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Eugene Scribe
La domino noir

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ACTE II

 

Entr'acte

 

La salle à manger de Juliano. Au milieu, un brasero allumé. Au fond, une porte, et dans un pan coupé une croisêe donnant sur la rue. Deux portes à droite, une à gauche. Entre les portes, des armoires, des buffets; au fond une table sur laquelle le couvert est mis.

Jacinthe

Une heure du matin et Don Juliano, mon maître, n'est pas encore rentré.
C'est son habitude: il ne dort jamais que le jour... et je l'aime autant... le service est bien plus agréable et plus facile avec un maître qui ferme toujours les yeux!
Mais les maîtres ne s'inquiètent de rien, et n'ont aucun égard, le mien surtout... et qu'une gouvernante est à plaindre chez un garçon, quand il est jeune!
Quand il est vieux, c'est autre chose!

S'il est sur terre un emploi, selon moi, qui doive plaire, c'est de servir et tenir la maison d'un vieux garçon...
Oui, c'est là le paradis.
Là nos avis à l'instant sont suivis.
Par nous bercé dorloté, il nous doit la santé.

Notre force est sa faiblesse et l'on est dame et maitresse.
Ou vieille duègne ou tendrons. qui voulons régner sans cesse. pour cent raisons choisissons la maison d'un vieux garçon.

Sa gouvernante est son bien, son soutien, et le règne.
Pour elle il est indulgent très galant et complaisant.
Elle aura chez monseigneur les clefs de tout et même de son cœur.
Fidèle de son vivant, il l'est par testament, où brille, c'est la coutume une tendresse posthume
Ou vieille duègne ou tendrons, etc.

Et demain quand ma nièce Inésille arrivera j'aurai grand soin de la surveiller...
Et Gil Perez ne vient pas…

(allant à la fenêtre du fond)

Que voisje! Une figure noire, noire!
Je meurs d'effroi!
Dans la nuit de Noêl souper avec !'économe d'un couvent c'est grand péché.

(On frappe à la porte.)

Dieu juste! quelqu'un frappe!

(On frappe encore. Elle ouvre la porte.)

Ah! Miséricorde, le diable!

Angèle

(en domino et en masque)

Silence!

(ôtant son masque)

C'est une pauvre femme qui a plus peur que vous.
Je sors du bai, et ne puis pas rentrer chez moi.
Dehors il neige... une lumière!...
J'ai frappé.
Voici de l'or! Cachez­moi vite!

Jacinthe

Mais que diraije à mon maître?

Angèle

Quel âge a­t­il?

Jacinthe

Vingt­cinq ans; et avec des amis il vient pour souper.

Angèle

S'ils me voyaient ainsi!...

(On entend de la rue une marche militaire.)

Qu'est­ce donc?

Jacinthe

Une patrouille qui passe sous nos fenêtres; c'est pour la sûreté de la ville.
Ils arrêtent toules les personnes suspectes qu'ils rencontrent...

Angéle

(à part)

C'en est fait de moi!

(haut à Jacinthe)

Je reste... je reste... mais ce domino, va m'exposer à leurs questions.

Jacinthe

Il m'est bien facile de vous y soustraire.
Ma nièce inésille, une Aragonaise, vient du pays pour être servante.
J'ai déjà reçu sa malle si Ça peut vous convenir.
Habillée ainsi, mon maître et ses amis vous apercevront sans seulement faire attention à vous... enfin, si toutefois c'est possible...

(On frappe à la porte.)

Angèle

On vient... silence.

Jacinthe

Entrez vite et que Notre Dame de Lorette vous protège.

{Angéle entre dans la chambre à droite.)

G'l Perez enfin arrive!

Gil Perez

Plus tôt c'était impossible.

Jacinthe

Revenez plus tard, de grâce!

Gil Perez

Que voulez­vous que je fasse?

Jacinthe

C'est que le comte Juliano vient souper ici ce soir.

Gil Perez

Je peux rester là en somme; sachez que je suis votre homme, je cuisine!

Jacinthe

Quelle surprise!

Gil Perez

Employé dans une église, j'étais chef par excellence. Hâcher, couper...

Jacinthe

On commence!

Gil Perez

Courons vite dans la cuisine! Le temps presse, j'imagine.

(Il entre dans la cuisine pendant que Jacinthe va ouvrir la porte du fond. Juliano et plusieurs de ses amis entrent.)

