur flétrie,
| Et dépensons
| Gaiment la vie,
| À nous l'ivresse et la folie
| À nous l'ivresse et les chansons!
| Haroun
| Enfant laissons
| Dans les buissons,
| Enfant, laissons
| La fleur flétrie,
| Et dépensons
| Gaiment la vie,
| À nous la folie et les chansons!
| Splendiano
| Laissons, laissons
| Dans les buissons
| La fleur flétrie
| Et dépensons
| Gaiment la vie,
\ À nous l'ivresse et les chansons!
Djamileh, Haroun, Splendiano
À nous les chansons!
À nous, à nous l'ivresse et les chansons!
Dialogue
...
Djamileh
Moi, t'en vouloir, maître.
Haroun
Tu es charmante!
|