Juliano et ses amis

Réveillons, réveillons l'amour et les belles, réveillons les maris prompts à s'endormir, réveillons tout jusqu'au désir, réveillons !'amour et les belles, réveillons les maris prompts à s'endormir, réveillons les amants fidèles, réveillons tout jusqu'au désir! La nuit est !'instant du plaisir!
Vive !a nuit et le plaisir!

Juliano

Qu'en son lit la raison sommeille verre en main à table je veille et me console des amours!
Les belles nuits font les beaux jours!

Juliano et ses amis

Révei!!ons, révei!!ons !'amour et les beiles! etc.

Juliano

(à part)

Tout s'arrange au mieux, sur mon âme!
Et Lord Elfort en son logis, en rentrant, a trouvé sa femme... Il est un dieu pour ies maris!... Du reste il va venir.

(haut)

Et toi, belle Jacinthe, soigne les apprêts du festin! Qui manque encore?

Les amis

Horace!

Juliano

Oui... mes amis, soyez sans crainte Les amoureux n'ont jamais faim!

Juliano et ses amis

Réveillons, réveillons !'amour et les belles! etc.

(Angèle entre, poussée par Jacinthe. Elle est habillée en paysanne aragonaise.)

Juliano

Oue voisje? quel minais charmant!

Les amis

Quelle est donc cette belle enfant?

Jacinthe

(aux autres)

C'est ma nièce! Oui, je suis sa tante!

(à Juhano)

Vous savez que nous l'attendions!

Juliano et ses amis

C'est une admirable servante pour un ménage de garçons!

Angèle

(faisant la révérence)

Ah! mes seigneurs, c'est trop d'honneur.

(bas à Jacinthe)

Ah! J'ai bien peur! ah! j'ai grand peur!

Jacinthe

(bas à Angèle)

Allons! courage, courage!

Juliano

Son nom? Son nom?

Jacinthe

Inésille!

Juliano et ses amis

La belle fille, qu'e!!e est gentille, et qu'inésille offre d'attraits!
Quoiqu'ignorante, elle m'enchante, et pour servante je la prendrais!

Juliano

D'où venez­vous, ma chère?

Angèle

J'arrivons du pays!

Juliano

Et que savez­vous faire?

Angèle

J'n'ons jamais rien appris!

Juliano

D'une âme généreuse nous vous formerons tous!

Angèle

(regardant Jacinthe)

Ah! le fus bien heureuse dipouvoir entrer chez vous!
Dans cette maison que j'honore... (faisant la révérence) j .étre admise est un grand plaisir.

(à part)

Mais j'en aurai bien plus encore sitôt que j'en pourrai sortir!

Jacinthe, Juliano

Pour servante on la prendrait!

Les amis

Que de grâce! que d'attraits!

Juliano

Vous­êtes douce et sage?

Angèle

Chacun vous le dira!

Juliano

(lui prenant la main)

Vous n'êtes point sauvage?

Angèle

Sauvag' qu'est qu'c'est qu'ça?

Juliano

En fidèle servante, ici vous resterez.

Angèle

Si je vous mécontente... dam! vous me renverrez!
Car dans cette maison que j'honore, (faisant la révérence) demeurer est un grand plaisir!

(à part)

Mais j'en aurai bien plus encore, sitôt que j'en pourrai sortir!

Jacinthe

Pour servante on la prendrait!

Juliano, les amis

Offre­t­elle assez d'attraits!

Jacinthe

(se mettant entre eux et s'adressant à Angèle)

Allons! c'est trop jaser!
Oui... finissons, de grâce!
Il faut qu'ici !e service se fasse!

Juliano

C'est juste! Apporte­nous Xérès et Malaga!

Jacinthe

(à Angèle, qu 'elle prend par le bras)

A!lons! descendons à !a cave!

Angèle

(effrayée)

A la cave!...

Jacinthe

Je vois qu'e!!e n'est pas trop brave!

Les amis

Chacun de nous !'escortera!

Jacinthe

Non, non, messieurs; je suis plus brave, sa tante !'accompagnera! Allons!... venez chercher... Xérès et Malaga!

Juliano et ses amis

La belle fille, qu'elle est gentille, et qu'!nési!!e offre d'attraits!
Quoiqu'ignorante, elle m'enchante, et pour servante je la prendrais!

Angèle

Inésille, la pauvre fille,
Inésille les séduirait!
Quoiqu'ignorante, je les enchante; et pour servante on me prendrait!

Jacinthe

Elle est charmante, et ravissante, et pour sa tante on me prendrait.
La belle fille, qu'elle est gentille! Oui, Inésille es séduirait!

(Jacinthe sort en emmenant Angèle par la porte qui mène dans l'intérieur de la maison. Au même instant Horace entre et aperçoit Angèle, il pousse un cri et reste immobile de surprise.)

Horace

Ah! La voilà!

Angèle

(apercevant Horace)

C'est lui!

Juliano

(à Horace)

Eh bien! qu'as­tu donc? comme tu regardes notre jeune servante…

Horace

Ah! c'est une servante?

Juliano

Une AragonaiseIa nièce de Jacinthe.

Horace

Et... tu la connais?

Juliano

Certainement, et ces messieurs aussi.

Horace

Allons, je deviens fou... je perds la tête!

(Une cloche sonne.)

Juliano

À table, messieurs, à table

(Tous s'asseyent.)

Juliano

Tu pense à la demoiselle?

Horace

Oui, je brûte pour e!!e, devant mes yeux et dans mon cœur, partout elle est présénte.

(Angèle, qui l'écoute avec émotion, laisse tomber une asslette qul se casse.)

Angèle

O ciel!

Jacinthe

Comme elle est maladroite!

Juliano

Ça n'a pas d'importance, mais la pénitence demande une chanson qui provient de !'Aragon.

Angèle

Eh bien, je chanterai, je chanterai…

La belle Inès fait florès; elle a des attraits, des vertus; et, bien plus, elle a des écus.
Tous ies garçons, bruns ou blonds, lui font les yeux doux: qui de nous voulez­vous prendre pour époux?
Est­ce un riche fermier?
Est­ce un galant muletie,, ou bien un alguazil?
Celui­là vous convient­il?
Tra, la, tra, la...
-Non, mon cœur incivil,
Tra, la, tra, la... refuse l'alguazil,
Tra, la, tra, la...
-L'alcade vous plaît­il?
Tra, la, tra, la...
-Fût­ce un corrégidor, je le refuse encor.
-Qui voulez­vous, belle aux yeux doux?
Répondez, nous vous aimons tous.
Pour époux, dites­nous, qui prendrez­vous?
-L'amoureux que je veux c'est celui qui danse le mieux.

Jacinthe

Ah! quel son de voix enchanteur!
Ma nièce me fait de l'honneur!
Et déjà leur cœur amoureux s'enflamme au feu de ses beaux yeux!

Horace

C'est bien son regard enchanteur
Mais ce costume!... est­ce une erreur?
Et que doisje croire en ces lieux, ou de mon cœur, ou de mes yeux?

Juliano et ses amis

Que de grâce! que de candeur!

C'est un morceau de grand seigneur, et déjà mon cœur amoureux s'enflamme au feu de ses beaux yeux!

Angèle

Dès ce moment, chaque amant se m it prom ptement à danser, balancer, passer, repasser, et, castagnettes en avant. chaque prétendant s'exerçait et donnait le signal du bal.
Le muletier Pedro possédait le boléro, et l'alcade déjà, brillait dans la cachucha;
Tra, la, tra, la...
--Messieurs, ce n'est pas ça;
Tra, la, tra, la...
Et, pendant ce temps­là,
Tra, la, tra, la... le jeune et beau Joset,
Tra, la, tra, la... de loin la regardait; et, de travers dansait, car il l'aimait...
--Belle aux yeux doux, ce beau bal nous réunit tous; qui de nous voulez­vous prendre pour époux?
--Le danseur que je veux: c'est celui qui m'aime le mieux.
Oui, Joset, je te veux, car c'est toi qui m'aime le mieux.

Jacinthe

Ah! quel son de voix enchanteur, etc.

Horace

C'est bien son regard enchanteur, etc.

Juliano et ses amis

Que de grâce! que de candeur, etc.

(Jacinthe sort un instant.)

Juliano et ses amis

(voyant sontir Jacinthe, et entourant Angèle)

Je n'y tiens plus! I Non. non vraiment, mon cœur amoureux s'enflamme au feu de tes beaux yeux.

Angèle

(se défendant)

Ah! finissez, de grâce! Ah! je frémis de leur audace!

Horace

(seul, et regardant Angèle)

Comment, serait­ce elle en ces lieux? Non, ce n'est pas!... c'est impossible!

Juliano et ses amis

(entourant Angèle)

Non, non vraiment, allons, ne sois pas inflexible!
De l'un de nous daigne accepter la foi!
Rien qu'un baiser, un seul...

Angèle

(se défendant)

Laissez­moi! Ah, laissez­moi!
Oh de grâce, O mon dieu!

(poussant un cri, s'échappe de leurs mains et se précipite dans les bras d'Horace)

Ah!... défendez­moi!

Horace

(à part, avec joie)

C'est elle!

Jacinthe

(rentrant; d'un air sévère)

Eh bien! que voisje?

Juliano et ses amis

(s'arrêtant)

C'est la tante! De la duègne craignons la colère imposante.

Jacinthe

Dans le salon le punch est qui vous attend.

Juliano

Et les tables de jeu?

Jacinthe

Tout est prêt.

Juliano

(faisant signe de passer dans le salon)

C'est charmant! Messieurs, le punch est là qui vous attend.

Horace

Oui, oui c'est elle que dans ces lieux l'amour offre encore à mes yeux!

Angèle

Mon dieu, je te rends grâce!

Juliano et ses amis

De cet argus fuyons !es yeux, pour toucher son cœur plus tard nous serons plus heureux!

Jacinthe

(à Angèle)

Non, ne craignez rien tant que vous serez sous mes yeux!
Mais voyez donc ces grands seigneurs quelle indécence! quelles mœurs!

(lls entrent dans le salon. Horace et Angèle restent.)

Horace

(s'approchant d'elle timidement)

Madame…

Angèle

Qu'est­ce que c'est, Monsieur? Voulez­vous du Xérès ou du Malaga?

(Elle lui offre un verre.)

Horace

(étonné)

Non, non, ce n'est pas possible! Je vous ai reconnue.

Angèle

Qu'est­ce que vous dites?

Horace

Nul besoin de prétendre, Madame, je vous aime.

(On frappe. Il va voir.)

C'est Lord Elfort!

Angèle

Ciel! Que vaisje faire?

Horace

O mon dieu, quelle déveine.

Angèle

Il va me reconnaître, Je vous en supplie!

Horace

Entrez, je vous en prie.

(Angéle entre dans la chambre de Jacinthe, à dro/te. Jullano sort du salon.)

Juliano

Quel vacarme, qui fait ce bruit?

Elfort

Horace, encore Horace!

Horace

Qu'y a­t­il?

Elfort

Une gentille ballerine que je cherche, qui me fuit maintenant, paurtant de souper avec moi elle m'avait promis.

Horace

(a part)

Si c'était elle, auelle horreur! Je la tuerai!

Juliano

Milord Horace, trop vite le temps passe.
Frivoles et joyeux nous nous verronns aux jeux. On attend ta présence.

(lls entrent dans le salon.)

Gil Perez

(sortant de la cuisine et portant un panier de provisions et un bougeoir, qu'il pose sur une petite table près de la porte à droite)

Nous allons avoir, grâce à Dieu, bon souper ainsi que bon feu!
Prudemment j'ai mis en réserve les meilleurs vins, les meilleurs plats.
Pour ses élus le ciel conserve les morceaux les plus délicats!
Deo gratias!
Nos maîtres ont soupé très bien, chacun son tour, voici le mien!
Et puis de ma future femme contemplant !es chastes appas, le pieux amour qui m'enflamme en tiers sera dans le repas!
Deo gratias!

(s'approchant de la chambre de Jacinthe)

Voici sa chambre!... Ah! ia porte en est close... comme je l'avais dit! Mais sur moi prudemment j'ai l'autre clef...

(tirant de sa poche un trousseau de clefs qu'il examine)

C'est elle, je suppose! Car, avec celles du couvent n'allons pas la confondre!...

(s 'approchant)

O quel heureux instant!
Amour! amour! amour!
Que ton flambeau m'éclaire!

(Au moment d'entrer dans la chambre de Jacinthe, dont il vient d'ouvrir la porte, Angèle para/t devant lui, couverte de son domino et de son masque noir.)

Angèle

(étendant /a main vers lui et grossissant sa voix)

Téméraire! Impie!!... où vas­tu?

Gil Perez

(tremblant et laissant tomber son bougeoir)

Mon Dieu!... mon bon Dieu!
Qu'aije vu? Qu'aije vu?
Noir fantôme, que me veux­tu? que me veux­tu?

Angèle

(à part, gaiement)

L'espoir en moi se glasse en voyant son effroi; Il tremble!... Dieu propice, ici protège­moi!

Gil Perez

(tombant à genoux)

Tous mes membres frémissent de surprise et d'effroi; et mes genoux fléchissent, mon Dieu, protège­moi!

Angèle

(s'approchant de Perez qui est à genoux et n'ose lever la tête)

Toi!... Gi! Perez!

Gil Perez

(à part)

Il sait mon nom!

Angèle

Portier du couvent!

Gil Perez

C'est moi­même.

Angèle

Intendant, voleur et fripon.

Gil Perez

C'est moi!

Angèle

Dépose à l'instant même les saintes clefs que tu ne peux porter, ou je lance sur toi l'éternel anathème!

Gil Perez

(lui présentant le trousseau)

Les voici, les voici... que Satan n'aille pas m'emporter!

Angèle

L'espoir en moi se glisse en voyant son effroi; etc.

Gil Perez

Tous mes membres frémissent de surprise et d'effroi; etc

(Angèle lui ordonne sur un premier signe de se lever; sur un second, de si diriger vers la chambre de Jacinthe; sur un troisiême d'y entrer; Perez obéit en tremblant.)

Angèle

(entendant du bruit )

Ah! mon Dieu! qui vient là?

(Elle se précipite vivement derrière la porte qui ouvre en dehors et dont le battant la cache aux yeux du spectateur.)

Jacinthe

(sortant de la porte du fond, tenant sous le bras un panier de vin et voyant la porte de sa chambre qui est restée ouverte)

Eh, quoi! Perez m'attend déjà!

(Elle entre dans la chambre, et Angèle, qui était derrière la porte, la referme et retire la clef )

Angèle

L'heure, la nuit, tout m'est propice!
Du courage... ne tremblons pas!
Vierge sainte, ma protectrice, inspire­moi, guide mes pas!

(Elle sont de la maison par la porte du fond.)

(Horace sort doucement du salon, il marche sur la pointe des pieds, et dans I'obscurité se dirige à tôtons vers la chambre de Jacinthe.)

Horace

Amour, viens finir mon supplice et près d'elle guider mes pas.
L'heure, la nuit, tout m'est propice, je vais la voir, ne tremblons pas, etc.
Amour, viens finir mon supplice, etc.

(Juliano, Lord Elfort et tous les jeunes gens sortent de la porte du salon.)

Juliano, Lord Elfort et les amis

(gai et à demi­voix)

La bonne affaire!
Silence, ami'!
Avec mystère il est sorti.
Rendez­vous tendre ici l'attend, il faut surprendre le conquérant!

(Horace, avec la clef qu'il a dans sa poche, a ouvert la ponte à droite, est entré un instant dans la chambre et en ressort dans l'obscuaté, tenant Jacinthe par /a main.)

Horace

Venez, venez, madame venez, n'ayez plus de ciainte!

Jacinthe

(se laissant entrainer)

Qu'est­ce que ça veut dire?

Horace

À votre chevalier, à votre défenseur, il faut vous confier, et vous faire connaître!

(Juliano est entré dans le salon, et en ressont tenant un flambeau à plusieurs branches. Lé théâtre redevient éclairé.)

Ah! grand Dieu!

Juliano, Lord Elfort et les amis

C'est Jacinthe!
La bonne affaire!
Vive à jamais et la douairière et ses attraits!
Qui pourrait croire tel dévoûment?
Honneur et gloire au conquérant!

Horace

L'étrange affaire!
Que voisje, hélas!
Et que! mystère suit donc mes pas?
Dans ma mémoire tout se confond.
Je n'ose croire sa trahison!

Jacinthe

L'étrange affaire!
Qu'ont­ils donc tous?
La chose est claire, on rit de nous!
Faire à ma gloire pareil affront!
Je n'ose croire à leur soupçon!

Horace

(montrant la chambre)

Elle était là pourtant... elle y doit encore être!

Juliano, Lord Elfort et les amis

La bonne affaire... etc.

Jacinthe

L'étrange affaire... etc.

(Horace entre la chambre et ressort en tenant Gil Perez par la main )

Juliano, Lord Elfort et les amis

Un homme!

Jacinthe

(à Juliano)

Gil Perez, que vous devez connaître, un cuisinier de grand talent, qui venait pour m'aider pour le souper!

Juliano

(souriant)

Vraiment! Ici, dans ton appartement!

Horace

(à part)

O foneste disprâce!

Juliano

Et quel destin fetal poursuit ce pauvre Horace Même auprès de Jacinthe, il rencontre un rival!

Juliano, Lord Elfort

La bonne affaire!
Vive à jamais et la douairière et ses attraits!
Qui pourrait croire tel dévoûment?
Honneur et gloire au conquérant!

Les amis

L'étrange affaire... etc.

Jacinthe

L'étrange affaire... etc.

Gil Perez

L'étrange affaire!
Je tremble, hélas!
La chose est claire, c'est Satanas!
Figure noire au front cornu, je n'ose croire ce que j'ai vu!

Horace

(qui, pendant la hn de cet ensemble, est entré dans la chambre de Jacinthe, en ressort en ce moment)

Partie!... hélas! partie!... elle n'est plus ici... Et cette fois encor loin de nous elle a fui!

Juliano

Eh! qui donc?

Horace

Faut­il vous le dire? L'esprit follet, le sylphe... Ou plutôt le démon qui me trompe, m'abuse et rit de mon martyre!

Juliano

Ton inconnue...

Horace

Eh! oui! je l'ai vue...

Juliano

Allons donc!

Horace

Ici même... à l'instant... c'est cette jeune fi!!e qui nous servait à table.

Juliano

Inésille!
La nièce de Jacinthe...

(à Jacinthe)

Entends­tu!

Jacinthe

(secouant la tête)

J'entends bien.

Juliano

Et que dis­tu?

Jacinthe

Je dis que le seigneur Horace pourrait avoir raison!

Horace

Parle! achève de grâce! Quel!e est­elle?

Jacinthe

Je n'en sais rien.

Juliano

Elle n'est pas ta nièce?

Jacinthe

Mon Dieu, non!

Juliano

Et ne vient pas du pays?

Jacinthe

Mon Dieu, non!

Juliano

Tu ne l'as pas vue avant?

Jacinthe

Mon Dieu, non! Non, cent fois, non! Je ne connais ni son rang ni son nom!

Horace

(à Juliano)

Tu le vois bien, mon cher, c'est un démon!

Juliano, Lord Elfort, Gil Perez

Un démon!

Juliano, Lord Elfort, les amis

Grand Dieu! quelle aventure!
C'est charmant, je le jure!
Quoi! sous cette figure se cachait un démon!
Mais lutine ou sylphide, que le dépit nous guide, pour trouver !a perfide, parcourons ta maison!

Jacinthe, Horace et Gil Perez

Ah! pareille aventure me confond, je le jure!
Son âme et sa figure sont celles d'un démon!
Mais, lutine ou sylphide, que le dépit nous guide, pour trouver la perfide, parcourons la maison!

Jacinthe

Sous l'aspect d'une riche dame l'esprit malin m'est apparu!

Juliano

Puis, sous les traits d'une gentille femme, a table, ici, nous l'avons vu!

Gil Perez

Et moi, j'en jure sur mon âme sous !es traits d'un fantôme au front noir et cornu, je l'ai vue, de mes deux yeux vue!

Horace

(à Juliano)

Eh bien, mon cher, qu'en dis­tu?

Juliano

(riant)

Je dis... je dis...

Juliano, Lord Elfort les amis

L'étonnante aventuré!
C'est charmant, je !e jure!
Quoi! sous cette figure se cachait un démon!
Mais lutine ou sy!phide que le dépit nous guide, pour trouver la penfide, parcourons ta maison!
éveillons! réveillons!
Parcourons la maison!

Jacinthe, Horace et Gil Perez

Ah! pareille aventure me confond, je le jure!
Son âme et sa figure sont celles d'un dèmon!
Mais, lutine ou sy!phide, que le dèpit nous guide, pour trouver la perfide, parcourons la maison,
Réveillons! réveillons! Parcourons la maison!

(Jacinthe et les valets des jeunes seigneurs ont apporté plusieurs flambeaux, chacun en prend un, et tous sortent en désordre et avec grand bruit parles différentes portes de l'appartement.)

 




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